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La détection des surdoués est une cause nationale en Israël. Tests, accompagnement des familles, structures d’accueil… Rarement un pays aura mis autant d’efforts pour entretenir cette « richesse naturelle ». Pour autant, cette démonstration de force cache un mal plus profond en Israël : la réforme impossible du système éducatif.

Baisse globale du niveau scolaire, professeurs sous-payés, fuite des cerveaux… L’Etat hébreu fait face depuis plusieurs années à une véritable crise de l’école. Dan Ben-David, professeur de sciences économiques et directeur du Centre de recherche Taub pour les Etudes sociales en Israël tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Et pour appuyer son propos, le chercheur se base sur des chiffres concrets. Dan Ben-David a ainsi compilé les résultats de deux tests internationaux auxquels ont participé, cinq fois ces dix dernières années, des collégiens israéliens. Les résultats sont sans appel : Israël se situe toujours en-dessous de la moyenne des 25 pays membres de l’OCDE participants. Et même très souvent au dernier rang.

Une génération perdue ?

Les explications à cette baisse de niveau sont nombreuses. Cependant, pour le journaliste Ami Kaufman comme pour de nombreuses organisations, ce n’est pas la répartition des horaires de classe ou la formation des professeurs qui est à améliorer mais bien le contenu des cours ! Un constat plus qu’inquiétant.

Pour comprendre le problème, il faut se plonger dans les rouages du système éducatif israélien. L’Etat hébreu compte environ 2 millions d’élèves sur l’ensemble du territoire. Ces deux millions d’élèves sont répartis dans quatre systèmes éducatifs distincts : le secteur public (38% des élèves de primaire), le secteur privé religieux sous convention avec l’Etat (14% des élèves de primaire), le secteur « arabe » (28% des élèves de primaire) et le secteur « haredi » ultra-orthodoxe (20% des élèves du primaire).

Les deux derniers secteurs sont en forte hausse depuis une dizaine d’années. Selon le centre Taub, le nombre d’élèves dans les écoles haredi a augmenté de 57% entre 2000 et 2010 et celui des élèves des écoles arabes de 37% sur la même période. Selon Dan Ben-David, ces écoles pourraient drainer d’ici 2040, 78% des élèves de primaire israéliens. Problème de taille : ces deux secteurs ont les niveaux les plus faibles de tout l’Etat. Les étudiants arabes concèdent eux-mêmes devoir travailler « plus » pour atteindre le niveau des écoles publiques. Les écoles « haredi » sont quand à elle, des structures religieuses strictes, elles sont indépendantes, choisissent elles-mêmes les professeurs et le programme. Une loi de 2008 permet même aux écoles pour les garçons, les yeshivas, de ne pas proposer les matières obligatoires. Résultat : une enquête menée par le bureau central des statistiques israélien a révélé en décembre 2011 que seulement 40% des lycées ultra-orthodoxes enseignaient l’anglais et les mathématiques … Et l’avenir ne s’annonce pas brillant. Les écoles religieuses sous contrat sont de plus en plus nombreuses à s’affilier au système haredi : aujourd’hui seulement 140 écoles privées proposent des cours mixtes. Les élèves arabes sont très peu nombreux à atteindre l’université. Et le gouvernement semble incapable de réformer le système éducatif actuel. Les conséquences se font clairement ressentir. Pour l’organisation Adva, seulement 49% des jeunes Israéliens valident les examens du Bagrut (l’équivalent du baccalauréat) et seulement 39% d’entre eux ont le niveau nécessaire pour entrer à l’université !

Selon Manuel Trajtenberg, le directeur du Comité de planification et du budget du Conseil pour les études supérieures en Israël, le pays fait face à une des plus grandes fuites des « cerveaux » des pays développés. En 2007, 25% des chercheurs israéliens résidaient aux Etats-Unis  tout comme 28,7% des économistes israéliens ou encore 33% des chercheurs en informatique et nouvelles technologies…

C.S.

