Archives de la catégorie ‘Enquêtes’

Reportage réalisé par l’agence MiddleEast2.0 en Jordanie, pour l’émission Learning World de la chaîne Euronews, programme consacré à l’éducation présenté par Maha Barada. Plus d’informations sur http://fr.euronews.com/ Diffusion le 7 septembre 2012. 

Selon la Fondation de la pensée arabe, ce ne sont en moyenne que 6 minutes par an qui seraient consacrées à la lecture d’un livre dans le monde arabe. Mais des projets existent pour contrer cette tendance. Coup de projecteur sur deux initiatives menées en Pologne et en Jordanie qui oeuvrent à la promotion de la lecture chez les jeunes, et entretien avec un expert en la matière.

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Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Un enfant bien nourri est un enfant bien instruit. Voilà ce que l’on dit. Mais si remplir son estomac est important il faut aussi apprendre aux jeunes à avoir de bonnes habitudes alimentaires.
Les Nations Unies estiment que près de 400 millions d’enfants de par le monde vont se coucher le ventre vide. De nombreux projets tentent de leur assurer des ressources alimentaires stables et d’encourager les enfants à aller à l‘école.
Pour en savoir plus sur les méthodes destinées à renforcer l‘éducation nutritionnelle en milieu scolaire, nous nous sommes rendus en Territoires palestiniens, au Canada et en Finlande.

Gaza: La malnutrition, problème numéro un dans les cours d‘école

Le blocus israélien de Gaza a entraîné des pénuries alimentaires enjandrant une malnutrition de beaucoup de jeunes Palestiniens. Un projet des Nations Unies tente d’ assurer un approvisionnement alimentaire dans les écoles, pour encourager une rescolarisation des enfants et offrir aux mères des conseils nutritionnels.

Dans la bande de Gaza, près d’un élève sur deux arrive à l‘école sans avoir rien mangé. Comme d’autres organisations, l’Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens a donc décidé de distribuer chaque jour une ration énergétique aux élèves. Plus de 200 000 enfants en bénéficient quotidiennement. L’Office s’est aussi fixé comme objectif d’apprendre aux mamans à donner à leurs enfants les nutriments essentiels.

Liens utiles:
http://www.haaretz.com/news/poll-10-of-palestinian-children-have-lasting-malnutrition-effects-1.217826
http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/A61/A61_18Rev1-en.pdf

Finlande : l’alimentation par les sens

En Finlande, la méthode Sapere met en avant une action de sensibilisation à la nutrition en enseignant aux jeunes à apprécier la nourriture avec tous leurs sens. Les étudiants sont encouragés à cultiver et à cuisiner leur propre nourriture pour apprendre ce qu’est une alimentation saine. L’objectif principal est de lutter contre l’obésité.

Le méthode Sapere, a pour objectif d’initier les enfants au «mieux manger» et au «savoir-vivre» en développant les 5 sens afin de les aider à adopter un comportement alimentaire sain, de les obliger à être curieux, à découvrir et à savoir apprécier.
La méthode Sapere est très appréciée des professionnels de santé en Finlande. A l’heure actuelle, quelques 3 500 d’entre eux ont été formés pour utiliser cet outil dans leur travail. Dans de nombreuses villes, la méthode s’inscrit dans le programme scolaire.

Pour plus d’informations:
http://sapere.ebaia.com/index.php?option=com_content&view=section&layout=blog&id=10&Itemid=93&lang=fr

Déjeuner écolo au Canada

Au Canada, qui est l’un des plus grands producteurs mondiaux de déchets, on mise dans les écoles sur les boîtes-repas saines et écologiques. Les enseignants encouragent les élèves à choisir leur nourriture avec soin et à utiliser des emballages alimentaires adaptés à la sauvegarde de l’environnement.

Au Québec, les Etablissements Vert Brundtland ont développé une trousse pédagogique pour encourager les écoles à s’engager pour éduquer les jeunes au développement durable.
Dans certaines écoles, les élèves sont aussi sensibilisés au recyclage. Après le lunch, ils font le tri des déchets, certains sont même responsables du nettoyage. Des petits gestes quotidiens qui, à grande échelle, font toute la différence.

