Articles Tagués ‘Israël’

Article paru dans Le Gymnaste de juillet 2012.

En moins de vingt ans seulement, Israël a réussi à s’imposer dans la hiérarchie mondiale de la Gymnastique. Aux Jeux Olympiques de Londres, il faudra compter sur une délégation pas moins composée de huit gymnastes. Et l’Etat Hébreu vise tout simplement le podium. Un savant mélange d’organisation et de travail, à la sauce russe…

« Et tire… Et pause ! Attention ton bassin… Vite ! Vite ! Et relâche… » Tel un chef d’orchestre face à ses musiciens, Ella Samofalov, l’entraîneur national de l’équipe d’Israël de GR depuis 2007, guide ses gymnastes d’une voix forte. Et relance la sono à chaque fois qu’un engin s’échappe des mains d’une de ses protégées. Ce matin de fin janvier, elles sont six à s’entraîner au Centre National du Sport de Tel Aviv : cinq juniors et Neta Rivkin, la numéro 1 Israélienne. L’Ensemble est parti trois jours à Eilat au bord de la Mer Rouge pour se reposer après sa qualification pour les Jeux Olympiques lors du « Test Event » de janvier. Cet été aux J.O. de Londres, Israël, petit pays de 7 millions d’habitants, enverra une délégation de huit gymnastes. Fait incroyable, les chances de médailles sont possibles dans toutes les catégories. Neta Rivkin, vice-championne d’Europe aux massues et médaille de bronze au cerceau au championnat d’Europe, fait figure de leader mais dans cette course aux récompenses olympiques, elle sera accompagnée par l’Ensemble National, médaillé de bronze lors des finales en janvier et en Gymnastique Artistique par Alexandre Shatilov, vice-champion d’Europe et médaillé de bronze au sol aux derniers championnats du Monde…

Alexandre Shatilov, 12ème du concours général aux JO de Londres et 6ème à la finale au sol.

La culture russe

Ella Samofalov sait pourtant que la Gymnastique en Israël revient de loin. Arrivée dans le pays en 1991, cette ancienne gymnaste, membre de l’Ensemble de Biélorussie dans les années 1980, confie : « En Israël, il n’y avait pas vraiment la culture du sport professionnel, les gens connaissaient un peu la Gymnastique Artistique mais ne savait absolument rien de la GR ». Surprise par ce peu d’engouement pour le sport et la gymnastique en général, la communauté russophone immigrée en Israël après la disparition de l’URSS, va développer les clubs et les structures de haut niveau dans l’ensemble du pays. « Notre savoir-faire a permis d’obtenir des médailles et des résultats rapidement». Aujourd’hui encore, Ella et les gymnastes communiquent en russe, comme avec Neta Rivkin, dont la famille est originaire de Saint-Pétersbourg. Du côté des hommes, même constat. Alexandre Shatilov, né en Ouzbékistan en 1987, a commencé la Gymnastique en Russie à l’âge de cinq ans avant d’immigrer en Israël en 2002. Il est, depuis 2006, le meilleur gymnaste que le pays ait connu.

« Un travail sur le long terme »

L’ascension du pays dans la hiérarchie mondiale est impressionnante. En Gymnastique Rythmique notamment. Ainsi, le premier ensemble ne voit le jour qu’en 2006. Et pourtant, deux ans plus tard, les Israéliennes se qualifient déjà aux Jeux Olympiques de Pékin. Elles finiront sixième. Une incroyable trajectoire quand on sait que l’équipe de France ne parvient pas à se qualifier depuis les Jeux d’Athènes. Le miracle israélien est le résultat d’un savant travail de sélection. En GR, Israël compte 37 clubs avec une moyenne de 150 licenciés. La détection se fait au cours des différentes compétitions en équipe et en individuel. « Nous choisissons un groupe de jeunes filles qui nous semblent avoir le potentiel, nous les voyons grandir puis nous organisons une sélection quelques années plus tard », explique Ella. Dans la salle d’entraînement, la voici qui désigne discrètement les juniors une à une. « Celle-ci ira en équipe, celle-ci en individuelle, je connais déjà leur parcours, je sais où elles réussiront. »

