Articles Tagués ‘Middle East 2.0’

A l’occasion des élections municipales palestiniennes, nous avons souhaité publié ce reportage réalisé par Pauline Maisterra, étudiante à l’Ecole de Journalisme de Toulouse, actuellement en voyage au Proche-Orient. Voici son récit réalisé à la veille des élections, sur une initiative peu commune : la première liste entièrement composée de femmes. 

Les « femmes du bled », en campagne dans les champs d’olivier de Saffa

Reportées déjà trois fois, les élections municipales en Cisjordanie ont eu lieu le 20 octobre prochain. À Hébron comme à Saffa, petit village situé à 20 km de Ramallah, une liste composée uniquement de femmes a fait son apparition dans la course électorale. Une première en Cisjordanie ! Plongée dans la campagne électorale des femmes de Saffa.

Une petite révolution électorale. « Nous, les femmes, nous avons le droit de nous présenter aux élections », défend la leader de la liste « Les Femmes du bled » à Saffa. Ladite Ilham Hamad se prépare à sortir de chez elle. Dernières vérifications : quelques brochures dans un sac en plastique, une tenue correcte et de la crème solaire sur le visage. C’est parti. Sous une chaleur déjà étouffante, Ilham commence sa campagne. Il est 9h30. Les rues de Saffa sont désertes. Tout proche de là, le mur de séparation avec Israël. Le village compte 5 000 âmes dont « 49,8 % ne sont d’autres que des femmes », souligne-t-elle. Chez eux ou au travail, elle parlera à ses concitoyens. Il lui faut présenter son programme et les autres filles de la liste. Et le temps compte. La campagne électorale, entamé le 6 octobre, doit se terminer le 18. « A minuit », précise-t-elle. Ilham a pris un congé sans solde. Elle travaille au ministère des affaires des femmes et est bénévole dans de nombreuses associations féministes.

Près d’un olivier, la candidate salue les habitantes occupées à la cueillette : « Voilà, nous sommes cinq, cinq femmes indépendantes qui nous présentons pour améliorer le sort du village ». Et d’insister «  nous n’avons aucun parti ni famille pour nous soutenir ! »  Puis, elle décline les noms et professions de ses quatre collègues âgées de 31 à 55 ans : Iman Falanah, enseignante, Suhair Mansour, couturière, Fidae Shaker et Ebtisam Ibrahem, femmes au foyers. Les femmes qui l’écoutent,  paraissent convaincues. Le programme et surtout le slogan font leur effet : « Justice pour tous, Saffa pour tout le monde ». Les autres listes – celle du Fatah comme celle de la gauche (Al-Moubadara, le front populaire pour la libération de la Palestine et le front démocratique pour la libération de la Palestine) – semblent ignorer le problème de l’eau ou la question des handicapées. La sienne aborde ces questions. Ilham se tourne et s’insurge  « A chaque élection, c’est pareil. Les femmes ne sont que des outils ! ». Et développe :  « Dans les listes, on les trouve toujours à la place numéro 5 ou 7 et jamais au début ! Pourtant, on pense comme les autres ! » Selon la loi des collectivités locales de 1997, il est obligatoire de présenter au minimum deux femmes sur une liste. Et au moins une d’entre elles doit être parmi les cinq premiers candidats.

Saffa, petit village situé près de Ramallah, dans les Territoires palestiniens.

Une campagne électorale bien différente

« Cette liste de femme renforce la compétition et la démocratie », explique Khaled Mansour, du parti de Al-Moubadara. « C’est très intéressant, raconte Ilham. Notre liste fait débat dans plusieurs familles ». Pour cette militante, c’est le début d’une réflexion nouvelle. En 2005, seuls les membres et les représentants des 5 grandes familles de Saffa ou de partis politiques avaient été candidats.