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Comme ici à Herzliya, chaque ville balnéaire israélienne dispose d’une plage réservée à la communauté religieuse. Mais les maillots « modestes » séduisent un public de plus en plus vaste. (AP Photo/ Tara Todras-Whitehill)

Trop sexy le bikini ? Le célèbre maillot de bain popularisé dans les années 50 fait face à une crise de conscience. Alors que l’été se rapproche à grand pas, le deux-pièces n’a plus la cote au Proche-Orient. Bien au contraire.

A Jérusalem, les affiches de jeunes femmes en maillots de bain ont déserté les rues depuis bien longtemps. Ici, les panneaux publicitaires montrent des mannequins de plastique habillés de tenues bien couvrantes. Jupes, manches longues, collants noirs et bonnets assortis. Ces tenues de bain « modestes » ou « pudiques » sont apparues sur le marché il y a cinq ans en Israël et au Moyen-Orient. A l’origine, l’objectif est simple. Il s’agit de permettre aux femmes religieuses ou vivant dans un pays religieux de se baigner tout en respectant un code vestimentaire très strict.

Une des premières à s’être lancé dans l’aventure est Jenny Rose Nicholson, une créatrice basée à Dubaï. La jeune femme, mère de trois enfants, a commencé l’aventure en 2005 après qu’une princesse saoudienne lui ait commandé un maillot de bain « pudique » lui permettant de se baigner et de faire des exercices. « Jusqu’à présent, les femmes n’avaient comme solution que de superposer les couches de vêtements, ce qui n’est pas agréable du tout, confiait la créatrice en 2009. Aujourd’hui, nous leur donnons enfin le choix.» Paradoxalement, le marché du maillot de bain modeste était quasiment inexistant jusque là. Depuis la donne a changé. En Israël et dans le monde entier, les sociétés se multiplient. Le marché est en pleine explosion. Bien loin du simple burkini intégral qui fit la une de l’actualité en France en 2009, les tenues de bain couvrantes s’adaptent désormais aux dernières tendances et à la vie moderne. Collections maternité, spéciales « formes », enfants ou encore  « croisières »… Les maillots se déclinent à chaque fois en différents modèles et coloris. La France y fait même une apparition dans un modèle très années 30.

Cette mode étonnante ne se limite pas aux côtes des golfes arabiques et de la Méditerranée. Elle a même conquis un public européen et américain où les communautés musulmanes et juives ont été rejointes par les communautés chrétiennes évangélistes ou catholiques les plus radicales. Néanmoins, pour ne pas attaquer de front les consommateurs occidentaux, les marques développent des arguments sans faille : protection UV intégrale pour les peaux sensibles, tenues cachant les kilos disgracieux ou même encore des raisons médicales (cancers, cicatrices, blessures apparentes…). Pour autant, c’est surtout un mode de vie et de pensée qui est mis à l’honneur. Et pour le populariser tous les moyens sont bons. Les marques ont investi les réseaux sociaux (Facebook, Youtube…), proposent des soldes, du tissu et parfois même des patrons pour réaliser ses propres créations. Crystal, créatrice de la marque Simply modest swimwear, explique ainsi sur son site : « J’ai choisi de me couvrir pour glorifier Dieu avec mon corps et pour me protéger pour mon futur mari si un jour j’ai la chance de me marier. » Un message qui passe bien auprès des Puritains américains. Sa page Facebook compte plus de 5000 fans qui lui postent régulièrement des photos de leurs filles en train de barboter dans l’eau en robe.

Sans aucun doute, la mode de « la pudeur » des tenues de bain est symptomatique d’un mouvement d’ensemble de retour vers des valeurs ultra-conservatrices. En Israël, même Zara, la grande marque espagnole, propose ainsi une ligne adaptée aux critères de «Jérusalem » (jupes en dessous du genou, coloris essentiellement noir et blanc…). A croire que rien n’arrêtera l’envol de la « fashion modesty »…

C.S.

 

Et pour méditer, voici un extrait de la pièce Tartuffe, écrite par Molière en 1664.

