Articles Tagués ‘Gaza’

Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Un enfant bien nourri est un enfant bien instruit. Voilà ce que l’on dit. Mais si remplir son estomac est important il faut aussi apprendre aux jeunes à avoir de bonnes habitudes alimentaires.
Les Nations Unies estiment que près de 400 millions d’enfants de par le monde vont se coucher le ventre vide. De nombreux projets tentent de leur assurer des ressources alimentaires stables et d’encourager les enfants à aller à l‘école.
Pour en savoir plus sur les méthodes destinées à renforcer l‘éducation nutritionnelle en milieu scolaire, nous nous sommes rendus en Territoires palestiniens, au Canada et en Finlande.

Gaza: La malnutrition, problème numéro un dans les cours d‘école

Le blocus israélien de Gaza a entraîné des pénuries alimentaires enjandrant une malnutrition de beaucoup de jeunes Palestiniens. Un projet des Nations Unies tente d’ assurer un approvisionnement alimentaire dans les écoles, pour encourager une rescolarisation des enfants et offrir aux mères des conseils nutritionnels.

Dans la bande de Gaza, près d’un élève sur deux arrive à l‘école sans avoir rien mangé. Comme d’autres organisations, l’Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens a donc décidé de distribuer chaque jour une ration énergétique aux élèves. Plus de 200 000 enfants en bénéficient quotidiennement. L’Office s’est aussi fixé comme objectif d’apprendre aux mamans à donner à leurs enfants les nutriments essentiels.

Liens utiles:
http://www.haaretz.com/news/poll-10-of-palestinian-children-have-lasting-malnutrition-effects-1.217826
http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/A61/A61_18Rev1-en.pdf

Finlande : l’alimentation par les sens

En Finlande, la méthode Sapere met en avant une action de sensibilisation à la nutrition en enseignant aux jeunes à apprécier la nourriture avec tous leurs sens. Les étudiants sont encouragés à cultiver et à cuisiner leur propre nourriture pour apprendre ce qu’est une alimentation saine. L’objectif principal est de lutter contre l’obésité.

Le méthode Sapere, a pour objectif d’initier les enfants au «mieux manger» et au «savoir-vivre» en développant les 5 sens afin de les aider à adopter un comportement alimentaire sain, de les obliger à être curieux, à découvrir et à savoir apprécier.
La méthode Sapere est très appréciée des professionnels de santé en Finlande. A l’heure actuelle, quelques 3 500 d’entre eux ont été formés pour utiliser cet outil dans leur travail. Dans de nombreuses villes, la méthode s’inscrit dans le programme scolaire.

Pour plus d’informations:
http://sapere.ebaia.com/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=10&Itemid=93&lang=fr

Déjeuner écolo au Canada

Au Canada, qui est l’un des plus grands producteurs mondiaux de déchets, on mise dans les écoles sur les boîtes-repas saines et écologiques. Les enseignants encouragent les élèves à choisir leur nourriture avec soin et à utiliser des emballages alimentaires adaptés à la sauvegarde de l’environnement.

Au Québec, les Etablissements Vert Brundtland ont développé une trousse pédagogique pour encourager les écoles à s’engager pour éduquer les jeunes au développement durable.
Dans certaines écoles, les élèves sont aussi sensibilisés au recyclage. Après le lunch, ils font le tri des déchets, certains sont même responsables du nettoyage. Des petits gestes quotidiens qui, à grande échelle, font toute la différence.

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Reportage de l'agence Middle East 2.0, diffusé aujourd'hui dans l'émission Learning World, un programme sur l'éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada.
Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

39 millions : C’est le nombre d’enfants qui ne vont pas à l‘école dans les pays déchirés par les conflits armés. Promouvoir l‘éducation en zone de conflit est une mission périlleuse et les résultats ne sont pas garantis. Comment élèves et professeurs font face à des situations de violence ? Exemples en Côte d’Ivoire, en Somalie et à Gaza.

Côte d’Ivoire : les élèves reprennent le chemin de l‘école

Après un an de violences post-éléctorales dans le pays qui ont entraîné la fermeture de nombreuses écoles, le système éducatif se remet en marche. Au plus fort de la crise, un million d’enfants scolarisés n’a pas pu aller à l‘école. Le traumatisme de plusieurs mois de conflit armé intense est encore bien présent. L’UNICEF a donc décidé de lancer une grande campagne nationale pour le “Retour à l‘école de tous les enfants”.