Depuis le commencement de cette campagne, « Les Femmes du bled » s’activent. Elles enchaînent les visites. Une dizaine par jour. La journée mais également la nuit. « C’est nouveau, observe Saedallah Sheikh Ahmad, habitant de Saffa et fervent défenseur de la cause féminine. Vous savez, pour les gens, prendre le temps de venir chez eux pour leur parler de la brochure, c’est une marque de respect ». Rien n’est laissé au hasard. Leur programme a également été préparé avec soin. « Nous avons mis six jours pour le rédiger, confie Ilham, entourée de ses colistières. Six jours à discuter, à prendre le temps de vérifier la légalité de leurs propositions, à consulter les villageois pour mieux mesurer leurs priorités, leur problèmes. Iman Falanah, jeune candidate, présente à Ilham les dernières affiches réalisées durant la nuit. Un papier cartonné jaune fluo avec en rose, le chiffre 4, numéro de leur liste, saute au yeux. La leader est enchantée : « Il faut qu’on nous voit », lance le professeur. Et imagine déjà en faire des plus petites pour les distribuer à la sortie de l’école. « Certaines personnes pensent que nous sommes contre les hommes, révèle Iman roulant ses affiches. C’est bien sûr faux. Nous, nous voulons travailler pour tous les habitants et n’oublier personne. » Et la caravane redémarre. Dans la rue, Ilham aperçoit un soutien de ses adversaires. Ni une, ni deux,  elle l’interpelle et lui tend sa brochure. « Jettes-y un coup d’œil ». Ilham incarne cette liste et l’envie d’agir : « La garderie qui est au rez-de-chaussée de ma maison, je l’ai ouverte en 2000, lors de la première Intifada. Et pour les adolescents, j’ai mis en place un camp d’été. Ils sont ravis qu’on pense à eux ».

 Ce qu’en pensent les hommes

« Cette liste, c’est le début de la révolution sociale, prévient Saedallah, récemment rentré de France où il a fini ses études. Les stéréotypes doivent disparaître. Ici, la question de la femme, c’est un sujet trop sensible, qu’on n’aborde pas. Et c’est bien dommage ! »  Pour ce jeune garçon, qui revient de la récolte, « il y a des résistances au changement », changement pourtant essentiel à ses yeux. Mohammed Karajah, avocat, est du même avis. Il milite pour « Les Femmes du bled » sur les réseaux sociaux où il incite ses amis à voter pour elles : « Des mots de leur programme m’ont marqué comme justice et égalité. Vous savez, certains hommes pensent pouvoir être les seuls à proposer des solutions, et à parler par exemple de développement durable. C’est faux ! On en a la preuve avec ces femmes qui sont capables de changer la vie locale. »

Des déçus des élections précédentes, promettent même de voter pour elles : « Les anciens élus n’ont rien fait, s’énerve Khalil Youssef. Et avertit, se retournant vers les candidates venues chez lui :  « J’espère que vous n’allez pas me décevoir ! » Selon cet homme d’une soixantaine d’années, « leur atout, c’est de penser autrement ». Samer, un jeune habitant, a quant-à-lui, une image négative de la femme. Et il n’est pas le seul : « Elles sont trop sensibles et ne contrôlent rien ! Leur rôle est de rester à la maison  », affirme-t-il. Son oncle, vivant au Brésil, grimace et réagit de suite : « Ecoute, elles ont un rôle dans la société, pas seulement à la maison. Et je vais te dire. Tu connais le Coran ? Il y est marqué que la femme est l’égale de l’homme ». L’avenir du village est là : nombreux ont voyagé, au Brésil, au Vénuzuela, en France. Ils ont connu des cultures différentes. Pour Mohammed Karajah, l’ex-maire du village, « Cette liste doit gagner grâce aux femmes. Elles doivent être solidaires ! Sinon, elles ne devront s’en prendre qu’à elles-mêmes ! » L’apparition des « Femmes du bled » est un tournant dans la vie du village. Ilham et les quatre autres candidates sont pleines d’espoir :  « Nous avons trouvé la clé qui permet aux femmes de sortir de chez elles et penser librement… » 

Pauline Maisterra

Crédits Photo : Le Parisien / Middle East 2.0. Les Photos ont été réalisées par Cécile Massie.