TARTUFFE

Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.

 

C’est l’autre aspect de la bataille  qui se joue au quotidien entre Israéliens et Palestiniens. La bataille du droit. Anecdotique pour certains, souvent négligée, elle apporte pourtant des éclairages étonnants sur les événements de la région.

Comme rendre légal  la colonisation, quand le droit international « interdit à tout occupant de transférer une part de sa population sur le territoire de l’occupé » ? Comment autoriser le maintien en détention d’un prisonnier palestinien, sans accusation ni jugement, ad vitam aeternam ? En somme, comment défendre légalement…l’indéfendable ? En Israël, les conseillers juridiques de l’administration militaire ont depuis longtemps trouvé la solution. Explications.

Israël n’ayant jamais annexé la Cisjordanie, la législation de l’Etat hébreu ne s’y applique pas. Et pourtant, dans le même temps, Israël maintient sa souveraineté sur une grande partie de la Cisjordanie, la fameuse « Zone C » (voir carte) qui englobe près de 60% des terres de Cisjordanie. Pour rendre la manœuvre acceptable, il fallait trouver un tour de passe-passe. Conséquence, les autorités militaires israéliennes ont donc pioché dans le corpus de lois ottomanes, britanniques et jordaniennes, héritage laissé par les anciennes puissances occupantes, pour monter de toutes pièces un semblant de légalité. En gardant évidemment les lois qui servent le mieux son intérêt. Cela peut surprendre mais en Israël, l’utilisation de lois et des règles, dictées par les anciennes puissances coloniales, l’empire britannique et même l’ancien empire ottoman, sont une pratique courante. A titre de comparaison, c’est comme si en France, l’Etat utilisait des lois laissées vacantes après le départ des Wisigoths pour justifier d’une pratique policière ou autre….

Crédits photo : afp.comSaif Dahlah

Prenons par exemple, la grève de la faim menée ces dernières semaines par plusieurs centaines de prisonniers palestiniens. Depuis le 17 avril, près de 2000 détenus incarcérés en Israël, refusaient sciemment d’être nourris. Certains avaient même entamé leur action depuis février, dépassant ainsi le triste record des 70 jours sans la moindre nourriture. Tous les dirigeants de la région avaient mis en garde contre une issue malheureuse, qui amènerait la région vers une « catastrophe », pour reprendre le terme de Mahmoud Abbas. On peut se féliciter qu’un accord ait été trouvé. On ne saurait oublier l’essentiel. Au cœur du conflit figurait une pratique utilisée naguère par la puissance coloniale britannique, ancien gestionnaire de la Palestine avant 1947. La « détention administrative » permet d’incarcérer un détenu sans accusation, ni jugement pour une période pouvant aller jusqu’à six mois, renouvelable. Rénové pour les besoins sécuritaires d’Israël, le dispositif ressortit des oubliettes en 1979, et fut inscrit dans une loi israélienne, adoptée par la Knesset en 1979. Ou comment mêler le cynisme avec un semblant de légalité.

De la justification légale de la colonisation…

Les conseillers juridiques sont allés plus loin et plus fort pour donner un cadre légal à la colonisation, condamnée pourtant à plusieurs reprises par le droit international. Pour reprendre une citation publiée dans l’excellent ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voilà ce que l’écrivain palestinien Elias Sanbar appelle la « technique invariable des champions du fait accompli : rien n’est légal mais tout doit apparaître comme tel ». Parmi les mécanismes utilisés figure notamment de saisie militaire. Celui-ci autorise un occupant à s’emparer d’un bout de terre de l’occupé à condition que la saisie réponde à un besoin sécuritaire et qu’elle soit temporaire. Evidemment, dans le cas des colonies israéliennes, le besoin sécuritaire a souvent bon dos. Mais la Cour suprême israélienne a souvent accepté l’argument juridique selon lequel les colonies, « postes avancés en terre ennemie » selon les termes de ses promoteurs, pouvaient participer à la défense de l’Etat juif. Mais bien souvent, les ordres de saisie ne comportaient pas de date d’expiration. En définitive, du provisoire qui dure.