Somalie : tout un système éducatif à construire

Dans un pays déchiré par la guerre civile depuis plus de 20 ans, le système éducatif est totalement détruit. 30% seulement des élèves sont scolarisés à l‘école primaire et la majorité des professeurs ont fui le pays. L’ICDSEA, prgramme somalien de développement des capacités des administrateurs, fait appel à des conseillers techniques venant de l‘étranger pour faire le bilan des infrastructures et mettre en place une véritable planification de l‘éducation à long terme.

Gaza : une main tendue pour l‘éducation

En territoire palestinien, le conflit a conduit au dépérissement du système éducatif alors que 60% de la population de la bande de Gaza a moins de 18 ans. A Doha, au Qatar, l’Organisation Al Fakhoora intervient aux côtés des Nations Unies dans le cadre d’un programme d’aide aux étudiants gazaouis, notamment par le biais de bourses d‘études. Al Fakhoora aide en priorité les étudiants démunis mais pourvus d’un projet professionnel.

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C’est une image qui en dit long sur le blocus imposé à la bande de Gaza. Quand la famille de Fathi, installée dans le quartier de Sheikh Jari à Gaza city, allume un feu de bois improvisé en guise de chauffage, la centrale électrique d’Ashkelon, ville israélienne situé à moins d’une dizaine de kilomètres, crache de l’autre côté, une fumée blanchâtre ininterrompue. A la tombée de la nuit, les bougies des uns tentent de rivaliser avec les lampadaires des autres. Sans succès. Ce mercredi, la maison de Fathi où loge près d’une vingtaine de personnes n’a reçu que 5 heures d’électricité. Dans l’indifférence générale, les Gazaouis vivent l’un des hivers les plus durs, recensés dans la petite bande côtière. Privés d’électricité, privés d’essence pour alimenter les groupes électrogènes, privés de chauffage…alors que les pluies abondantes et le froid persistent dans la région. Il existe pourtant une centrale électrique dans la bande de Gaza. Mais cette dernière a tout aujourd’hui d’un paquebot échoué sur le sable. Résultat de plusieurs années de guerre et de blocus, des décisions prises par les dirigeants du Hamas et des atermoiements dans la réconciliation inter-palestinienne. 

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Dispositif. Sur le papier, la bande de Gaza est approvisionnée en électricité par trois sources : la centrale électrique de Gaza, la compagnie israélienne d’électricité (CIE) et la compagnie égyptienne d’électricité. «Sur le papier, la répartition est la suivante, calcule Rafiq Maliha, directeur de la centrale de Gaza.140 Mégawatts venant de la centrale, 120MW achetés à Israël, et 22MW en provenance d’Egypte. » Voilà pour la théorie, car aujourd’hui, moins de 50% des besoins sont en fait couverts. La faute à plusieurs problèmes.

Blocus. Le 28 juin 2006, deux jours après l’enlèvement du caporal Guilad Shalit, la centrale électrique de Gaza était bombardée par l’aviation israélienne. La plupart des transformateurs furent détruits. Problème, depuis cette date, l’installation n’a pu qu’être partiellement restaurée à cause du blocus israélien, mis en place à la même époque. Des ingénieurs ont été refoulés à la frontière. Des pièces nécessaires à la maintenance ne sont jamais arrivées à destination. Conséquence, la centrale ne fonctionne qu’à 40% de sa capacité initiale…à condition qu’elle soit ravitaillée en carburant. Mais ce dernier est lui aussi restreint à cause du blocus. Seuls 2 millions de litres d’essence sont autorisés à passer chaque mois par Israël, à travers le terminal de Kerem shalom. « Or, soupire Ahmed Chawa, le président du comité de coordination pour l’essence à Gaza, l’enclave aurait besoin de 13 millions de litres par mois pour vivre. Nous avons négocié avec Israël, mais nous avons seulement obtenu une rallonge de… 500000 litres.» Pour faire face au blocus, une solution avait été trouvée avec les tunnels creusés sous la frontière égyptienne. Ces ceux-là mêmes qui ravitaillent la centrale électrique. Seulement, depuis plusieurs semaines, l’Egypte a fermé le robinet en amont. Les contrebandiers n’arrivant plus à se fournir, c’est la panne sèche. Le nouveau pouvoir égyptien est prêt à ravitailler en quantité suffisante la bande de Gaza, à condition que cette dernière soit prête à payer le prix international…six fois plus élevé que le prix des tunnels. Et que l’essence ne circule plus dans les fameux tunnels. Telle est l’équation qui attend toujours d’être résolue à l’heure actuelle. Quant à l’électricité fournie par Israël et l’Egypte, elle n’arrive pas dans les foyers gazaouis. « A cause du blocus, et faute du matériel nécessaire, la maintenance adéquate n’a pu être effectuée sur les lignes frontalières, conclut Rafiq Maliha.»