PAGE des hommes, des dieux et la guerre

C’est une donnée essentielle dans la délicate équation syrienne. Depuis des mois, le rôle des chrétiens, minorité qui représente près de 8% de la population totale, est scruté dans les moindres détails. Pour l’heure, à l’image du pays tout entier, c’est la division qui règne entre une hiérarchie souvent proche du régime, une frange militante opposée au dictateur. Et au milieu, une masse inquiète, attentiste qui redoute si le régime de Bachr Al-Assad venait à tomber, l’arrivée au pouvoir de la majorité musulmane sunnite. Dans ce concert de gens silencieux, deux voix dominent. Radicalement opposés. Celle de Sœur Marie Agnès de la Croix, religieuse libanaise, fervente avocate du régime syrien en place, connue notamment pour avoir accompagné le voyage tristement malheureux du reporter Gilles Jacquier. Et puis il y a celle du père Paolo…

L’article publié le 20 mai dernier dans les colonnes du « Parisien – Aujourd’hui en France » raconte l’histoire cet homme, des ces frères et de ces sœurs, plongés depuis près d’un an et demi, dans la guerre. Faute de ne pouvoir nous rendre nous-mêmes sur les lieux du monastère Mar Moussa en Syrie, c’est grâce au téléphone que nous avons pu dialoguer. Se dressant contre cette « thèse officielle, allègrement distribuée par quelques chrétiens, mal intentionnés ou simplement en mal de protection, Sœur Marie Agnès de la Croix en tête », le Père Paolo nous a confié sa vérité. Son quotidien, son opinion et son analyse sur le futur. Sous le coup d’un avis d’expulsion, l’homme sait qu’il lui est interdit de parler politique, mais il a tout de même tenu à le faire. Lui aussi avait été « approché par les forces du régime pour propager la thèse officielle, confie-t-il, mais jamais on ne me fera taire ».

Preuve de ce caractère tempétueux, le religieux nous a contactés à nouveau, après la publication de cet article. Il voulait affirmer son combat, et conforter ses propos. Voici le contenu de cette conversation. « Je ne veux pas passer pour un religieux timide, qui resterait au milieu de la mêlée, sans prendre clairement position. Je reste convaincu que la solution des armes est la voie la plus dangereuse pour l’unité du pays. Mais lorsque qu’un peuple est attaqué, il a le droit de se défendre. C’est le cas actuellement en Syrie. Rien ne saurait nous faire oublier le but de notre combat. Si nous devons nous battre pour trouver des moyens de renouer avec la paix, l’avenir ne se fera pas sans la fin du régime actuel et l’avènement de la démocratie de la Syrie. Pour ma part, je dois avouer que je suis prêt à donner ma vie pour la liberté d’un peuple. »

Alain Pirot

C’est l’autre aspect de la bataille  qui se joue au quotidien entre Israéliens et Palestiniens. La bataille du droit. Anecdotique pour certains, souvent négligée, elle apporte pourtant des éclairages étonnants sur les événements de la région.

Comme rendre légal  la colonisation, quand le droit international « interdit à tout occupant de transférer une part de sa population sur le territoire de l’occupé » ? Comment autoriser le maintien en détention d’un prisonnier palestinien, sans accusation ni jugement, ad vitam aeternam ? En somme, comment défendre légalement…l’indéfendable ? En Israël, les conseillers juridiques de l’administration militaire ont depuis longtemps trouvé la solution. Explications.

