Tout le monde s’est bien gardé d’en parler dimanche dernier sur les plateaux de télévision. Et pourtant, il y avait beaucoup à dire… sur les premières élections législatives des députés de l’étranger. Même la Gauche qui peut se targuer d’avoir remporté 8 des 11 circonscriptions se garde bien de tout commentaire élogieux sur le sujet. Car le bilan de cette première, c’est avant tout un grand fiasco démocratique. Certes, on pourra toujours dire que les abstentionnistes ont toujours tort, mais à y regarder de plus près, on pourra concéder qu’on ne les y a pas vraiment encouragés. Explications.

Une participation chaotique.

Au soir du 2ème tour, ils étaient nombreux en France, à se lamenter  que l’abstention dépasse les 40%. On retiendra notamment ce commentaire, dans le Nord, du député Bernard Roman : « Quand des citoyens se déconnectent du choix de la construction de leur avenir, on avance vers le chaos ». Eh bien, imaginez sa réaction en regardant le vote des français de l’étranger, puisqu’ici, l’abstention a atteint le chiffré épique de 79,22%. La palme du plus grand absentéisme revenant à la circonscription consulaire de Haïfa en Israël avec 5,1% de votants, au coude à coude avec Annaba en Algérie et Tripoli en Libye (6,7% de votants). On concèdera que les Français installés à l’île Sainte-Lucie dans les Antilles ont fait mieux avec 7,8% de votants.

Consulat de France à Jérusalem, 3 juin 2012, premier tour des élections législatives des Députés de l’étranger. Crédit Photo MiddleEast2.0.

Il y a tout de même quelques élèves plus assidus : Riga en Lettonie avec 48,5% de votants, Tirana en Albanie avec 50,9%, Tachkent en Ouzbékistan avec 57,8%…La Marianne d’or de la participation revenant à Chisinau en Moldavie où 35 citoyens français ont rempli leur devoir civique, portant la participation à 63,6%.   On peut d’ailleurs féliciter les concepteurs de cette élection d’avoir mis en place le vote électronique par internet. Et même si ce dernier n’a pas été sans problème, on imagine le score final s’il n’avait pas existé.

En définitive, la participation la plus active  restera celle enregistrée dans la 11ème circonscription, celle remportée par l’UMP Thierry Mariani, celle où le soleil ne se couche presque jamais qui va de Moscou à Sydney, parfaitement ciselée pour un ancien ministre des Transports.

Les raisons d’un désaveu.

Les circonscriptions obéissant toutes à des contextes différents, difficile de trouver des causes générales pour expliquer ce faible engouement. Notre analyse est évidemment animée par la campagne vécue dans la 8ème circonscription, celle regroupant l’Italie, la Grèce, Saint-Marin, le Vatican, Malte, Chypre, Israël et les Territoires Palestiniens.

Carte des circonscriptions des députés de l’étranger, crédit le Parisien – Aujourd’hui en France.

Même si le découpage est toujours un jeu compliqué, on se doit évidemment de mentionner quelques incohérences. Les citoyens, les premiers, n’ont goûté à ce découpage qu’avec  perplexité. Se demandant parfois comment la Papouasie / Nouvelle-Guinée pouvait avoir les mêmes problématiques que l’Ukraine. En fait, le découpage a obéi non pas seulement à des critères démographiques, mais surtout à une règle de pôles incontournables. Autour desquels les autorités ont ajouté d’autres pays pour faire le nombre. Ainsi, dès le départ, il était dit qu’il y aurait une circonscription autour de la Suisse, du Bénélux, des Etats-Unis, de l’Espagne, du Maghreb, et d’Israël. Des entités où les autorités se garderaient bien de « mélanger les torchons et les serviettes ». Ainsi, autour d’Israël, on aurait pu ajouter la Jordanie, le Liban, pour respecter critères démographiques et géographiques. Mais comme le découpage fut notamment supervisé par Daphna Poznanski, candidate PS franco-israélienne installée à Tel-Aviv, celle-ci compris très vite qu’il fallait mieux éviter ce cas qui empêcherait le futur député et surtout elle de pouvoir se déplacer dans la circonscription. Au départ, on avait même exclu les Territoires palestiniens de cette circonscription, mais là on comprit du côté des autorités, qu’on était peut-être allé un peu loin. On les y ajouta plus tard convaincu que les quelques 200 français installés du côté de Ramallah ne pèseraient pas lourd. Manque de chance pour Thierry Mariani, la 11ème circonscription a quant à elle obéit parfaitement à des critères démographiques. Vulgairement, comme tous les autres pôles avaient été constitués, on a mis tout ce qu’il était possible de mettre dans cette 11e zone pour faire le nombre. Péniblement, en rassemblant des pays qui vont de A comme Arménie à V comme Vietnam, on est finalement arrivé au chiffre de 78893 inscrits, soit l’un des plus faibles avec l’Amérique du Sud.