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Les responsabilités du Hamas. A Gaza, une maison cristallise les tensions sur la question de l’électricité. Celle du premier ministre Ismaël Hanyeh, le leader du Hamas. Située en bord de mer, ravitaillée par un énorme groupe électrogène, protégé par des blocs de béton, la bâtisse semble à l’abri des soubresauts du quotidien. Les responsabilités du mouvement islamiste dans la crise de l’électricité sont avérées. Elles sont notamment d’ordre financier. Fin 2009, l’Union européenne qui finançait, faveur accordée à l’Autorité palestinienne depuis janvier 2006, les litres de carburant nécessaires au fonctionnement de la centrale de Gaza, interrompt son financement. Le Hamas doit alors payer le carburant à l’Autorité palestinienne. Il existe à Gaza, une société semi-privée qui doit collecter l’argent des Gazaouis, en paiement des factures d’électricité. Même si selon des données officieuses, seul un habitant sur deux s’acquitte de cette obligation, le Hamas, lui, n’a jamais ou partiellement reversé l’argent collecté à l’Autorité palestinienne. Résultat de la brouille qui perdure entre le pouvoir de Ramallah et le Hamas. « Conséquence pratique de cette querelle inter-palestinienne, le déficit se creuse chaque jour un peu plus, commente Rafiq Maliha. La centrale ne pouvant plus payer son carburant comme il se doit, la production baisse inexorablement.»  Et rien ne laisse entrevoir une éclaircie à l’horizon. A la centrale de Gaza, on prédit déjà « un black-out total pour 1,5 millions de Gazaouis ». Pendant l’offensive israélienne « Plomb durci » fin décembre 2008,  beaucoup d’habitants s’étaient étonnés d’être parvenus à vivre 12 jours de suite sans électricité. Il est à craindre que ce triste record soit battu l’hiver prochain.

Alain Pirot

Les premières minutes de l’émission « Nouveaux Regards »

Deuxième partie  de l’émission »Nouveaux Regards »

Troisième partie de l’émission « Nouveaux Regards »

Si vous expliquez à un Israélien que vous revenez tout juste de la bande de Gaza, mieux vaut vous attendre à deux types de réaction. La première, la plus agréable, vient souvent des jeunes Israéliens. Ses principales caractéristiques, une grande soif de curiosité et d’intérêt pour ce qui se passe derrière les murs de la petite bande côtière. La seconde par contre, se veut plus vindicative. Souvent exprimée par les Israéliens plus âgés, elle flirte parfois avec les termes orduriers du type : « Ne croyez pas ce que vous ont dit les Arabes de Gaza, ce sont des menteurs. Ils ont la haine des Juifs ! » Et si par mégarde, vous commencez à montrer une quelconque compassion pour le sort malheureux de cette petite bande côtière, coincée entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, vous devenez très vite un « mauvais journaliste anti-israélien, souffrant d’un manque totale d’objectivité ». Si le mot « Gaza » suscite aussi peu d’indifférence chez les Israéliens, c’est que la plupart savent qu’il s’y passe depuis plus de cinq ans, une situation hors norme. Et pour tout dire difficilement acceptable. A Gaza, la normalité est un luxe qui ne se trouve plus sur les étagères des commerces. Il nous aura fallut quatre jours de reportage et des dizaines de rencontres pour le comprendre. C’est ce voyage que nous vous proposons de découvrir dans le premier numéro de l’émission « Nouveaux Regards ».

« Gaza – blocus or not blocus ? » est une question plus qu’épineuse en Israël. Nous l’avons appris à nos dépends ces derniers jours. C’est vrai, pour beaucoup, le débat n’a pas lieu d’être. « Le blocus est là pour protéger Israël. Et empêcher la circulation des armes,  missiles et autres roquettes, à destination des groupes armés en guerre avec Israël. » Point à la ligne. Pourtant, comment ne pas s’interroger devant cette décision politique qui n’a en rien stoppé le transport d’armes, mais qui pénalisent tout un peuple, toute une économie. Et pour tout dire le futur tout entier…

Ce que nous avons observé sur place est effrayant.