Israël n’ayant jamais annexé la Cisjordanie, la législation de l’Etat hébreu ne s’y applique pas. Et pourtant, dans le même temps, Israël maintient sa souveraineté sur une grande partie de la Cisjordanie, la fameuse « Zone C » (voir carte) qui englobe près de 60% des terres de Cisjordanie. Pour rendre la manœuvre acceptable, il fallait trouver un tour de passe-passe. Conséquence, les autorités militaires israéliennes ont donc pioché dans le corpus de lois ottomanes, britanniques et jordaniennes, héritage laissé par les anciennes puissances occupantes, pour monter de toutes pièces un semblant de légalité. En gardant évidemment les lois qui servent le mieux son intérêt. Cela peut surprendre mais en Israël, l’utilisation de lois et des règles, dictées par les anciennes puissances coloniales, l’empire britannique et même l’ancien empire ottoman, sont une pratique courante. A titre de comparaison, c’est comme si en France, l’Etat utilisait des lois laissées vacantes après le départ des Wisigoths pour justifier d’une pratique policière ou autre….

Crédits photo : afp.comSaif Dahlah

Prenons par exemple, la grève de la faim menée ces dernières semaines par plusieurs centaines de prisonniers palestiniens. Depuis le 17 avril, près de 2000 détenus incarcérés en Israël, refusaient sciemment d’être nourris. Certains avaient même entamé leur action depuis février, dépassant ainsi le triste record des 70 jours sans la moindre nourriture. Tous les dirigeants de la région avaient mis en garde contre une issue malheureuse, qui amènerait la région vers une « catastrophe », pour reprendre le terme de Mahmoud Abbas. On peut se féliciter qu’un accord ait été trouvé. On ne saurait oublier l’essentiel. Au cœur du conflit figurait une pratique utilisée naguère par la puissance coloniale britannique, ancien gestionnaire de la Palestine avant 1947. La « détention administrative » permet d’incarcérer un détenu sans accusation, ni jugement pour une période pouvant aller jusqu’à six mois, renouvelable. Rénové pour les besoins sécuritaires d’Israël, le dispositif ressortit des oubliettes en 1979, et fut inscrit dans une loi israélienne, adoptée par la Knesset en 1979. Ou comment mêler le cynisme avec un semblant de légalité.

De la justification légale de la colonisation…

Les conseillers juridiques sont allés plus loin et plus fort pour donner un cadre légal à la colonisation, condamnée pourtant à plusieurs reprises par le droit international. Pour reprendre une citation publiée dans l’excellent ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voilà ce que l’écrivain palestinien Elias Sanbar appelle la « technique invariable des champions du fait accompli : rien n’est légal mais tout doit apparaître comme tel ». Parmi les mécanismes utilisés figure notamment de saisie militaire. Celui-ci autorise un occupant à s’emparer d’un bout de terre de l’occupé à condition que la saisie réponde à un besoin sécuritaire et qu’elle soit temporaire. Evidemment, dans le cas des colonies israéliennes, le besoin sécuritaire a souvent bon dos. Mais la Cour suprême israélienne a souvent accepté l’argument juridique selon lequel les colonies, « postes avancés en terre ennemie » selon les termes de ses promoteurs, pouvaient participer à la défense de l’Etat juif. Mais bien souvent, les ordres de saisie ne comportaient pas de date d’expiration. En définitive, du provisoire qui dure.

Quel avenir pour la trentaine d’habitations de la colonie sauvage d’Ulpana, adjacente à l’implantation de Beit El près de Ramallah (Cisjordanie), qui doivent en principe être démolies avant le 1er mai selon un arrêt de la Cour suprême. C’est la controverse de ces dernières semaines en Israël. Considérée par certains membres du gouvernement comme un quartier de Beit El, Ulpana est entièrement construite sur des terres privées palestiniennes. Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il espérait trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons. Le Premier ministre israélien mène des consultations avec les ministres de la Justice et de la Défense pour trouver une solution.

Parfois, des chefs militaires israéliens s’agacent de cette hypocrisie. Ce fut le cas en 1979. Des généraux expliquèrent alors que la saisie de terres pour la construction d’une colonie ne répondait à aucun besoin sécuritaire.  La Cour suprême dut annuler la procédure. Malgré tout, les conseillers juridiques utilisèrent alors une autre parade.