La « drôle de campagne » de la 8ème circonscription

Dans les colonnes du « Parisien-Aujourd’hui en France », dès le premier tour, on avait déjà largement commenté cette drôle de campagne de la 8e circonscription. Notamment l’attitude des candidats vis-à-vis des français installés dans les Territoires palestiniens (Voir ci-dessous). On a l’habitude dire que rien n’est jamais normal avec Israël et la Palestine. La règle a été respecté. Même si tous les candidats, les uns après les autres, se sont gardés auprès de nous d’avoir « fait une campagne communautaire », c’est indéniablement ce qui s’est produit.

Publication 4 juin 2012 dans les colonnes du Parisien – Aujourd’hui en France.

L’histoire retiendra quelques anecdotes savoureuses, une affaire d’espionnage entre candidats menée par l’intermédiaire d’une fausse journaliste venue en fait renseigner un autre candidat sur les propositions de ses adversaires. Un candidat FN, remplacé à la dernière minute, parce que jugé « trop pro-israélien » par sa direction. Il est vrai qu’il avait juré dans un message internet  « avoir à cœur de défendre dans l’hémicycle le Grand Israël et sa capitale éternelle, Jérusalem ». Enfin, un candidat dont le seul programme était de faire barrage à un autre candidat.

Finalement, tous les candidats jurent avoir vécu, comble d’ironie, « l’enfer dans cette campagne ». Sauf Daphna Poznanski, la candidate PS, la grande gagnante. Qui loin de s’égarer dans cette une querelle de petites phrases, a joué de sa discrétion. On aurait pourtant souhaité l’entendre lorsque que les autres candidats, Philippe Karsenty en tête, attaquaient les médias français, jurait que « les Territoires palestiniens sont occupés par les Arabes illégalement ». En restant en dehors de tout cela, elle ne s’est pas exposée. Choisissant plutôt de mettre en valeur son bilan de représentante des français de l’étranger quand la candidate UMP s’épuisait dans les polémiques, les petites phrases.  C’est là ce qui lui a permis de gagner. Mais le climat de cette campagne ne laisse rien augurer de bon.

Et l’on ne s’étonnera pas que les électeurs aient boudé les urnes. A Ramallah, au deuxième tour, il n’y avait que huit bulletins dans l’urne. Notamment 5 blancs et un nul….

                                                                                    Alain Pirot

Reportage publié le 1er juin 2012, dans les colonnes du journal Le Parisien / aujourd’hui en France. Jour de la visite du président russe Vladimir Poutine à Paris. Crédits Le Parisien / aujourd’hui en France

Crédits Photo : Le Parisien / Middle East 2.0. Les Photos ont été réalisées par Cécile Massie.

PAGE des hommes, des dieux et la guerre

C’est une donnée essentielle dans la délicate équation syrienne. Depuis des mois, le rôle des chrétiens, minorité qui représente près de 8% de la population totale, est scruté dans les moindres détails. Pour l’heure, à l’image du pays tout entier, c’est la division qui règne entre une hiérarchie souvent proche du régime, une frange militante opposée au dictateur. Et au milieu, une masse inquiète, attentiste qui redoute si le régime de Bachr Al-Assad venait à tomber, l’arrivée au pouvoir de la majorité musulmane sunnite. Dans ce concert de gens silencieux, deux voix dominent. Radicalement opposés. Celle de Sœur Marie Agnès de la Croix, religieuse libanaise, fervente avocate du régime syrien en place, connue notamment pour avoir accompagné le voyage tristement malheureux du reporter Gilles Jacquier. Et puis il y a celle du père Paolo…