Quel avenir pour la trentaine d’habitations de la colonie sauvage d’Ulpana, adjacente à l’implantation de Beit El près de Ramallah (Cisjordanie), qui doivent en principe être démolies avant le 1er mai selon un arrêt de la Cour suprême. C’est la controverse de ces dernières semaines en Israël. Considérée par certains membres du gouvernement comme un quartier de Beit El, Ulpana est entièrement construite sur des terres privées palestiniennes. Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il espérait trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons. Le Premier ministre israélien mène des consultations avec les ministres de la Justice et de la Défense pour trouver une solution.

Parfois, des chefs militaires israéliens s’agacent de cette hypocrisie. Ce fut le cas en 1979. Des généraux expliquèrent alors que la saisie de terres pour la construction d’une colonie ne répondait à aucun besoin sécuritaire.  La Cour suprême dut annuler la procédure. Malgré tout, les conseillers juridiques utilisèrent alors une autre parade.

On exhuma alors des cartons une vieille loi ottomane. Elle consiste à transformer en « terre d’Etat » des zones entières de la Cisjordanie. Pour cela, il suffit de remplir deux conditions. Tout d’abord, prouver que la terre convoitée n’a pas été travaillée depuis au moins trois ans, ce qui est plutôt aisé quand on sait que de nombreux paysans palestiniens ont quitté leurs terres pour gagner plus sur des chantiers de construction. Ou que tout simplement, ils n’ont plus accès à leurs champs faute d’autorisation pour traverser le mur de séparation.

Seconde formalité juridique, prouver qu’aucun palestinien ne possède de droits dessus. Comme les Britanniques et les Jordaniens n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la mise à jour du « tabu », le cadastre ottoman, et qu’en 1967 seul un tiers des terres de Cisjordanie était enregistré, la condition est vite expédié devant les tribunaux.  Depuis 1967, Israël s’est d’ailleurs bien gardé de mettre à jour le cadastre. En pratique, cela veut dire que des Palestiniens peuvent avoir des titres de propriété en bonne et due forme, mais parce que  le tracé du terrain est imprécis et que leur nom n’est pas enregistré sur le cadastre, ils auront bien du mal à justifier leurs droits.

A la fin des années 70, le gouvernement israélien de l’époque déclara terre d’Etat près de 100000 hectares. C’est sur cette base que de nombreuses colonies furent ainsi construites. Et continuent de l’être. Ou quand le vice se cache dans les détails…

                                                                                                                                             Alain Pirot

A lire sur ce sujet

–          L’ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voyage au cœur du mirage palestinien », aux éditions La découverte.

–          L’ouvrage de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien », aux éditions Max Milo.

–          L’ouvrage d’Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Gallimard, Paris.


Reportage de l'agence Middle East 2.0, diffusé aujourd'hui dans l'émission Learning World, un programme sur l'éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada.
Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

Reportage de l’agence Middle East 2.0, diffusé  dans l’émission Learning World, un programme sur l’éducation proposé par la chaîne EURONEWS, présenté depuis Doha par Maha Barada. Reportage à Gaza, réalisé par Coraline Salvoch et Alain Pirot.

39 millions : C’est le nombre d’enfants qui ne vont pas à l‘école dans les pays déchirés par les conflits armés. Promouvoir l‘éducation en zone de conflit est une mission périlleuse et les résultats ne sont pas garantis. Comment élèves et professeurs font face à des situations de violence ? Exemples en Côte d’Ivoire, en Somalie et à Gaza.

Côte d’Ivoire : les élèves reprennent le chemin de l‘école

Après un an de violences post-éléctorales dans le pays qui ont entraîné la fermeture de nombreuses écoles, le système éducatif se remet en marche. Au plus fort de la crise, un million d’enfants scolarisés n’a pas pu aller à l‘école. Le traumatisme de plusieurs mois de conflit armé intense est encore bien présent. L’UNICEF a donc décidé de lancer une grande campagne nationale pour le “Retour à l‘école de tous les enfants”.