On exhuma alors des cartons une vieille loi ottomane. Elle consiste à transformer en « terre d’Etat » des zones entières de la Cisjordanie. Pour cela, il suffit de remplir deux conditions. Tout d’abord, prouver que la terre convoitée n’a pas été travaillée depuis au moins trois ans, ce qui est plutôt aisé quand on sait que de nombreux paysans palestiniens ont quitté leurs terres pour gagner plus sur des chantiers de construction. Ou que tout simplement, ils n’ont plus accès à leurs champs faute d’autorisation pour traverser le mur de séparation.

Seconde formalité juridique, prouver qu’aucun palestinien ne possède de droits dessus. Comme les Britanniques et les Jordaniens n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la mise à jour du « tabu », le cadastre ottoman, et qu’en 1967 seul un tiers des terres de Cisjordanie était enregistré, la condition est vite expédié devant les tribunaux.  Depuis 1967, Israël s’est d’ailleurs bien gardé de mettre à jour le cadastre. En pratique, cela veut dire que des Palestiniens peuvent avoir des titres de propriété en bonne et due forme, mais parce que  le tracé du terrain est imprécis et que leur nom n’est pas enregistré sur le cadastre, ils auront bien du mal à justifier leurs droits.

A la fin des années 70, le gouvernement israélien de l’époque déclara terre d’Etat près de 100000 hectares. C’est sur cette base que de nombreuses colonies furent ainsi construites. Et continuent de l’être. Ou quand le vice se cache dans les détails…

                                                                                                                                             Alain Pirot

A lire sur ce sujet

–          L’ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voyage au cœur du mirage palestinien », aux éditions La découverte.

–          L’ouvrage de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien », aux éditions Max Milo.

–          L’ouvrage d’Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Gallimard, Paris.


Reportage de l'agence Middle East 2.0, diffusé aujourd'hui dans l'émission Learning World, un programme sur l'éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada.
Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

39 millions : C’est le nombre d’enfants qui ne vont pas à l‘école dans les pays déchirés par les conflits armés. Promouvoir l‘éducation en zone de conflit est une mission périlleuse et les résultats ne sont pas garantis. Comment élèves et professeurs font face à des situations de violence ? Exemples en Côte d’Ivoire, en Somalie et à Gaza.

Côte d’Ivoire : les élèves reprennent le chemin de l‘école

Après un an de violences post-éléctorales dans le pays qui ont entraîné la fermeture de nombreuses écoles, le système éducatif se remet en marche. Au plus fort de la crise, un million d’enfants scolarisés n’a pas pu aller à l‘école. Le traumatisme de plusieurs mois de conflit armé intense est encore bien présent. L’UNICEF a donc décidé de lancer une grande campagne nationale pour le “Retour à l‘école de tous les enfants”.

Somalie : tout un système éducatif à construire

Dans un pays déchiré par la guerre civile depuis plus de 20 ans, le système éducatif est totalement détruit. 30% seulement des élèves sont scolarisés à l‘école primaire et la majorité des professeurs ont fui le pays. L’ICDSEA, prgramme somalien de développement des capacités des administrateurs, fait appel à des conseillers techniques venant de l‘étranger pour faire le bilan des infrastructures et mettre en place une véritable planification de l‘éducation à long terme.

Gaza : une main tendue pour l‘éducation

En territoire palestinien, le conflit a conduit au dépérissement du système éducatif alors que 60% de la population de la bande de Gaza a moins de 18 ans. A Doha, au Qatar, l’Organisation Al Fakhoora intervient aux côtés des Nations Unies dans le cadre d’un programme d’aide aux étudiants gazaouis, notamment par le biais de bourses d‘études. Al Fakhoora aide en priorité les étudiants démunis mais pourvus d’un projet professionnel.