L’article publié le 20 mai dernier dans les colonnes du « Parisien – Aujourd’hui en France » raconte l’histoire cet homme, des ces frères et de ces sœurs, plongés depuis près d’un an et demi, dans la guerre. Faute de ne pouvoir nous rendre nous-mêmes sur les lieux du monastère Mar Moussa en Syrie, c’est grâce au téléphone que nous avons pu dialoguer. Se dressant contre cette « thèse officielle, allègrement distribuée par quelques chrétiens, mal intentionnés ou simplement en mal de protection, Sœur Marie Agnès de la Croix en tête », le Père Paolo nous a confié sa vérité. Son quotidien, son opinion et son analyse sur le futur. Sous le coup d’un avis d’expulsion, l’homme sait qu’il lui est interdit de parler politique, mais il a tout de même tenu à le faire. Lui aussi avait été « approché par les forces du régime pour propager la thèse officielle, confie-t-il, mais jamais on ne me fera taire ».

Preuve de ce caractère tempétueux, le religieux nous a contactés à nouveau, après la publication de cet article. Il voulait affirmer son combat, et conforter ses propos. Voici le contenu de cette conversation. « Je ne veux pas passer pour un religieux timide, qui resterait au milieu de la mêlée, sans prendre clairement position. Je reste convaincu que la solution des armes est la voie la plus dangereuse pour l’unité du pays. Mais lorsque qu’un peuple est attaqué, il a le droit de se défendre. C’est le cas actuellement en Syrie. Rien ne saurait nous faire oublier le but de notre combat. Si nous devons nous battre pour trouver des moyens de renouer avec la paix, l’avenir ne se fera pas sans la fin du régime actuel et l’avènement de la démocratie de la Syrie. Pour ma part, je dois avouer que je suis prêt à donner ma vie pour la liberté d’un peuple. »

Alain Pirot

Comme ici à Herzliya, chaque ville balnéaire israélienne dispose d’une plage réservée à la communauté religieuse. Mais les maillots « modestes » séduisent un public de plus en plus vaste. (AP Photo/ Tara Todras-Whitehill)

Trop sexy le bikini ? Le célèbre maillot de bain popularisé dans les années 50 fait face à une crise de conscience. Alors que l’été se rapproche à grand pas, le deux-pièces n’a plus la cote au Proche-Orient. Bien au contraire.

A Jérusalem, les affiches de jeunes femmes en maillots de bain ont déserté les rues depuis bien longtemps. Ici, les panneaux publicitaires montrent des mannequins de plastique habillés de tenues bien couvrantes. Jupes, manches longues, collants noirs et bonnets assortis. Ces tenues de bain « modestes » ou « pudiques » sont apparues sur le marché il y a cinq ans en Israël et au Moyen-Orient. A l’origine, l’objectif est simple. Il s’agit de permettre aux femmes religieuses ou vivant dans un pays religieux de se baigner tout en respectant un code vestimentaire très strict.

Une des premières à s’être lancé dans l’aventure est Jenny Rose Nicholson, une créatrice basée à Dubaï. La jeune femme, mère de trois enfants, a commencé l’aventure en 2005 après qu’une princesse saoudienne lui ait commandé un maillot de bain « pudique » lui permettant de se baigner et de faire des exercices. « Jusqu’à présent, les femmes n’avaient comme solution que de superposer les couches de vêtements, ce qui n’est pas agréable du tout, confiait la créatrice en 2009. Aujourd’hui, nous leur donnons enfin le choix.» Paradoxalement, le marché du maillot de bain modeste était quasiment inexistant jusque là. Depuis la donne a changé. En Israël et dans le monde entier, les sociétés se multiplient. Le marché est en pleine explosion. Bien loin du simple burkini intégral qui fit la une de l’actualité en France en 2009, les tenues de bain couvrantes s’adaptent désormais aux dernières tendances et à la vie moderne. Collections maternité, spéciales « formes », enfants ou encore  « croisières »… Les maillots se déclinent à chaque fois en différents modèles et coloris. La France y fait même une apparition dans un modèle très années 30.