Le triste refrain résonne désormais depuis presqu’un an. Ces derniers jours ont une nouvelle fois été meurtriers en Syrie. Plus de 6000 victimes à l’heure actuelle, et rien de consistant pour annoncer une possible éclaircie. Malheureusement, la liste des journalistes morts et blessés s’est elle-aussi allongée. Ce mercredi, Rémi Ochlik et Marie Colvin sont décédés dans l’exercice de leurs fonctions. Quant à Edith Bouvier, grand reporter du Figaro, elle attend toujours de pouvoir renter en France. Allongée sur un lit de fortune, la jambe bandée, notre consoeur a d’ailleurs lancé un appel dans ce sens, pour que les autorités françaises lui viennent en aide. Espérons qu’il soit entendu et qu’Edith rejoigne au plus vite ses proches.

Cet article aurait pu s’arrêter là, si nous n’avions pas eu la malheureuse idée de regarder les commentaires des internautes, à propos de cet appel à l’aide lancé par la journaliste sur le réseau Youtube. Notamment ceux laissés sur le site du journal « Le Figaro », celui justement pour lequel travaille Edith Bouvier. On pouvait légitiment – et naïvement, semble-t-il – s’attendre à ce que les internautes soient réconfortants avec la journaliste…Bien au contraire.

Il y a tout d’abord les partisans de la thèse du complot, et ils sont nombreux à croire que la vidéo est un faux, une mise en scène grossière. En témoigne ce premier  coup de colère affirmatif  « edith bouvieur actrice magistrale d une pantalonnade version cia »  . Ou celui-ci plus interrogatif, il est vrai : « sur les videos elle n’a pas l’air de souffrir terriblement . info ou intox ? difficile de s’y retrouver dans ce monde de manipulateurs ». C’est Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem, qui a l’habitude de dire, reprenant une citation de T.Friedman du New-York Times  : « Au Moyen-Orient, si vous ne pouvez pas expliquer une chose par la théorie du complot, n’essayez pas de l’expliquer! Les gens, là-bas, ne vous croiront pas« . Triste réalité, si l’on s’arrête sur cet autre commentaire plutôt culotté, qui laisse sous-entendre également la thèse de la mise en scène : « mais quelle bouffonnerie ces journalistes ?en arrivée la pour se faire connaitre :a quand un livre , a quand la medaille de la legion d’honneur , ça commence non seulement a nous fatigue mais vous n’etez meme plus credible !!!!! »

Comme à chaque fois, lorsqu’un journaliste est pris en otage dans un pays étranger, ou dans une mauvaise posture comme c’est le cas d’Edith Bouvier, les partisans du débat sur la place des journalistes dans les pays en guerre se manifestent. Avec vous allez le voir, des phrases d’une profondeur parfois ubuesque comme dans le cas de cet internaute : « Quand on se jette volontairement dans la gueule du loup, n’accusez pas le loup !!! » Remarquez bien dans ce cas ici présent, les trois points d’exclamations qui traduisent un énervement si fort que la touche sur le clavier de l’ordinateur s’en souvient encore. Il faut d’ailleurs remarquer dans le cas de cette pathologie, l’utilisation des images alambiquées et des proverbes est une constante. La preuve avec ce message d’un homme en colère : « Ces journalistes se sont mis dans un beau pétrin ! C’est beau d’être intrépide, mais ils connaissaient le danger, non ? Tant que ça marche, tout va bien … et après on appelle papa et maman. Il y a quand même des limites à ne pas dépasser. Comment voulez-vous que l’Etat français aille les secourir ? Se rendent-ils compte de la situation dans laquelle ils se sont fourrés ?. »

A noter dans le cas des symptômes plus rares, les internautes qui jubilent déjà du prochain retour d’Edith Bouvier et des conséquences d’un tel retour…à moins que nous ayons mal compris (sic sic) : « Cool ! elle va écrire un livre de lamentation !DÉSOLÉ, mais la Syrie a un problème interne et nous n’avons pas à intervenir ! Si cela se passait en France, nous ne supporterions pas que les USA, Russes etc s’en mêlent ! Basta ! » Ou encore ceux qui militent pour le recoupement des informations, à moins que là-aussi, nous ayons mal compris : « Y-a-t il un médecin pour s’exprimer médicalement ? » Espérons seulement qu’Edith Bouvier ne lira pas ces commentaires, car nul doute qu’elle aura plus envie d’en pleurer que d’en rire. Et nous aussi d’ailleurs, même si on les commente ici avec ironie.