Problème, les gymnastes sont nombreux à quitter les salles d’entraînement à partir de l’adolescence. La faute aux études et surtout à l’armée, particularité propre à Israël. « C’est très difficile d’avoir des gymnastes de catégorie « senior », confie Neta Rivkin. Agé de 20 ans, la jeune fille sait de quoi elle parle. Comme tous les jeunes du pays, elle fait son service militaire. D’une durée de deux ans pour les filles et trois pour les hommes, il empêche un certain nombre de jeunes de continuer le sport de haut niveau. « Si les résultats ne suivent pas très rapidement alors les chefs empêchent les sportifs d’avoir par exemple des horaires aménagés ». Après sa première année de service, Neta Rivkin s’en sort bien. Elle doit quand même demander une autorisation de sortie du territoire à l’armée avant chaque compétition… Ella Samofalov y voit quand même de nombreux avantages. « Les gymnastes n’ont plus peur de la pression et de l’effort, s’amuse-t-elle. Neta est un exemple pour les plus jeunes, elle était naturellement talentueuse mais c’est le travail qui lui a permis d’atteindre les podiums. »
Aujourd’hui, l’avenir de la Gymnastique en Israël s’annonce sous les meilleurs hospices. La relève pointe déjà le bout de son nez. L’Ensemble national junior s’est ainsi classé troisième lors des derniers championnats d’Europe à Minsk. Par ailleurs, avec un budget revu à la hausse, Ella Samofalov peut savourer la reconnaissance de son sport à l’échelle nationale. Le Président de l’Etat d’Israël et ancien Prix Nobel, Shimon Pérès, a même fait le déplacement fin janvier pour rencontrer les sélectionnées olympiques.  « Le sport est important pour Israël, affirme Ella, parce qu’il ne porte pas de couleurs politiques. Il prouve que nous pouvons vivre tous ensemble malgré nos différences. »

Pour lire le PDF : 02-08-2012 Gymnastique – Le miracle Israélien

Coraline Salvoch

Comme ici à Herzliya, chaque ville balnéaire israélienne dispose d’une plage réservée à la communauté religieuse. Mais les maillots « modestes » séduisent un public de plus en plus vaste. (AP Photo/ Tara Todras-Whitehill)

Trop sexy le bikini ? Le célèbre maillot de bain popularisé dans les années 50 fait face à une crise de conscience. Alors que l’été se rapproche à grand pas, le deux-pièces n’a plus la cote au Proche-Orient. Bien au contraire.

A Jérusalem, les affiches de jeunes femmes en maillots de bain ont déserté les rues depuis bien longtemps. Ici, les panneaux publicitaires montrent des mannequins de plastique habillés de tenues bien couvrantes. Jupes, manches longues, collants noirs et bonnets assortis. Ces tenues de bain « modestes » ou « pudiques » sont apparues sur le marché il y a cinq ans en Israël et au Moyen-Orient. A l’origine, l’objectif est simple. Il s’agit de permettre aux femmes religieuses ou vivant dans un pays religieux de se baigner tout en respectant un code vestimentaire très strict.

Une des premières à s’être lancé dans l’aventure est Jenny Rose Nicholson, une créatrice basée à Dubaï. La jeune femme, mère de trois enfants, a commencé l’aventure en 2005 après qu’une princesse saoudienne lui ait commandé un maillot de bain « pudique » lui permettant de se baigner et de faire des exercices. « Jusqu’à présent, les femmes n’avaient comme solution que de superposer les couches de vêtements, ce qui n’est pas agréable du tout, confiait la créatrice en 2009. Aujourd’hui, nous leur donnons enfin le choix.» Paradoxalement, le marché du maillot de bain modeste était quasiment inexistant jusque là. Depuis la donne a changé. En Israël et dans le monde entier, les sociétés se multiplient. Le marché est en pleine explosion. Bien loin du simple burkini intégral qui fit la une de l’actualité en France en 2009, les tenues de bain couvrantes s’adaptent désormais aux dernières tendances et à la vie moderne. Collections maternité, spéciales « formes », enfants ou encore  « croisières »… Les maillots se déclinent à chaque fois en différents modèles et coloris. La France y fait même une apparition dans un modèle très années 30.