Cette mode étonnante ne se limite pas aux côtes des golfes arabiques et de la Méditerranée. Elle a même conquis un public européen et américain où les communautés musulmanes et juives ont été rejointes par les communautés chrétiennes évangélistes ou catholiques les plus radicales. Néanmoins, pour ne pas attaquer de front les consommateurs occidentaux, les marques développent des arguments sans faille : protection UV intégrale pour les peaux sensibles, tenues cachant les kilos disgracieux ou même encore des raisons médicales (cancers, cicatrices, blessures apparentes…). Pour autant, c’est surtout un mode de vie et de pensée qui est mis à l’honneur. Et pour le populariser tous les moyens sont bons. Les marques ont investi les réseaux sociaux (Facebook, Youtube…), proposent des soldes, du tissu et parfois même des patrons pour réaliser ses propres créations. Crystal, créatrice de la marque Simply modest swimwear, explique ainsi sur son site : « J’ai choisi de me couvrir pour glorifier Dieu avec mon corps et pour me protéger pour mon futur mari si un jour j’ai la chance de me marier. » Un message qui passe bien auprès des Puritains américains. Sa page Facebook compte plus de 5000 fans qui lui postent régulièrement des photos de leurs filles en train de barboter dans l’eau en robe.

Sans aucun doute, la mode de « la pudeur » des tenues de bain est symptomatique d’un mouvement d’ensemble de retour vers des valeurs ultra-conservatrices. En Israël, même Zara, la grande marque espagnole, propose ainsi une ligne adaptée aux critères de «Jérusalem » (jupes en dessous du genou, coloris essentiellement noir et blanc…). A croire que rien n’arrêtera l’envol de la « fashion modesty »…

C.S.

 

Et pour méditer, voici un extrait de la pièce Tartuffe, écrite par Molière en 1664.

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

 

C’est l’autre aspect de la bataille  qui se joue au quotidien entre Israéliens et Palestiniens. La bataille du droit. Anecdotique pour certains, souvent négligée, elle apporte pourtant des éclairages étonnants sur les événements de la région.

Comme rendre légal  la colonisation, quand le droit international « interdit à tout occupant de transférer une part de sa population sur le territoire de l’occupé » ? Comment autoriser le maintien en détention d’un prisonnier palestinien, sans accusation ni jugement, ad vitam aeternam ? En somme, comment défendre légalement…l’indéfendable ? En Israël, les conseillers juridiques de l’administration militaire ont depuis longtemps trouvé la solution. Explications.

Israël n’ayant jamais annexé la Cisjordanie, la législation de l’Etat hébreu ne s’y applique pas. Et pourtant, dans le même temps, Israël maintient sa souveraineté sur une grande partie de la Cisjordanie, la fameuse « Zone C » (voir carte) qui englobe près de 60% des terres de Cisjordanie. Pour rendre la manœuvre acceptable, il fallait trouver un tour de passe-passe. Conséquence, les autorités militaires israéliennes ont donc pioché dans le corpus de lois ottomanes, britanniques et jordaniennes, héritage laissé par les anciennes puissances occupantes, pour monter de toutes pièces un semblant de légalité. En gardant évidemment les lois qui servent le mieux son intérêt. Cela peut surprendre mais en Israël, l’utilisation de lois et des règles, dictées par les anciennes puissances coloniales, l’empire britannique et même l’ancien empire ottoman, sont une pratique courante. A titre de comparaison, c’est comme si en France, l’Etat utilisait des lois laissées vacantes après le départ des Wisigoths pour justifier d’une pratique policière ou autre….