Plus intéressant, ce sont tous les commentaires qui pointent du doigt l’entrée illégale des journalistes en Syrie, ces dernières semaines. Petit florilège : « la différence entre eux et les journalistes de france 3 enlevés en afghanistan? eux au moins étaient entrés légalement dans le pays…..j’espère que le figaro va relayer les remarques sur le cout de leur sauvetage et de leur inconscience a aller au devant des ennuis….. » ; « entrée clandistement, elle se débrouille, c’est son job…Quand on va dans un pays en guerre civile imposée par des interventions extérieures, on a choisi le danger, on le subit, point barre. » Enfin, le meilleur pour la fin : « C’est du journalisme de voyeurisme avec entrée illégale dans un pays. Le droit à l’information n’est pas supérieur au droit constitutionnel des nations. Elle va l’apprendre et s’en souviendra. Ma réaction n’a rien à voir avec un quelconque accord avec ce qui se passe là-bas; mais il faut respecter la souveraineté des états. »

Il faut le dire une nouvelle fois, à ces internautes étourdis. Les autorités syriennes ne délivrent pas aux journalistes, et ce depuis plusieurs mois, des visas pour entrer en Syrie. Et constater sur place, l’horreur des combats. Si les journalistes n’entraient pas illégalement en Syrie- et soyez assurés que nous sommes les premiers à nous plaindre de cette situation – , jamais les journalistes ne pourraient relater le calvaire des civils, les crimes commis, les destructions des maisons.

Ici, nous voulons rendre hommage à tous les journalistes qui ont pris un tel risque pour informer. Nous en ferons de même dans les prochains jours. Seulement parce que c’est notre métier. Et n’en déplaisent à ces internautes, parce que nous sommes fiers de l’accomplir.

Alain Pirot

PS : Nous n’avons ici fait mention que de quelques commentaires. A l’heure actuelle, le nombres de commentaires dudit article dépasse le chiffre de 150…

Crédits (DR)

Professeur de relations internationales à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, Emmanuel Navon est un homme à la mode. Un de ces « experts »  – comme on aime à dire dans les  rédactions, qui une fois passé le cap de la première intervention, devient soudainement incontournable. L’homme étant réputé facile à joindre, son téléphone s’échange aisément entre journalistes. En somme, un « bon client ». Mais à première vue, le « bon client » s’est quelque peu égaré. Pour ne pas dire, fourvoyé. Et pas  n’importe où, puisque que c’est dans la rubrique « Idées » du journal « Le Monde », daté du 7 février 2012, que le « professeur » nous fait part de sa dernière analyse.

Dans cette tribune, Emmanuel Navon vient nous éclairer sur le blocage du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Et nous dire haut et fort, pourquoi « diplomates et journalistes européens », ont tout faux. Depuis des semaines, on vous explique à longueur de colonnes que c’est la colonisation israélienne sur les terres de Cisjordanie qui pose problème. Faux, répond le « professeur »,  « l’un des principaux obstacles à la paix entre Israël et les Palestiniens est la question des réfugiés». Sur ce point, il a en partie raison. A chacune des conférences de la paix, les leaders palestiniens, Yasser Arafat en tête, ont toujours opposé le  droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres d’origine comme l’un des points fondamentaux d’un possible accord de paix. En principe, si ce droit était accepté, cela consisterait à ce que tous les Palestiniens chassés ou partis volontairement de leur maison après la première israélo-arabe de 1948, qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés en Palestine, au Liban, en Syrie et en Jordanie, aient la possibilité de revenir dans leurs maisons d’origine. Cela représente aujourd’hui près de 7 millions de personnes. Seulement voilà, à chaque entrevue, Israël répond par un « non » catégorique, pour une raison toute simple. Une raison que nous conte d’ailleurs avec poésie dans sa tribune Emmanuel Navon : « Sous couvert de l’euphémisme humanitaire de « droit au retour, » les Palestiniens veulent envahir Israël avec sept millions d’immigrants. » On a connu des « professeurs » plus polis. Enfin, passons sur ce détail, car le plus intéressant arrive.