Cette mode étonnante ne se limite pas aux côtes des golfes arabiques et de la Méditerranée. Elle a même conquis un public européen et américain où les communautés musulmanes et juives ont été rejointes par les communautés chrétiennes évangélistes ou catholiques les plus radicales. Néanmoins, pour ne pas attaquer de front les consommateurs occidentaux, les marques développent des arguments sans faille : protection UV intégrale pour les peaux sensibles, tenues cachant les kilos disgracieux ou même encore des raisons médicales (cancers, cicatrices, blessures apparentes…). Pour autant, c’est surtout un mode de vie et de pensée qui est mis à l’honneur. Et pour le populariser tous les moyens sont bons. Les marques ont investi les réseaux sociaux (Facebook, Youtube…), proposent des soldes, du tissu et parfois même des patrons pour réaliser ses propres créations. Crystal, créatrice de la marque Simply modest swimwear, explique ainsi sur son site : « J’ai choisi de me couvrir pour glorifier Dieu avec mon corps et pour me protéger pour mon futur mari si un jour j’ai la chance de me marier. » Un message qui passe bien auprès des Puritains américains. Sa page Facebook compte plus de 5000 fans qui lui postent régulièrement des photos de leurs filles en train de barboter dans l’eau en robe.

Sans aucun doute, la mode de « la pudeur » des tenues de bain est symptomatique d’un mouvement d’ensemble de retour vers des valeurs ultra-conservatrices. En Israël, même Zara, la grande marque espagnole, propose ainsi une ligne adaptée aux critères de «Jérusalem » (jupes en dessous du genou, coloris essentiellement noir et blanc…). A croire que rien n’arrêtera l’envol de la « fashion modesty »…

C.S.

 

Et pour méditer, voici un extrait de la pièce Tartuffe, écrite par Molière en 1664.

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

 

C’est l’autre aspect de la bataille  qui se joue au quotidien entre Israéliens et Palestiniens. La bataille du droit. Anecdotique pour certains, souvent négligée, elle apporte pourtant des éclairages étonnants sur les événements de la région.

Comme rendre légal  la colonisation, quand le droit international « interdit à tout occupant de transférer une part de sa population sur le territoire de l’occupé » ? Comment autoriser le maintien en détention d’un prisonnier palestinien, sans accusation ni jugement, ad vitam aeternam ? En somme, comment défendre légalement…l’indéfendable ? En Israël, les conseillers juridiques de l’administration militaire ont depuis longtemps trouvé la solution. Explications.

Israël n’ayant jamais annexé la Cisjordanie, la législation de l’Etat hébreu ne s’y applique pas. Et pourtant, dans le même temps, Israël maintient sa souveraineté sur une grande partie de la Cisjordanie, la fameuse « Zone C » (voir carte) qui englobe près de 60% des terres de Cisjordanie. Pour rendre la manœuvre acceptable, il fallait trouver un tour de passe-passe. Conséquence, les autorités militaires israéliennes ont donc pioché dans le corpus de lois ottomanes, britanniques et jordaniennes, héritage laissé par les anciennes puissances occupantes, pour monter de toutes pièces un semblant de légalité. En gardant évidemment les lois qui servent le mieux son intérêt. Cela peut surprendre mais en Israël, l’utilisation de lois et des règles, dictées par les anciennes puissances coloniales, l’empire britannique et même l’ancien empire ottoman, sont une pratique courante. A titre de comparaison, c’est comme si en France, l’Etat utilisait des lois laissées vacantes après le départ des Wisigoths pour justifier d’une pratique policière ou autre….

Crédits photo : afp.comSaif Dahlah

Prenons par exemple, la grève de la faim menée ces dernières semaines par plusieurs centaines de prisonniers palestiniens. Depuis le 17 avril, près de 2000 détenus incarcérés en Israël, refusaient sciemment d’être nourris. Certains avaient même entamé leur action depuis février, dépassant ainsi le triste record des 70 jours sans la moindre nourriture. Tous les dirigeants de la région avaient mis en garde contre une issue malheureuse, qui amènerait la région vers une « catastrophe », pour reprendre le terme de Mahmoud Abbas. On peut se féliciter qu’un accord ait été trouvé. On ne saurait oublier l’essentiel. Au cœur du conflit figurait une pratique utilisée naguère par la puissance coloniale britannique, ancien gestionnaire de la Palestine avant 1947. La « détention administrative » permet d’incarcérer un détenu sans accusation, ni jugement pour une période pouvant aller jusqu’à six mois, renouvelable. Rénové pour les besoins sécuritaires d’Israël, le dispositif ressortit des oubliettes en 1979, et fut inscrit dans une loi israélienne, adoptée par la Knesset en 1979. Ou comment mêler le cynisme avec un semblant de légalité.