Somalie : tout un système éducatif à construire

Dans un pays déchiré par la guerre civile depuis plus de 20 ans, le système éducatif est totalement détruit. 30% seulement des élèves sont scolarisés à l‘école primaire et la majorité des professeurs ont fui le pays. L’ICDSEA, prgramme somalien de développement des capacités des administrateurs, fait appel à des conseillers techniques venant de l‘étranger pour faire le bilan des infrastructures et mettre en place une véritable planification de l‘éducation à long terme.

Gaza : une main tendue pour l‘éducation

En territoire palestinien, le conflit a conduit au dépérissement du système éducatif alors que 60% de la population de la bande de Gaza a moins de 18 ans. A Doha, au Qatar, l’Organisation Al Fakhoora intervient aux côtés des Nations Unies dans le cadre d’un programme d’aide aux étudiants gazaouis, notamment par le biais de bourses d‘études. Al Fakhoora aide en priorité les étudiants démunis mais pourvus d’un projet professionnel.

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C’est une image qui en dit long sur le blocus imposé à la bande de Gaza. Quand la famille de Fathi, installée dans le quartier de Sheikh Jari à Gaza city, allume un feu de bois improvisé en guise de chauffage, la centrale électrique d’Ashkelon, ville israélienne situé à moins d’une dizaine de kilomètres, crache de l’autre côté, une fumée blanchâtre ininterrompue. A la tombée de la nuit, les bougies des uns tentent de rivaliser avec les lampadaires des autres. Sans succès. Ce mercredi, la maison de Fathi où loge près d’une vingtaine de personnes n’a reçu que 5 heures d’électricité. Dans l’indifférence générale, les Gazaouis vivent l’un des hivers les plus durs, recensés dans la petite bande côtière. Privés d’électricité, privés d’essence pour alimenter les groupes électrogènes, privés de chauffage…alors que les pluies abondantes et le froid persistent dans la région. Il existe pourtant une centrale électrique dans la bande de Gaza. Mais cette dernière a tout aujourd’hui d’un paquebot échoué sur le sable. Résultat de plusieurs années de guerre et de blocus, des décisions prises par les dirigeants du Hamas et des atermoiements dans la réconciliation inter-palestinienne. 

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Dispositif. Sur le papier, la bande de Gaza est approvisionnée en électricité par trois sources : la centrale électrique de Gaza, la compagnie israélienne d’électricité (CIE) et la compagnie égyptienne d’électricité. «Sur le papier, la répartition est la suivante, calcule Rafiq Maliha, directeur de la centrale de Gaza.140 Mégawatts venant de la centrale, 120MW achetés à Israël, et 22MW en provenance d’Egypte. » Voilà pour la théorie, car aujourd’hui, moins de 50% des besoins sont en fait couverts. La faute à plusieurs problèmes.

Blocus. Le 28 juin 2006, deux jours après l’enlèvement du caporal Guilad Shalit, la centrale électrique de Gaza était bombardée par l’aviation israélienne. La plupart des transformateurs furent détruits. Problème, depuis cette date, l’installation n’a pu qu’être partiellement restaurée à cause du blocus israélien, mis en place à la même époque. Des ingénieurs ont été refoulés à la frontière. Des pièces nécessaires à la maintenance ne sont jamais arrivées à destination. Conséquence, la centrale ne fonctionne qu’à 40% de sa capacité initiale…à condition qu’elle soit ravitaillée en carburant. Mais ce dernier est lui aussi restreint à cause du blocus. Seuls 2 millions de litres d’essence sont autorisés à passer chaque mois par Israël, à travers le terminal de Kerem shalom. « Or, soupire Ahmed Chawa, le président du comité de coordination pour l’essence à Gaza, l’enclave aurait besoin de 13 millions de litres par mois pour vivre. Nous avons négocié avec Israël, mais nous avons seulement obtenu une rallonge de… 500000 litres.» Pour faire face au blocus, une solution avait été trouvée avec les tunnels creusés sous la frontière égyptienne. Ces ceux-là mêmes qui ravitaillent la centrale électrique. Seulement, depuis plusieurs semaines, l’Egypte a fermé le robinet en amont. Les contrebandiers n’arrivant plus à se fournir, c’est la panne sèche. Le nouveau pouvoir égyptien est prêt à ravitailler en quantité suffisante la bande de Gaza, à condition que cette dernière soit prête à payer le prix international…six fois plus élevé que le prix des tunnels. Et que l’essence ne circule plus dans les fameux tunnels. Telle est l’équation qui attend toujours d’être résolue à l’heure actuelle. Quant à l’électricité fournie par Israël et l’Egypte, elle n’arrive pas dans les foyers gazaouis. « A cause du blocus, et faute du matériel nécessaire, la maintenance adéquate n’a pu être effectuée sur les lignes frontalières, conclut Rafiq Maliha.»