En effet, pour régler ce problème des réfugiés, Emmanuel Navon a sa solution. En l’occurrence quelques tours de passe-passe, qui allie la malhonnêteté intellectuelle  au manque de clairvoyance.

Tout d’abord, plaide-t-il, « Le « droit au retour » perdure entre autre à cause de l’UNRWA (l’office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), et ce pour deux raisons. D’abord parce que la mission de l’UNRWA (contrairement à la mission du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ou UNHCR) n’est pas d’intégrer les réfugiés palestiniens dans leurs pays d’accueil mais au contraire de subventionner leur vie de réfugiés. Ensuite, parce que l’UNRWA applique la définition de « réfugié » aux descendants des réfugiés, tandis que l’UNHCR (qui est en charge de tous les réfugiés du monde à l’exception des réfugiés palestiniens) limite cette définition aux réfugiés eux-mêmes. »

L’UNRWA a été créé en 1948, juste après la première guerre israélo-arabe. L’agence vient en aide aux réfugiés palestiniens (nourriture, logement, éducation…). A l’origine, elle devait être provisoire. Mais sur place, notamment à Gaza, il suffit d’ouvrir les yeux quelques secondes pour comprendre que cette institution est indispensable. Sinon la situation sociale et humanitaire, déjà compliquée, deviendrait catastrophique, pour ne pas dire explosive. Seulement, pour Emmanuel Navon, l’UNRWA fait mal son boulot. « Au lieu d’intégrer les réfugiés dans leur pays d’accueil, elle ne fait que les subventionner ». Pire, elle fabrique trop de réfugiés selon lui, puisque l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés comme des réfugiés….au contraire de l’UNHCR qui elle, intègre les réfugiés dans leurs pays d’accueil.

Sincèrement, Mr Emmanuel Navon, on se demande bien où vous avez lu tout ça. L’UNRWA, comme l’UNHCR, n’ont jamais eu pour mission d’intégrer les réfugiés dans leurs pays d’accueil. Ces deux agences ont pour mission de venir en aide aux réfugiés, obligés de quitter leur pays à cause d’une guerre ou d’un incident climatique. Et de faciliter leur retour chez eux. Je vous renvoie aux résolutions de l’ONU pour mieux cerner leurs missions. D’ailleurs, elles se garderaient bien d’intégrer les réfugiés dans leurs  pays d’accueil, car je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’intégrer un réfugié palestinien au Liban, ou un réfugié rwandais au Burundi…c’est paraît-il, selon nos sources, un vrai casse-tête…..sic. C’est vrai, je vous l’accorde, l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés palestiniens, comme des réfugiés. Je vous rassure, ce n’était pas prévu à l’origine. Le premier mandat de l’UNRWA avait une durée de trois ans. Mais comme Israël a refusé que ces réfugiés reviennent, que cela dure depuis plus de 60 ans,  et que les pays d’accueil ne voulaient pas en faire leurs citoyens, il a fallu faire ainsi. Conséquence, ils sont 7 millions aujourd’hui ! Je sais que cela vous déplait, vous le dites d’ailleurs juste après : « Du fait de ces différences de missions et de définitions, le nombre de réfugiés dans le monde a décru de soixante millions en 1947 à dix-sept millions aujourd’hui, tandis que le nombre de « réfugiés palestiniens » a accru de six-cent mille en 1948 à sept millions aujourd’hui. » Drôle de paradoxe en effet, même si je dois vous corriger une nouvelle fois, car je ne sais pas où vous êtes allé chercher le chiffre de 17 millions…puisque l’UNHCR, haut commissariat pour les réfugiés, s’occupe aujourd’hui – c’est sur la première page de son site internet – de 33,9 millions de personnes. Vous me direz que vous n’êtes plus à une approximation près.