De la justification légale de la colonisation…

Les conseillers juridiques sont allés plus loin et plus fort pour donner un cadre légal à la colonisation, condamnée pourtant à plusieurs reprises par le droit international. Pour reprendre une citation publiée dans l’excellent ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voilà ce que l’écrivain palestinien Elias Sanbar appelle la « technique invariable des champions du fait accompli : rien n’est légal mais tout doit apparaître comme tel ». Parmi les mécanismes utilisés figure notamment de saisie militaire. Celui-ci autorise un occupant à s’emparer d’un bout de terre de l’occupé à condition que la saisie réponde à un besoin sécuritaire et qu’elle soit temporaire. Evidemment, dans le cas des colonies israéliennes, le besoin sécuritaire a souvent bon dos. Mais la Cour suprême israélienne a souvent accepté l’argument juridique selon lequel les colonies, « postes avancés en terre ennemie » selon les termes de ses promoteurs, pouvaient participer à la défense de l’Etat juif. Mais bien souvent, les ordres de saisie ne comportaient pas de date d’expiration. En définitive, du provisoire qui dure.

Quel avenir pour la trentaine d’habitations de la colonie sauvage d’Ulpana, adjacente à l’implantation de Beit El près de Ramallah (Cisjordanie), qui doivent en principe être démolies avant le 1er mai selon un arrêt de la Cour suprême. C’est la controverse de ces dernières semaines en Israël. Considérée par certains membres du gouvernement comme un quartier de Beit El, Ulpana est entièrement construite sur des terres privées palestiniennes. Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il espérait trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons. Le Premier ministre israélien mène des consultations avec les ministres de la Justice et de la Défense pour trouver une solution.

Parfois, des chefs militaires israéliens s’agacent de cette hypocrisie. Ce fut le cas en 1979. Des généraux expliquèrent alors que la saisie de terres pour la construction d’une colonie ne répondait à aucun besoin sécuritaire.  La Cour suprême dut annuler la procédure. Malgré tout, les conseillers juridiques utilisèrent alors une autre parade.

On exhuma alors des cartons une vieille loi ottomane. Elle consiste à transformer en « terre d’Etat » des zones entières de la Cisjordanie. Pour cela, il suffit de remplir deux conditions. Tout d’abord, prouver que la terre convoitée n’a pas été travaillée depuis au moins trois ans, ce qui est plutôt aisé quand on sait que de nombreux paysans palestiniens ont quitté leurs terres pour gagner plus sur des chantiers de construction. Ou que tout simplement, ils n’ont plus accès à leurs champs faute d’autorisation pour traverser le mur de séparation.

Seconde formalité juridique, prouver qu’aucun palestinien ne possède de droits dessus. Comme les Britanniques et les Jordaniens n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la mise à jour du « tabu », le cadastre ottoman, et qu’en 1967 seul un tiers des terres de Cisjordanie était enregistré, la condition est vite expédié devant les tribunaux.  Depuis 1967, Israël s’est d’ailleurs bien gardé de mettre à jour le cadastre. En pratique, cela veut dire que des Palestiniens peuvent avoir des titres de propriété en bonne et due forme, mais parce que  le tracé du terrain est imprécis et que leur nom n’est pas enregistré sur le cadastre, ils auront bien du mal à justifier leurs droits.

A la fin des années 70, le gouvernement israélien de l’époque déclara terre d’Etat près de 100000 hectares. C’est sur cette base que de nombreuses colonies furent ainsi construites. Et continuent de l’être. Ou quand le vice se cache dans les détails…

                                                                                                                                             Alain Pirot

A lire sur ce sujet

–          L’ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voyage au cœur du mirage palestinien », aux éditions La découverte.