Crédits photo : afp.comSaif Dahlah

Prenons par exemple, la grève de la faim menée ces dernières semaines par plusieurs centaines de prisonniers palestiniens. Depuis le 17 avril, près de 2000 détenus incarcérés en Israël, refusaient sciemment d’être nourris. Certains avaient même entamé leur action depuis février, dépassant ainsi le triste record des 70 jours sans la moindre nourriture. Tous les dirigeants de la région avaient mis en garde contre une issue malheureuse, qui amènerait la région vers une « catastrophe », pour reprendre le terme de Mahmoud Abbas. On peut se féliciter qu’un accord ait été trouvé. On ne saurait oublier l’essentiel. Au cœur du conflit figurait une pratique utilisée naguère par la puissance coloniale britannique, ancien gestionnaire de la Palestine avant 1947. La « détention administrative » permet d’incarcérer un détenu sans accusation, ni jugement pour une période pouvant aller jusqu’à six mois, renouvelable. Rénové pour les besoins sécuritaires d’Israël, le dispositif ressortit des oubliettes en 1979, et fut inscrit dans une loi israélienne, adoptée par la Knesset en 1979. Ou comment mêler le cynisme avec un semblant de légalité.

De la justification légale de la colonisation…

Les conseillers juridiques sont allés plus loin et plus fort pour donner un cadre légal à la colonisation, condamnée pourtant à plusieurs reprises par le droit international. Pour reprendre une citation publiée dans l’excellent ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voilà ce que l’écrivain palestinien Elias Sanbar appelle la « technique invariable des champions du fait accompli : rien n’est légal mais tout doit apparaître comme tel ». Parmi les mécanismes utilisés figure notamment de saisie militaire. Celui-ci autorise un occupant à s’emparer d’un bout de terre de l’occupé à condition que la saisie réponde à un besoin sécuritaire et qu’elle soit temporaire. Evidemment, dans le cas des colonies israéliennes, le besoin sécuritaire a souvent bon dos. Mais la Cour suprême israélienne a souvent accepté l’argument juridique selon lequel les colonies, « postes avancés en terre ennemie » selon les termes de ses promoteurs, pouvaient participer à la défense de l’Etat juif. Mais bien souvent, les ordres de saisie ne comportaient pas de date d’expiration. En définitive, du provisoire qui dure.

Quel avenir pour la trentaine d’habitations de la colonie sauvage d’Ulpana, adjacente à l’implantation de Beit El près de Ramallah (Cisjordanie), qui doivent en principe être démolies avant le 1er mai selon un arrêt de la Cour suprême. C’est la controverse de ces dernières semaines en Israël. Considérée par certains membres du gouvernement comme un quartier de Beit El, Ulpana est entièrement construite sur des terres privées palestiniennes. Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il espérait trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons. Le Premier ministre israélien mène des consultations avec les ministres de la Justice et de la Défense pour trouver une solution.

Parfois, des chefs militaires israéliens s’agacent de cette hypocrisie. Ce fut le cas en 1979. Des généraux expliquèrent alors que la saisie de terres pour la construction d’une colonie ne répondait à aucun besoin sécuritaire.  La Cour suprême dut annuler la procédure. Malgré tout, les conseillers juridiques utilisèrent alors une autre parade.

On exhuma alors des cartons une vieille loi ottomane. Elle consiste à transformer en « terre d’Etat » des zones entières de la Cisjordanie. Pour cela, il suffit de remplir deux conditions. Tout d’abord, prouver que la terre convoitée n’a pas été travaillée depuis au moins trois ans, ce qui est plutôt aisé quand on sait que de nombreux paysans palestiniens ont quitté leurs terres pour gagner plus sur des chantiers de construction. Ou que tout simplement, ils n’ont plus accès à leurs champs faute d’autorisation pour traverser le mur de séparation.

Seconde formalité juridique, prouver qu’aucun palestinien ne possède de droits dessus. Comme les Britanniques et les Jordaniens n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la mise à jour du « tabu », le cadastre ottoman, et qu’en 1967 seul un tiers des terres de Cisjordanie était enregistré, la condition est vite expédié devant les tribunaux.  Depuis 1967, Israël s’est d’ailleurs bien gardé de mettre à jour le cadastre. En pratique, cela veut dire que des Palestiniens peuvent avoir des titres de propriété en bonne et due forme, mais parce que  le tracé du terrain est imprécis et que leur nom n’est pas enregistré sur le cadastre, ils auront bien du mal à justifier leurs droits.