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C’est une image qui en dit long sur le blocus imposé à la bande de Gaza. Quand la famille de Fathi, installée dans le quartier de Sheikh Jari à Gaza city, allume un feu de bois improvisé en guise de chauffage, la centrale électrique d’Ashkelon, ville israélienne situé à moins d’une dizaine de kilomètres, crache de l’autre côté, une fumée blanchâtre ininterrompue. A la tombée de la nuit, les bougies des uns tentent de rivaliser avec les lampadaires des autres. Sans succès. Ce mercredi, la maison de Fathi où loge près d’une vingtaine de personnes n’a reçu que 5 heures d’électricité. Dans l’indifférence générale, les Gazaouis vivent l’un des hivers les plus durs, recensés dans la petite bande côtière. Privés d’électricité, privés d’essence pour alimenter les groupes électrogènes, privés de chauffage…alors que les pluies abondantes et le froid persistent dans la région. Il existe pourtant une centrale électrique dans la bande de Gaza. Mais cette dernière a tout aujourd’hui d’un paquebot échoué sur le sable. Résultat de plusieurs années de guerre et de blocus, des décisions prises par les dirigeants du Hamas et des atermoiements dans la réconciliation inter-palestinienne. 

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Dispositif. Sur le papier, la bande de Gaza est approvisionnée en électricité par trois sources : la centrale électrique de Gaza, la compagnie israélienne d’électricité (CIE) et la compagnie égyptienne d’électricité. «Sur le papier, la répartition est la suivante, calcule Rafiq Maliha, directeur de la centrale de Gaza.140 Mégawatts venant de la centrale, 120MW achetés à Israël, et 22MW en provenance d’Egypte. » Voilà pour la théorie, car aujourd’hui, moins de 50% des besoins sont en fait couverts. La faute à plusieurs problèmes.

Blocus. Le 28 juin 2006, deux jours après l’enlèvement du caporal Guilad Shalit, la centrale électrique de Gaza était bombardée par l’aviation israélienne. La plupart des transformateurs furent détruits. Problème, depuis cette date, l’installation n’a pu qu’être partiellement restaurée à cause du blocus israélien, mis en place à la même époque. Des ingénieurs ont été refoulés à la frontière. Des pièces nécessaires à la maintenance ne sont jamais arrivées à destination. Conséquence, la centrale ne fonctionne qu’à 40% de sa capacité initiale…à condition qu’elle soit ravitaillée en carburant. Mais ce dernier est lui aussi restreint à cause du blocus. Seuls 2 millions de litres d’essence sont autorisés à passer chaque mois par Israël, à travers le terminal de Kerem shalom. « Or, soupire Ahmed Chawa, le président du comité de coordination pour l’essence à Gaza, l’enclave aurait besoin de 13 millions de litres par mois pour vivre. Nous avons négocié avec Israël, mais nous avons seulement obtenu une rallonge de… 500000 litres.» Pour faire face au blocus, une solution avait été trouvée avec les tunnels creusés sous la frontière égyptienne. Ces ceux-là mêmes qui ravitaillent la centrale électrique. Seulement, depuis plusieurs semaines, l’Egypte a fermé le robinet en amont. Les contrebandiers n’arrivant plus à se fournir, c’est la panne sèche. Le nouveau pouvoir égyptien est prêt à ravitailler en quantité suffisante la bande de Gaza, à condition que cette dernière soit prête à payer le prix international…six fois plus élevé que le prix des tunnels. Et que l’essence ne circule plus dans les fameux tunnels. Telle est l’équation qui attend toujours d’être résolue à l’heure actuelle. Quant à l’électricité fournie par Israël et l’Egypte, elle n’arrive pas dans les foyers gazaouis. « A cause du blocus, et faute du matériel nécessaire, la maintenance adéquate n’a pu être effectuée sur les lignes frontalières, conclut Rafiq Maliha.»