Tout d’abord, il n’y a plus d’économie. Au sens, une économie qui produit des richesses, en exportant ses produits et ses marchandises.  A Gaza, on ne fabrique plus rien, on n’exporte plus de fraises. On ne travaille plus, on attend seulement que les portes s’ouvrent. En réalité, aujourd’hui, la seule économie qui existe à Gaza est celle des « tunnels de contrebande », ce réseau sous-terrain qui circule sous la frontière égyptienne. Autrement dit, une économie illégale contrôlée par quelques clans mafieux, liés au Hamas. Comble d’ironie, Israël a mis en place avec le blocus, une politique qui ne pénalise nullement les islamistes. Mais favorise en fait  l’argent sale….En Israël, face à cette ironie du destin, on a trouvé la réponse rhétorique. Tout est de la faute de l’Egypte qui favorise le système des tunnels. C’est vrai, l’Egypte en profite. Elle exporte ses produits et rançonne en toute impunité les Gazaouis. Mais de là à dire qu’Israël n’y est pour rien dans cette histoire, c’est peut-être osé…

En Israël, on souligne que des marchandises circulent par camion vers Gaza, par le point de passage de Kerem Shalom. C’est vrai. La preuve en allant sur twitter. Chaque semaine, l’armée israélienne communique le nombre de camions qui circulent vers Gaza. Du 7 au 13 novembre, 1500 camions sont ainsi passés à travers le blocus. Simple calcul, cela fait un camion pour mille habitants par semaine. Une goutte d’eau. Une misère.

Le Hamas a-t-il été pénalisé par le blocus ? Aucunement, il se porte même très bien. On vient d’ailleurs d’apprendre que le prochain gouvernement palestinien s’installerait à Gaza, avec un membre du Hamas à sa tête. Un comble, qui démontre s’il était nécessaire que le blocus ne l’a pas pénalisé…

Mais, cela était-il vraiment le but prioritaire de la politique d’Israël ? Voilà ce qu’a répondu un officier de l’armée israélienne à cette question, au quotidien Haaretz. « Non, l’objectif, c’était de pénaliser les Gazaouis qui avaient voté en faveur du Hamas en 2006. Le blocus a été conçu pour punir une population, et empêcher que cette dernière puisse vivre en toute quiétude alors que l’un de nos soldats (N.D.L.R. – le soldat Guilad Shalit) était aux mains des brigades armées de Gaza. » A cette affirmation, il est permis d’en ajouter une autre. Tant qu’ Israël parviendra à pousser Gaza vers l’Egypte, et la couper de sa zone naturelle, à savoir la Cisjordanie, alors toute création d’un Etat palestinien deviendra un casse-tête chinois, géographique et politique. Mais dire cela, c’est « voir le mal partout », nous a répondu un confrère israélien.

En attendant, Israël a autorisé cette semaine, le passage de camions de ciment vers Gaza. En nombre limité certes. Mais c’est déjà ça. Problème, le ciment venu des tunnels est vendu dix fois moins cher à Gaza…

A.P.

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Encore en prison il y a quelques semaines, Khaled Taha, activiste du Fatah goûte désormais au luxe des hôtels de Gaza. Comme 477 prisonniers palestiniens, il a été libéré dans le cadre de l’accord Shalit le 18 octobre dernier.

Fin de journée sur Gaza. La nuit est tombée et la lumière des spots de l’hôtel 5 étoiles Al-Mashtal éclaire l’entrée du palace. Une centaine d’hommes se retrouvent ici tous les soirs pour un tourisme d’un nouveau genre. Prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l’échange Shalit, ils sont logés aux frais du Hamas dans cette résidence de luxe… En attendant de reprendre le cours d’une vie normale.

 Parmi eux, Khaled Taha. Agé d’une cinquantaine d’années, il fume en prenant l’air. A ses côtés, les deux fils d’un ami venu lui rendre visite jouent et courent avec lui. Autour de son cou, un badge. Comme pour un voyage organisé, on y trouve sa photo et son nom de famille. Un autre détail attire l’œil : 99 ans. Comme la durée de sa peine avant sa libération. Condamné à la prison à vie en octobre 1987, Khaled retrouve la liberté loin des siens. Originaire de Jerusalem et activiste du Fatah, il a été expulsé à Gaza.