Mais je garde le meilleur pour la fin, vos paroles en l’occurrence. « Si les réfugiés palestiniens, comme le reste des réfugiés dans le monde, avaient été la responsabilité de l’UNHCR, le problème des réfugiés palestiniens aurait été résolu depuis longtemps. Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. Au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion. Démanteler l’UNWRA et faire de l’UNHCR l’agence responsable des réfugiés palestiniens mettrait fin à un obstacle majeur à la paix au Proche-Orient. »

Alors là, ça frôle le délire. Je passe sur votre solution pour la paix, à savoir démanteler l’UNRWA qui d’emblée annule le problème des réfugiés palestiniens. C’est comme si en France, un politique proposait d’annuler les chômeurs en démantelant Pôle emploi. Même si sur le papier, c’est simple comme bonjour. En pratique, c’est d’un tel degré de bêtise que ça frôle le ridicule. Surtout si l’on explique qu’il faudrait mieux que l’UNHCR s’en occupe, alors qu’en fait, ces deux institutions font le même travail. Avec des mandats pour le moins, sensiblement identiques.

Mais on comprend mieux là votre mode de pensée. En définitive, si l’on vide la définition même de réfugié palestinien comme vous le faites, si l’on modifie son mode de calcul comme vous le souhaitez, ou mieux si l’on incombe le problème aux pays d’accueil qui font mal leur boulot, effectivement, il ne resterait plus beaucoup réfugiés palestiniens aujourd’hui…à la condition comme vous l’ajoutez, que les premiers réfugiés palestiniens, ceux de 1948, veuillent bien mourir à une vitesse raisonnable. C’est comme cela que j’ai compris votre phrase : « Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. ». Je me demande enfin à quoi ressemble vos cours de relations internationales, quand l’on est capable dans la tribune d’un journal, de déclarer cette ineptie en parlant des réfugiés palestiniens, « au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion». Allez demander aux Libanais chrétiens et sunnites, aux Jordaniens hachémites, aux Syriens alaouites ce qu’ils pensent des réfugiés palestiniens…vous n’êtes pas prêt d’entendre des louanges fraternelles.

Voilà, j’espère que ces informations intéresseront des lecteurs de la tribune d’Emmanuel Navon…Voilà ce que certains « experts » sont capables de dire dans un journal, sans observer la moindre rigueur. Et dans « Le Monde », excusez du peu.  Le professeur de relations internationales comme il aime à se présenter au début de sa chronique, a oublié de vous dire quelque chose. S’il est bien professeur, il est surtout en campagne pour les prochaines législatives, engagé sous la bannière du Likoud, le parti du premier ministre Binyamin Netanyahu. Nul doute qu’à défaut d’avoir fait honneur à son métier, il a plu à ses futurs électeurs.

Alain Pirot et Coraline Salvoch

Portrait, publié dans le quotidien Ouest-France / jeudi 26 janvier 2012

PORTRAIT. Il est surement le seul Palestinien du Proche-Orient, à connaître aussi bien la ville d’Angers. Le seul aussi à parler avec tant d’affection, « de son château, des ses murailles, comme si c’était hier ». Et pour cause, Ramzi Aburedwan, le chef d’orchestre et créateur, de l’ensemble national de musique arabe de Palestine,  a séjourné sept ans durant dans la cité angevine. Sept années où il a pu apprendre sur les bancs du conservatoire, la musique, le solfège et l’alto, sa spécialité. Entré en 1998, « en ne parlant pas un seul mot de français », il en sort avec les honneurs en 2005. Avec autour du cou, trois médailles d’or, en solfège, musique de chambre et alto. Un incroyable destin, érigé aujourd’hui en exemple pour des dizaines de jeunes palestiniens.