–          L’ouvrage de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien », aux éditions Max Milo.

–          L’ouvrage d’Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Gallimard, Paris.

Publié dans Le Gymnaste de février 2012

Première gymnaste israélienne à avoir remporté une médaille aux championnats du Monde de Gymnastique Rythmique, Neta Rivkin se place parmi les favorites avant les Jeux Olympiques de Londres. Rencontre avec une gymnaste volontaire et secrète.

Un regard surligné de noir, un air volontaire et dans les airs de l’Arena de Montpellier, les premières notes de sa musique flamenco… Neta Rivkin, tout juste 20 ans et deux mois, s’élance sur le praticable pour la finale cerceau du championnat du monde 2011 de gymnastique Rythmique (GR). Deux minutes plus tard, son destin a basculé. Avec un total de 28 points, elle remporte la médaille de bronze et la première médaille israélienne de GR au niveau mondial. Neta vient de marquer l’histoire de son pays. Elle vient aussi tout simplement de se qualifier pour ses deuxièmes olympiades. En 2008 pour les Jeux Olympiques de Pékin, à 17 ans à peine, elle était la plus jeune sportive de la délégation israélienne. Elle s’était classée 14ème. Longtemps dans l’ombre d’Irina Risenzon, la très charismatique gymnaste israélienne, Neta Rivkin, la discrète, se hisse peu à peu au plus haut niveau mondial.
Cette année, elle a participé à plus d’une dizaine de compétitions internationales, parvenant à se classer dans le top 10 et à atteindre régulièrement les finales par engin. Le premier éclat de cette année 2011 a été sa deuxième place aux championnats d’Europe, en finale massues. Une première médaille européenne pour cette gymnaste qui est la seule, avec Delphine Ledoux, à ne pas être issue de l’ancien bloc de l’est et à se hisser à ce niveau. « Cette année a été exceptionnelle pour moi, c’est une très grande fierté d’avoir remporté ces médailles pour mon pays », confie-t-elle avec amusement. « j’en suis encore toute excitée!»

16 ans de Gymnastique
Rencontrer Neta Rivkin est un véritable défi. Plutôt éloignée des médias, elle passe sa vie dans les avions à participer aux tournois internationaux et lorsqu’elle est de retour en Israël, elle essaie de jongler entre sa vie d’étudiante, de gymnaste et sa famille. «J’ai très peu de temps libre alors j’essaie de garder un jardin secret. »
Ses parents, originaires de Russie, ont quitté Saint-Pétersbourg à la chute de l’URSS pour rejoindre Israël où Neta est née. Fille unique, elle débute la Gymnastique à 6 ans, sous les encouragements de son père, ancien basketteur décédé l’année dernière des suites d’un cancer. « Lorsque j’étais enfant, je sautais et courais de tous les côtés, raconte-t-elle. Ela Samofalov, qui est encore aujourd’hui mon entraîneur (et l’entraîneur de l’équipe nationale, N.D.L.R), m’a remarquée et m’a incitée à venir faire de la gym… J’ai commencé et c’est devenu la chose la plus importante de ma vie. » Aujourd’hui, la jeune sportive s’entraîne avec l’équipe nationale au Wingate Institute, un écrin de verdure situé sur la côte méditerranéenne et dans le nord du pays. Construite à partir de 1957, la structure accueille le sport de haut niveau et les équipes olympiques mais aussi un centre  de recherche. C’est ici à quelques dizaines de kilomètres de la ville où elle habite, Petah Tiqva, que Neta travaille ses enchaînements au rythme de 8 à 10 heures d’entraînement par jour, six jours sur sept. «Je n’ai pas eu une enfance comme les autres, admet-elle, mais c’est sans regret. »