La « guerre » en famille

 « J’ai tué trois soldats israéliens, raconte-t-il calmement. Deux ont été poignardés et un autre tué avec un pistolet. » Assis confortablement dans un fauteuil, une nouvelle cigarette aux lèvres, l’ancien prisonnier commence à se confier. Aucun regret dans sa voix. Il était en « guerre ». « C’est la judéisation et la colonisation des territoires et de Jerusalem qui sont à l’origine de la violence, je voulais tout simplement prouver que la résistance pouvait aussi venir de l’intérieur. » Une conscience acquise auprès de sa famille. Car chez les Taha, le combat pour la « Palestine libre » se transmet depuis deux générations.

Un de ses oncles a pris part à la prise d’otage de l’avion belge Sabena en mai 1972 dans laquelle il a été « tué par Barak et Netanyahu », qui faisaient partie du commando de libération des otages. Une de ses tantes quant à elle était au conseil national de résistance de l’OLP. Son père, sa sœur et son frère ont également passé quelques temps en prison. Pour ses premiers faits d’armes, Khaled commence par lancer des cocktails Molotov ou par installer des drapeaux palestiniens dans toute la vieille ville. Il se fait arrêter en 1987 pour des faits de violence. Sa famille se fait alors expulser de sa maison dans le vieux Jerusalem. Quatre-vingt dix jours de torture plus tard, il avouera en plus l’assassinat des trois militaires. Son regard s’assombrit.  « Ils me plaquaient contre des radiateurs avant de m’enfermer dans pièces glaciales… Aujourd’hui j’en ai toujours des conséquences. Je vais peut-être me faire opérer des poumons à l’étranger ».

Un homme vient alors lui serrer la main chaleureusement, ils échangent quelques mots en arabe puis se séparent… « Un ami avec qui j’ai passé dix ans en prison », assure-t-il. La plupart des hommes présents dans l’hôtel se connaissent et se sont croisés dans les prisons israéliennes. Fatah, Hamas… même combat. Pour Khaled, l’enfermement n’a pas signifié la fin de la lutte, bien au contraire. Il a suivi la normalisation des relations OLP-Israël, la première intifada, « une grande fierté », la seconde, et les accords d’Oslo depuis sa cellule. « C’est un complot des pays arabes pour imposer cette décision à l’OLP », fulmine le militant du Fatah. Très actif en détention, il a fait deux grèves de la faim  « pour avoir des droits ». Il a ainsi pu passer deux bacs et commencer des études universitaires. Sa libération n’a pas été une surprise, il était préparé à sortir de prison un jour ou l’autre : « nous avions fais passer les pièces d’une radio une par une et quand elle a été complètement remontée, nous avions organisé une sorte de bureau d’information… On faisait passer les nouvelles sur des petits bouts de papier. Je savais que mon nom était plus ou moins sur la liste d’échange des prisonniers. »

Vers une nouvelle vie

Khaled boit un verre d’eau, propose une cigarette à l’auditoire, « c’est la prison ça, on n’a plus l’habitude de faire des trucs pour nous… Quand je fume, quand je mange, j’ai le réflexe de partager avec quelqu’un. » Le plus dur sera de se réapproprier sa vie personnelle, il le sait bien. Le luxe autour de lui ne panse pas les plaies de la solitude et de l’amertume : « Je ne suis pas un mendiant, je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi… ce n’est pas ça qui est important. » Si l’emploi du temps est pour l’heure, très sérieusement organisé et contrôlé par les autorités du Hamas : visites médicales, repas commun, conférences, rencontres avec les Gazaouis… Khaled espère pouvoir rapidement reprendre un rythme normal. « J’aimerais continuer mes études, confie-t-il en tapotant la tête d’un des fils de son ami venu lui dire au-revoir, me trouver une femme à Gaza pour me marier et avoir une famille… » Il attend surtout une visite de ses parents qu’il n’a pas vu depuis au moins 20 ans. Bientôt il travaillera pour l’autorité palestinienne. Khaled ne reprendra pas la lutte armée mais son idéal politique reste le même : « mon avenir est à Jerusalem, notre capitale ». Et ça les années de prison israéliennes n’y ont absolument rien changé.

C.S

Crédit photo : Reuters / GPO

C’est la nouvelle émission de grands reportages du Moyen-Orient. « Nouveaux Regards », programme réalisé par Coraline Salvoch et présenté par Alain Pirot, est le dernier concept de l’agence de presse Middle East 2.0. Nouvelle institution installée à Jérusalem, depuis le 1er septembre 2011, fondée par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Au coeur de Gaza

Publié: octobre 29, 2011 dans Reportages
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Jerusalem, le 27 octobre 2011.