A la fin des années 70, le gouvernement israélien de l’époque déclara terre d’Etat près de 100000 hectares. C’est sur cette base que de nombreuses colonies furent ainsi construites. Et continuent de l’être. Ou quand le vice se cache dans les détails…

                                                                                                                                             Alain Pirot

A lire sur ce sujet

–          L’ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voyage au cœur du mirage palestinien », aux éditions La découverte.

–          L’ouvrage de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien », aux éditions Max Milo.

–          L’ouvrage d’Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Gallimard, Paris.


Reportage de l'agence Middle East 2.0, diffusé aujourd'hui dans l'émission Learning World, un programme sur l'éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada.
Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

39 millions : C’est le nombre d’enfants qui ne vont pas à l‘école dans les pays déchirés par les conflits armés. Promouvoir l‘éducation en zone de conflit est une mission périlleuse et les résultats ne sont pas garantis. Comment élèves et professeurs font face à des situations de violence ? Exemples en Côte d’Ivoire, en Somalie et à Gaza.

Côte d’Ivoire : les élèves reprennent le chemin de l‘école

Après un an de violences post-éléctorales dans le pays qui ont entraîné la fermeture de nombreuses écoles, le système éducatif se remet en marche. Au plus fort de la crise, un million d’enfants scolarisés n’a pas pu aller à l‘école. Le traumatisme de plusieurs mois de conflit armé intense est encore bien présent. L’UNICEF a donc décidé de lancer une grande campagne nationale pour le “Retour à l‘école de tous les enfants”.

Somalie : tout un système éducatif à construire

Dans un pays déchiré par la guerre civile depuis plus de 20 ans, le système éducatif est totalement détruit. 30% seulement des élèves sont scolarisés à l‘école primaire et la majorité des professeurs ont fui le pays. L’ICDSEA, prgramme somalien de développement des capacités des administrateurs, fait appel à des conseillers techniques venant de l‘étranger pour faire le bilan des infrastructures et mettre en place une véritable planification de l‘éducation à long terme.

Gaza : une main tendue pour l‘éducation

En territoire palestinien, le conflit a conduit au dépérissement du système éducatif alors que 60% de la population de la bande de Gaza a moins de 18 ans. A Doha, au Qatar, l’Organisation Al Fakhoora intervient aux côtés des Nations Unies dans le cadre d’un programme d’aide aux étudiants gazaouis, notamment par le biais de bourses d‘études. Al Fakhoora aide en priorité les étudiants démunis mais pourvus d’un projet professionnel.

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Dalma Rushdi Malhas, cavalière émérite de 20 ans, pourrait être la première Saoudienne à participer aux Jeux Olympiques. Photo DR.

Et si les Jeux de Londres marquaient un tournant dans l’histoire du sport ? Pour la première fois, tous les pays participant pourraient compter dans leur délégation…. au moins une femme. Une nouvelle pour le moins surprenante quand on sait que les premières épreuves féminines olympiques sont apparues en 1900 avec le tennis et le golf ! Pourtant, jusqu’à cet été 2012, trois pays faisaient encore figure d’exception. Le Qatar, le sultanat de Bruneï et l’Arabie Saoudite sont les trois derniers pays à n’avoir jamais envoyé de femmes aux JO.

Il aura fallu de nombreuses semaines de négociations avec le comité international olympique (CIO) et la pression d’ONG comme Human Right Watch, pour que les récalcitrants cèdent à l’appel de la mixité. Bruneï a déclaré dès février qu’il enverrait des athlètes féminines aux JO. Le Qatar, qui a reçu deux invitations de la part du CIO, devrait envoyer une sprinteuse et une nageuse. Noor Al-Malki et Nada Arkaji seront donc les premières sportives qataries à défiler lors de la cérémonie d’ouverture. Un premier pas nécessaire, surtout lorsqu’on sait que le pays souhaite organiser les Jeux de 2020.