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Les responsabilités du Hamas. A Gaza, une maison cristallise les tensions sur la question de l’électricité. Celle du premier ministre Ismaël Hanyeh, le leader du Hamas. Située en bord de mer, ravitaillée par un énorme groupe électrogène, protégé par des blocs de béton, la bâtisse semble à l’abri des soubresauts du quotidien. Les responsabilités du mouvement islamiste dans la crise de l’électricité sont avérées. Elles sont notamment d’ordre financier. Fin 2009, l’Union européenne qui finançait, faveur accordée à l’Autorité palestinienne depuis janvier 2006, les litres de carburant nécessaires au fonctionnement de la centrale de Gaza, interrompt son financement. Le Hamas doit alors payer le carburant à l’Autorité palestinienne. Il existe à Gaza, une société semi-privée qui doit collecter l’argent des Gazaouis, en paiement des factures d’électricité. Même si selon des données officieuses, seul un habitant sur deux s’acquitte de cette obligation, le Hamas, lui, n’a jamais ou partiellement reversé l’argent collecté à l’Autorité palestinienne. Résultat de la brouille qui perdure entre le pouvoir de Ramallah et le Hamas. « Conséquence pratique de cette querelle inter-palestinienne, le déficit se creuse chaque jour un peu plus, commente Rafiq Maliha. La centrale ne pouvant plus payer son carburant comme il se doit, la production baisse inexorablement.»  Et rien ne laisse entrevoir une éclaircie à l’horizon. A la centrale de Gaza, on prédit déjà « un black-out total pour 1,5 millions de Gazaouis ». Pendant l’offensive israélienne « Plomb durci » fin décembre 2008,  beaucoup d’habitants s’étaient étonnés d’être parvenus à vivre 12 jours de suite sans électricité. Il est à craindre que ce triste record soit battu l’hiver prochain.

Alain Pirot

Le triste refrain résonne désormais depuis presqu’un an. Ces derniers jours ont une nouvelle fois été meurtriers en Syrie. Plus de 6000 victimes à l’heure actuelle, et rien de consistant pour annoncer une possible éclaircie. Malheureusement, la liste des journalistes morts et blessés s’est elle-aussi allongée. Ce mercredi, Rémi Ochlik et Marie Colvin sont décédés dans l’exercice de leurs fonctions. Quant à Edith Bouvier, grand reporter du Figaro, elle attend toujours de pouvoir renter en France. Allongée sur un lit de fortune, la jambe bandée, notre consoeur a d’ailleurs lancé un appel dans ce sens, pour que les autorités françaises lui viennent en aide. Espérons qu’il soit entendu et qu’Edith rejoigne au plus vite ses proches.

Cet article aurait pu s’arrêter là, si nous n’avions pas eu la malheureuse idée de regarder les commentaires des internautes, à propos de cet appel à l’aide lancé par la journaliste sur le réseau Youtube. Notamment ceux laissés sur le site du journal « Le Figaro », celui justement pour lequel travaille Edith Bouvier. On pouvait légitiment – et naïvement, semble-t-il – s’attendre à ce que les internautes soient réconfortants avec la journaliste…Bien au contraire.

Il y a tout d’abord les partisans de la thèse du complot, et ils sont nombreux à croire que la vidéo est un faux, une mise en scène grossière. En témoigne ce premier  coup de colère affirmatif  « edith bouvieur actrice magistrale d une pantalonnade version cia »  . Ou celui-ci plus interrogatif, il est vrai : « sur les videos elle n’a pas l’air de souffrir terriblement . info ou intox ? difficile de s’y retrouver dans ce monde de manipulateurs ». C’est Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem, qui a l’habitude de dire, reprenant une citation de T.Friedman du New-York Times  : « Au Moyen-Orient, si vous ne pouvez pas expliquer une chose par la théorie du complot, n’essayez pas de l’expliquer! Les gens, là-bas, ne vous croiront pas« . Triste réalité, si l’on s’arrête sur cet autre commentaire plutôt culotté, qui laisse sous-entendre également la thèse de la mise en scène : « mais quelle bouffonnerie ces journalistes ?en arrivée la pour se faire connaitre :a quand un livre , a quand la medaille de la legion d’honneur , ça commence non seulement a nous fatigue mais vous n’etez meme plus credible !!!!! »