Gamin, il jette des pierres sur les soldats

Le virtuose vit aujourd’hui à  Ramallah, capitale des territoires palestiniens. Il y a même fondé sa propre école musique, appelée « Al Kamandjati » (le violoniste en arabe).  C’est là qu’il nous donne rendez-vous, au cœur de la vieille ville. « Je suis né loin de là, s’amuse-t-il, en pointant du doigt le camp de réfugiés Al-Amari ». Au début des années 80, c’était le dernier endroit sur terre pour apprendre la musique. En 1987, Ramzi est déjà célèbre grâce à une photo où on le voit, gamin, lancer des pierres contre des soldats israéliens. Le cliché fait le tour du monde. Un symbole. Son meilleur ami est tué. Sa famille craint alors qu’il lui arrive le même sort. « On m’attachait à la chaise pour que je n’aille pas manifester, sourit aujourd’hui Ramzi. » Idée judicieuse, car à 17 ans, le destin du jeune palestinien, devenu distributeur de journaux, bascule. « Au hasard d’une rencontre avec un professeur de musique »,  on décèle son don. « Il savait que j’étais très motivé, j’ai essayé l’alto, je n’ai jamais arrêté ».  « Talentueux sans le savoir », confie presque gêné Ramzi, il part un an et demi plus tard pour le Conservatoire nationale de Région d’Angers. La suite, on la connaît. Brillant élève, il aurait pu choisir de vivre sa brillante carrière en Europe ou aux Etats-Unis. Loin de Proche-Orient, guerrier et enflammé. Mais le virtuose a son idée en tête. « Faire entrer la musique dans les camps de réfugiés, dans les villes et villages palestiniens, pour que d’autres enfants puissent aussi saisir leur chance. » Dès 2002, avec d’autres musiciens originaires d’Angers, il fonde son association d’entraide. Il crée des antennes au Liban et dans les camps de réfugiés de Jénine, Naplouse, Hébron, villes durement touchées par les combats de la seconde Intifada. Son projet est soutenu par Yasser Arafat, le leader palestinien. Mieux encore, il fait revivre la musique palestinienne, disparue depuis 1948, date du début du conflit israélo-palestinien. Et fait renaître de ses cendres, l’ensemble national de musique arabe de Palestine. « C’est notre résistance culturelle et pacifique, résistance pacifique et culturelle,  démontrer que notre patrimoine est immortel. » Aujourd’hui, le pari est gagné. Les concerts sont un succès. L’association intervient auprès de 500 enfants. Et des jeunes, repérés dans son école de musique, étudient aujourd’hui au conservatoire de Bordeaux, Toulouse et…d’Angers bien sûr.  Autant dire que la saga de Ramzi Aburedawan en annonce d’autres sous le soleil du Proche-Orient…

Alain Pirot, depuis Ramallah


C’est un rapport qui n’a pas suscité beaucoup de lignes dans la presse internationale. La série de chiffres publiés par l’autorité israélienne est il est vrai,  quelque peu répétitive. Elle mérite néanmoins le détour. J’entends déjà certaines voix  dénoncer une partialité dans la simple évocation de ces chiffres. Plaider pour que l’on donne la voix à la partie israélienne, pour qu’elle puisse infirmer ces données. Protester contre une manipulation médiatique.  Ce sont les même voix qui publient des communiqués de l’armée israélienne, sans même vérifier le contenu ou la véracité des chiffres transmis par l’état-major de Tsahal.