L’Arabie Saoudite vient de leur emboîter le pas. Mardi 20 mars, dans le journal saoudien basé à Londres, Al-Hayat, le prince héritier Nayef affirmait que la participation des femmes aux JO « ne portait pas atteinte à la décence et ne contredisait pas les lois islamiques ». Pour autant, rien n’est acquis. Jeudi 5 avril, le prince héritier assurait que le royaume ne permettrait pas directement aux femmes de participer aux JO : « La participation saoudienne féminine pourrait prendre la forme de participation d’étudiantes et de résidentes à l’étranger, et notre rôle sera de les aider pour que leur contribution soit conforme à la loi islamique ». Une liste de sportives susceptibles de participer aux Jeux aurait même été établie par le Royaume. Mais concrètement, c’est la jeune Dalma Rushdi Malhas, 20 ans, qui pourrait devenir la première Saoudienne à concourir aux JO. La jeune fille, qui étudie à Londres, est une cavalière émérite. Elle est la première sportive à avoir remporté une médaille pour son pays. En 2010, lors des Jeux Olympique de la Jeunesse (JOJE), elle avait décroché la médaille de bronze en saut d’obstacles. Cette année, elle a encore jusqu’en juin pour assurer sa qualification. La jeune cavalière saoudienne, ne doit sa carrière sportive qu’à la détermination de sa mère. Cette dernière dirigeait un centre équestre en Arabie Saoudite. Elle a quitté le pays avec sa fille en 2005 pour l’Italie où Dalma a commencé les compétitions de saut d’obstacle. Sa médaille de bronze aux JOJE en 2010 est une vraie fierté : « Elle a obtenu la troisième médaille olympique de l’histoire de l’Arabie saoudite et elle est devenue un espoir pour toutes les femmes. »

Wohood Maslaha, la coureuse de Naplouse, s'entraîne dans ses collines en dépit du regard des autres.

Le sport féminin est un véritable casse-tête pour les pays arabes. Pression familiale et religieuse, manque d’infrastructures et de moyens… Les sportives sont souvent laissées de côté au Moyen-Orient. Dans un rapport de près de 50 pages, publié en février, l’ONG Human Right Watch s’attaque à l’Arabie Saoudite qui interdit tout simplement aux femmes de faire du sport. Leur enquête révèle que certaines salles de gym accueillant des femmes ont récemment été fermées, toutes les infrastructures étant réservées aux hommes. La seule solution reste les clubs privés aux frais d’inscription très élevés. Inscription qui nécessite l’autorisation du tuteur légal de chaque femme (père, mari, frère…). Pour autant, le royaume du Golfe, qui est un exemple de discrimination envers les femmes, n’est pas le seul à limiter la pratique du sport. Worood Maslaha, 20 ans, est une des athlètes qui représentera la Palestine à Londres. Avec son jogging noir, sa veste bleue et son foulard sur les cheveux, elle passerait presque inaperçue en Cisjordanie. La grande différence, c’est que la jeune femme passe son temps à courir le long des collines de Naplouse pendant son temps libre. « Les gens parlent beaucoup parce que ce n’est pas habituel de voir une femme faire du sport », confie-t-elle. Souvent considéré comme un hobby réservé aux enfants et aux adolescents, le sport n’est pas une carrière « sérieuse » et envisageable pour les femmes. « Toutes mes amies se sont mariées, ont eu des enfants, je suis la seule à avoir persévérer. »

Conséquence, cet été, les sportives du Moyen-Orient qui participeront à Londres n’auront presque jamais atteint les minimas nécessaires pour la qualification. Et ne doivent leurs participations qu’aux invitations offertes par le CIO. En mars dernier à Istanbul lors des championnats de monde indoor d’athlétisme, elles ne sont que deux à avoir atteint les finales. Aliya Saeed Mohammed pour les Emirats Arabes Unis est arrivée douzième de la finale du 3000 mètres et la Turque Asli Cakir Alptekin a obtenu la médaille de bronze au 1500 mètres. Mais au-delà des performances, pour Erika George, professeur de droit à l’université de l’Utah aux Etats-Unis, la participation des femmes aux JO dans les délégations des pays arabes comme l’Arabie Saoudite est « un véritable progrès ». « C’est un signe d’émancipation, explique-t-elle, il montre que les femmes sont capables de se prendre en main et cela va forcément changer la façon de percevoir les choses. » Alors les JO de Londres, prémices d’un printemps arabe au féminin ?

 

Coraline Salvoch