Comme à chaque fois, lorsqu’un journaliste est pris en otage dans un pays étranger, ou dans une mauvaise posture comme c’est le cas d’Edith Bouvier, les partisans du débat sur la place des journalistes dans les pays en guerre se manifestent. Avec vous allez le voir, des phrases d’une profondeur parfois ubuesque comme dans le cas de cet internaute : « Quand on se jette volontairement dans la gueule du loup, n’accusez pas le loup !!! » Remarquez bien dans ce cas ici présent, les trois points d’exclamations qui traduisent un énervement si fort que la touche sur le clavier de l’ordinateur s’en souvient encore. Il faut d’ailleurs remarquer dans le cas de cette pathologie, l’utilisation des images alambiquées et des proverbes est une constante. La preuve avec ce message d’un homme en colère : « Ces journalistes se sont mis dans un beau pétrin ! C’est beau d’être intrépide, mais ils connaissaient le danger, non ? Tant que ça marche, tout va bien … et après on appelle papa et maman. Il y a quand même des limites à ne pas dépasser. Comment voulez-vous que l’Etat français aille les secourir ? Se rendent-ils compte de la situation dans laquelle ils se sont fourrés ?. »

A noter dans le cas des symptômes plus rares, les internautes qui jubilent déjà du prochain retour d’Edith Bouvier et des conséquences d’un tel retour…à moins que nous ayons mal compris (sic sic) : « Cool ! elle va écrire un livre de lamentation !DÉSOLÉ, mais la Syrie a un problème interne et nous n’avons pas à intervenir ! Si cela se passait en France, nous ne supporterions pas que les USA, Russes etc s’en mêlent ! Basta ! » Ou encore ceux qui militent pour le recoupement des informations, à moins que là-aussi, nous ayons mal compris : « Y-a-t il un médecin pour s’exprimer médicalement ? » Espérons seulement qu’Edith Bouvier ne lira pas ces commentaires, car nul doute qu’elle aura plus envie d’en pleurer que d’en rire. Et nous aussi d’ailleurs, même si on les commente ici avec ironie.

Plus intéressant, ce sont tous les commentaires qui pointent du doigt l’entrée illégale des journalistes en Syrie, ces dernières semaines. Petit florilège : « la différence entre eux et les journalistes de france 3 enlevés en afghanistan? eux au moins étaient entrés légalement dans le pays…..j’espère que le figaro va relayer les remarques sur le cout de leur sauvetage et de leur inconscience a aller au devant des ennuis….. » ; « entrée clandistement, elle se débrouille, c’est son job…Quand on va dans un pays en guerre civile imposée par des interventions extérieures, on a choisi le danger, on le subit, point barre. » Enfin, le meilleur pour la fin : « C’est du journalisme de voyeurisme avec entrée illégale dans un pays. Le droit à l’information n’est pas supérieur au droit constitutionnel des nations. Elle va l’apprendre et s’en souviendra. Ma réaction n’a rien à voir avec un quelconque accord avec ce qui se passe là-bas; mais il faut respecter la souveraineté des états. »

Il faut le dire une nouvelle fois, à ces internautes étourdis. Les autorités syriennes ne délivrent pas aux journalistes, et ce depuis plusieurs mois, des visas pour entrer en Syrie. Et constater sur place, l’horreur des combats. Si les journalistes n’entraient pas illégalement en Syrie- et soyez assurés que nous sommes les premiers à nous plaindre de cette situation – , jamais les journalistes ne pourraient relater le calvaire des civils, les crimes commis, les destructions des maisons.

Ici, nous voulons rendre hommage à tous les journalistes qui ont pris un tel risque pour informer. Nous en ferons de même dans les prochains jours. Seulement parce que c’est notre métier. Et n’en déplaisent à ces internautes, parce que nous sommes fiers de l’accomplir.

Alain Pirot

PS : Nous n’avons ici fait mention que de quelques commentaires. A l’heure actuelle, le nombres de commentaires dudit article dépasse le chiffre de 150…

Reportage réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot, publié le 6 février 2012, dans le Parisien - Aujourd'hui en France