Londres au bout des yeux
Sacrée sportive de l’année 2011, il ne fait aucun doute : Neta Rivkin est l’avenir sportif d’Israël. Après sa médaille mondiale, le ministre de la culture et des sports, Limor Livnat, n’a pas tari d’éloges à son égard : « En dépit de son jeune âge, Neta est une des plus importantes ambassadrices du sport israélien grâce à sa persistance et à son excellence ». Un bilan de bon augure pour les Jeux Olympiques de Londres où elle briguera une bonne place. « Bien sûr, je rêve d’une médaille mais la bataille sera rude, explique-t-elle, je veux rester concentrée pour y aller dans les meilleures conditions possibles ».
Neta y présentera d’ailleurs de nouveaux enchaînements. « C’est important d’avancer masqué et puis c’est plus intéressant pour les juges, le public et moi ». Au programme ? «Du changement ! Je vais montrer une autre facette de ma personnalité avec un style tout à fait différent. » C’est donc le temps de la maturité pour la gymnaste israélienne. Elle n’a pas peur d’affirmer que Londres est son objectif principal. L’avenir, elle y pensera plus tard, «j’apprécie ma vie de sportive, je sais qu’elle ne sera pas éternelle mais il est encore trop tôt pour savoir ce que je ferais après les Jeux. Je veux en profiter le plus possible ça c’est certain.»

Coraline Salvoch

PALMARES
2007 Championnats du Monde : 20e place en individuelle et 5e en équipe.
2008 Championnats d’Europe : 14e en individuelle.
2009 Championnats du Monde : 14e en individuelle et 7e en équipe.
2010 Championnats d’Europe : 5e en individuelle.
2010 Championnats du Monde : 11e en individuelle, 5e en équipe et 7e à la finale ballon.
2011 Championnats d’Europe : 7e en finale cerceau et ruban, 5e en finale ballon, 2e en finale massues et 5e en équipe.
2011 Championnats du Monde : 10e en individuelle, 8e au ruban, 7e au ballon, 3e au cerceau, 5e aux massues.

Pression religieuse, ségrégation officieuse, autocensure des acteurs économiques et politiques… Pas toujours évident d’être une femme et de faire entendre sa voix dans certaines villes d’Israël. Le pays pointe d’ailleurs désormais au 55e rang du Global Gender Gap Index, publié par le Forum économique mondial, qui mesure les différentiels femmes-hommes. L’Etat hébreu se retrouve dorénavant derrière la Mongolie, le Kirghizistan et la Namibie.

Quiconque arrive à Jérusalem par la gare routière est frappé par le côté ultra-religieux de la ville. Les hommes arborent de grands manteaux noirs, de grands chapeaux, les femmes, toutes en jupes, ont les cheveux voilés ou encore recouverts par une perruque. Ici la foi religieuse envahit complètement l’espace public. Dans le centre de la ville, la pression se fait plus discrète mais pour autant, les écolières arborent toutes des jupes et des chemisiers amples, les étudiantes portent des manches longues, les jeans se font discrets… Simple respect de codes religieux très stricts, certes, mais pas seulement.

Les femmes rendues invisibles

Il faut dire qu’à Jérusalem, les communautés ultra-religieuses, autrefois cantonnées au quartier isolationniste et ultra-conservateur de Mea-Shearim, ne cessent de s’agrandir. Le développement est tel que ces mouvances sont représentées par un adjoint au maire et que les codes prônés par ces communautés ont largement dépassé les quartiers traditionnels.

Ainsi, alors que la ville compte près de 800 000 habitants, les panneaux publicitaires sont rares. Et pour cause, les visages des mannequins, principalement des femmes, sont tagués, les yeux recouverts de feutres noirs, les pancartes déchirées… Du vandalisme systématique qui a entraîné une autocensure des annonceurs.

Plus inquiétant encore, sur certaines lignes des transports publics, les bus sont divisés en deux zones de manière officieuse : l’avant est réservé aux hommes, les femmes et les enfants s’assoient à l’arrière. Et toutes celles qui refusent de se plier à ce chantage sexiste risquent bien plus que de simples remarques…

Le 28 décembre dernier, une jeune militaire a été menacée et violentée par des « hommes en noir » parce qu’elle refusait de s’asseoir au fond. « Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, confie-t-elle au journal Haaretz. J’ai même déjà été jetée dehors une fois que le bus était juste arrivé à mon arrêt. »

Plus tôt cet automne, c’est au sein de l’armée que les femmes avaient été victimes de discrimination. Interdites de chanter et de danser sur scène pour ne pas heurter les militaires les plus religieux, les femmes ont également dû faire bande à part lors de cérémonies religieuses.