Gaza, plage de Gaza City, octobre 2011.

Quatre jours de tournage, 3 litres de café, 300 thés chacun, des accidents de la route évités, des enfants, des militants du Hamas et du Fatah, des rappeurs, des jeunes désabusés, des souvenirs de la guerre, des larmes, des immeubles en construction, des appels à la prière, un hidjab porté, des dizaines de gens rencontrés, des shawarma à prendre 10 kilos, des hôtels de luxe, du taboulé vert, des policiers, des prisonniers libérés… Gaza, c’est tout ça et bien plus encore. Difficile de décrire un séjour que nous avions fait tellement de fois dans notre tête et qui s’est avéré complètement différent. Tout était casé, millémétré, pensé et évalué… Mais Gaza s’est avérée complexe et loin des préjugés.

Petit rappel. La bande de Gaza,  c’est avant tout environ 1 600 000 personnes qui vivent sur une bande longue de 41 kilomètres de long. Un million sont des réfugiés. Pour une petite comparaison, il y autant d’habitants en Eure-et-Loir qu’à Gaza City qui est la « capitale » de la bande, plus de 400 000.

 Après la guerre de 1948, la bande passe sous contrôle égyptien. C’est à la suite de la guerre des Six Jours en 1967, qu’elle repasse sous l’égide israélienne. Il faudra attendre 2005 pour qu’Israël retire de force 8000 colons qui y habitaient et travaillaient.

En 2006, les élections législatives palestiniennes sont remportées par le Hamas, un parti islamiste qui s’impose donc face au Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, créé par son prédécesseur et décédé en 2004, Yasser Arafat. En juin de la même année, la branche armée du Hamas enlève Guilad Shalit. Suivront de nombreuses opérations militaires israéliennes pour tenter de le récupérer.

En 2007, la bande de Gaza bascule dans la violence. Les militants du Fatah et du Hamas s’affrontent dans des combats très violents pour le contrôle de la bande. Le Hamas prendra le pouvoir par la force, Mahmoud Abbas s’enfuit alors en Cisjordanie où il créé un gouvernement d’urgence. A Gaza, la situation ne s’arrange pas. C’est la mise en place du blocus total. Le Hamas est en effet considéré comme un mouvement terroriste par Israël et la plupart des pays occidentaux. Pour le punir, une seule solution, le rendre responsable d’une situation intenable.

Evidemment les choses ne sont pas aussi simples. A Gaza, le Hamas est parvenu à rétablir la sécurité dans la bande et le blocus ne fait qu’alimenter les systèmes de contrebande et le développement de l’économie des tunnels.

En 2008, la situation s’envenime entre Israël et le Hamas. Des roquettes sont tirées, les raids israéliens se multiplient, les morts s’accumulent. Si une trêve est signée entre les deux parties en juin 2008, elle sera rompue par Israël en novembre 2008…. Israël qui justifie ces attaques par le fait que le Hamas n’ait jamais tenu ses engagements. En décembre 2008, c’est le lancement de l’opération israélienne, Plomb Durci. L’armée bombarde les installations du Hamas, tuant par la même occasion de nombreux Palestiniens. Dans la bande c’est le black-out total. Aucun journaliste n’est autorisé à rentrer sur le territoire depuis début novembre et les deux parties se livrent à une véritable guerre de l’information… Par exemple, les réseaux de téléphonie mobile et de télévision sont piratés par les services israéliens. Le 18 janvier, un cessez-le-feu est décidé par le gouvernement israélien, il est suivi par celui du Hamas quelques heures plus tard. Les deux parties revendiquent la victoire de cette guerre.

Depuis, Gaza commence à se reconstruire. En  2011, pour la première fois Israël et le Hamas sont parvenus à un accord, grâce à la médiation de pays comme l’Allemagne, l’Egypte et la Turquie. Le 18 octobre, après avoir passé 5 ans caché dans la bande de Gaza, Guilad Shalit a retrouvé la liberté. Dans le même temps, Israël s’est engagé à libérer plus de 1000 prisonniers. Le 20 octobre, ce sont 450 d’entre eux qui ont retrouvé la bande de Gaza, la Cisjordanie, la Jordanie, la Turquie…

Et nous c’est dans ce contexte, que nous sommes partis à la rencontre de cette bande énigmatique et de ces Palestiniens.

C.S