PRECAUTIONS. D’emblée, nous le disons, il faudrait des dizaines de jours pour vérifier les données transmises par l’Autorité Palestinienne. Certaines informations recoupent néanmoins des chiffres publiés également par le gouvernement israélien, des statistiques enregistrées par des ONG ou fondations connues pour leur sérieux. La liste est évidemment partiale puisqu’elle ne mentionne pas les attaques commises par des groupes armés palestiniens, en Cisjordanie et à Gaza. Sur ce point, le bilan 2011 a été meurtrier du côté israélien. Notamment avec l’assassinat de cinq membres d’une même famille, à Itamar en Cisjordanie, le 11 mars 2011. Sans oublier plusieurs attaques terroristes, enregistrées simultanément dans le désert du Négev, le 18 août dernier, faisant 8 morts israéliens. A cela s’ajoute les victimes de tirs de roquettes lancées depuis la bande de Gaza… Mais il ne s’agit pas ici d’un inventaire à la Prévert. Seulement d’exposer à travers ces chiffres la frustration palestinienne. Chaque jour, nous rencontrons des Palestiniens qui ne se font plus d’illusions sur l’avenir politique de leur Etat ou sur la conclusion d’une paix. Leur seul espoir, vivre en paix tranquillement. Ce sont bien souvent les premiers à condamner les attaques lancées par les groupes palestiniens, parce que ces attaques ont pour conséquence directe de compliquer leur quotidien.

Jeudi 8 décembre 2011. L'aviation israélienne bombarde en plein centre de Gaza, une voiture. Le conducteur et son accompagnateur sont tués sur le coup. Ils préparaient selon l'armée israélienne, un attentat dans l'état hébreu. Crédit photo : Middle East 2.0 / Alain Pirot

ATTAQUES SUR LES BIENS ET LES PERSONNES. Ainsi, selon l’Autorité Palestinienne, 893 attaques ont été enregistrées en 2011 sur des Palestiniens. Bilan 9 morts et 926 blessés au sein de la population civile. A noter que l’Autorité palestinienne dissocie les morts civils et les « martyrs », tués et blessés selon la dénomination, dans la guerre avec Israël. Dans l’état hébreu, on parlera de terroristes. Toujours est-il que 118 « activistes » – le terme va me causer quelques problèmes – ont été tués en 2011 selon Ramallah. Dont 100 pour la seule bande de Gaza. A noter que sur les 893 attaques enregistrées, 372 ont été menées par des colons extrémistes.

Plus étonnant, en 2011, près de 16290 arbres, dont 11690 oliviers, ont été coupés, brûlés, empoissonnés par les forces israéliennes et des colons, selon l’Autorité palestinienne. 1112 démolitions ont été enregistrées, parmi lesquelles des maisons, des mosquées. Raison avancées par les autorités de l’état hébreu, l’absence de permis de construire ou de licences d’exploitation. Problème, comme Israël refuse bien souvent à les donner, les Palestiniens prennent souvent la décision de construire sans attendre d’autorisations. Ou comment Kafka se réinvente au quotidien sur place.

COLONISATION ET EXPANSION. Les efforts des puissances occidentales pour stopper la colonisation israélienne ont de quoi faire sourire ou pleurer, au regard des chiffres suivants. Et mieux vaut ne pas se faire d’illusions sur un retour en arrière. A la fin de l’année 2011, le gouvernement de Mahmoud Abbas enregistre ainsi 184 colonies israéliennes, 171 avant-postes, 93 bâtiments accaparés à Jérusalem-est…pour une surface dite colonisée avoisinant au total les 140 km2. Quant au mur dit de « sécurité » ou de  « séparation », selon le côté où l’on se trouve, sa longueur avoisine les 444 kilomètres. 51,5 kilomètres sont en construction. A terme, lorsqu’il sera terminé, le mur avoisinera les 757 kilomètres. Seulement 62 kilomètres de ce fameux mur ont été réalisés le long de la ligne verte, la frontière qui sépare normalement la Cisjordanie de l’Etat d’Israël. Cela signifie donc que 695 kilomètres du « mur » ont été construits dans les territoires palestiniens. Autant vous dire qu’à moins d’un énorme bouleversement, 2012 ne verra pas naître un Etat Palestinien souverain.

Alain Pirot