L’exemple de Bet Shemesh

Cette petite ville, située entre Jérusalem et Tel-Aviv fait face depuis plus de six mois à une guerre virulente opposant la communauté à majorité orthodoxe à celle des ultra-orthodoxes, les Haredi (les « craignant-Dieu »). La pression exercée par cette frange de la population est telle que les femmes n’ont pas le droit d’emprunter certains trottoirs. Ils ont également arrêté la construction d’un centre commercial ou encore d’une route. Les chantiers sont à l’abandon.

Aujourd’hui, les ultra-orthodoxes saccagent les écoles, perturbent les cours et radicalisent les écoles religieuses. Dernier exemple en date : un groupe de parents d’élèves a voulu interdire aux pères d’assister aux spectacles de fin d’année de leurs petites filles.

C’est le lynchage d’une jeune adolescente, au début de l’automne, qui a mobilisé les parents contre cette radicalisation. Elève d’une école religieuse, elle a été frappée et molestée par une bande d’ « hommes en noir ». Elle ne doit son salut qu’au secours de voisins qui l’ont tirée d’affaire. Motif de l’agression : sa tenue n’était pas assez « modeste », comprenez, dans le langage orthodoxe, elle ne couvrait pas assez son corps.

Ces faits ont pris une nouvelle ampleur avec le témoignage fin décembre, sur la chaîne privée, Aroutz 2, d’une petite fille de 8 ans. Naama Margolis refuse d’aller à l’école à pied par peur des représailles. Elle s’est fait régulièrement cracher dessus et insulter. Là encore, sa tenue est remise en question. Pourtant élevée dans une famille orthodoxe américaine, la jeune élève semble bien loin des clichés de la lolita avec son pull à manches longues et sa longue jupe en jean.

Des « burqas juives » dans la rue

Cette folie de la « modestie » des femmes va même parfois plus loin. Dernière mode en date : la « burqa juive ». Légèrement différente de celle portée dans les pays musulmans, la burqa « ultra-orthodoxe » est composée d’une longue robe noire et d’un poncho recouvrant la tête, le visage, le cou et les épaules de la femme. Elle est apparue au sein d’un groupe sectaire de Bet Shemesh où même les petites filles son amenées à la porter. Aujourd’hui, même si la tenue est encore très décriée, il n’est plus rare de croiser des « dames en noir » dans les quartiers très conservateurs de Jérusalem.

Attention, pour autant, cette radicalisation n’est pas le refletde la société israélienne. Le pays est morcelé entre différentes cultures et traditions. Sur la côte, à Tel-Aviv ou Eilat, la réalité n’est pas la même. Ici, le tourisme et la culture occidentale dictent le quotidien. Qui plus est, Israël est une démocratie et prône l’égalité des sexes. De nombreuses affaires sont ainsi présentées devant la justice. Régulièrement des « hommes en noir » sont condamnés pour des cas de harcèlement.

La société civile s’est quand à elle, emparée du débat. Elle tente de répondre œil pour œil, dent pour dent à l’arbitraire des « men in black ». Les militaires sont exclues des cérémonies religieuses et ne peuvent plus chanter sur scène, alors des concerts sont organisés en plein Jérusalem. Les femmes sont exclues de l’avant des bus. Conséquence, des militants envahissent les lignes qui desservent les quartiers religieux. Aucune femme sur les publicités. Des centaines de posters de femmes sont alors accrochés aux balcons. Les femmes de Bet Shemesh ne sont pas assez « modestes » pour partager la rue avec les hommes. Un flash-mob géant réunissant 250 activistes, laïques ou religieuses, est aussitôt organisé dans les rues du quartier.

Le problème est d’une telle ampleur que lorsque Tanya Rosenblit, une jeune étudiante de 28 ans, refuse de quitter son siège à l’avant de son bus, une ligne traditionnellement réservée aux religieux, on l’appelle la nouvelle Rosa Parks. Effarant quand on sait que le combat mené par l’Américaine contre la ségrégation raciale, était quand même d’une toute autre ampleur et surtout qu’il a eu lieu en 1955.

Coraline Salvoch – EGALITE