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Les responsabilités du Hamas. A Gaza, une maison cristallise les tensions sur la question de l’électricité. Celle du premier ministre Ismaël Hanyeh, le leader du Hamas. Située en bord de mer, ravitaillée par un énorme groupe électrogène, protégé par des blocs de béton, la bâtisse semble à l’abri des soubresauts du quotidien. Les responsabilités du mouvement islamiste dans la crise de l’électricité sont avérées. Elles sont notamment d’ordre financier. Fin 2009, l’Union européenne qui finançait, faveur accordée à l’Autorité palestinienne depuis janvier 2006, les litres de carburant nécessaires au fonctionnement de la centrale de Gaza, interrompt son financement. Le Hamas doit alors payer le carburant à l’Autorité palestinienne. Il existe à Gaza, une société semi-privée qui doit collecter l’argent des Gazaouis, en paiement des factures d’électricité. Même si selon des données officieuses, seul un habitant sur deux s’acquitte de cette obligation, le Hamas, lui, n’a jamais ou partiellement reversé l’argent collecté à l’Autorité palestinienne. Résultat de la brouille qui perdure entre le pouvoir de Ramallah et le Hamas. « Conséquence pratique de cette querelle inter-palestinienne, le déficit se creuse chaque jour un peu plus, commente Rafiq Maliha. La centrale ne pouvant plus payer son carburant comme il se doit, la production baisse inexorablement.»  Et rien ne laisse entrevoir une éclaircie à l’horizon. A la centrale de Gaza, on prédit déjà « un black-out total pour 1,5 millions de Gazaouis ». Pendant l’offensive israélienne « Plomb durci » fin décembre 2008,  beaucoup d’habitants s’étaient étonnés d’être parvenus à vivre 12 jours de suite sans électricité. Il est à craindre que ce triste record soit battu l’hiver prochain.

Alain Pirot

L’enquête publiée le mercredi 25 janvier dans le journal « Le Parisien – Aujourd’hui en France », sur les dégâts causés par le Tramadol, cet anti-douleur à la base utilisé bien souvent comme une drogue, n’est qu’un début. Mais un début nécessaire pour bien alerter la population sur les méfaits de ce médicament. Comme le dit à juste titre Sébastien Ramnoux, dans les premières lignes de son article bien documenté, « pour certains, c’est le remède miracle contre la douleur. Pour d’autres, c’est un« poison » qui a ruiné leur vie. »

Ce poison, c’est dans le Bande de Gaza que nous l’avons trouvé en abondance. Tout le monde en parle, mais personne ne le voit. Même s’il n’existe aucune statistique officielle, près d’un gazaoui sur deux en prendrait. Un drame qui annonce des conséquences sanitaires désastreuses, dans les prochaines années. Le pire, et cela nous n’avions pas la place de le dire dans le reportage publié dans le Parisien – Aujourd’hui en France, c’est que le fléau est en train de s’étendre dans tous les pays du Moyen-Orient. A Gaza, pays sous blocus israélien depuis 2006, on ironise en soulignant que le « tramadol est le seul produit que l’on n’arrive à exporter ». C’est tellement vrai. Chaque jour, nous recevons sur les télex des dépêches faisant étant d’arrestations de dealers de tramadol, dans le Sinaï, en Lybie, dans la banlieue du Caire, mais également dans toute la péninsule arabique. Dernier exemple en date, à Dubaï, où le 23 janvier dernier, trois hommes étaient arrêtés par les services de stupéfiants avec en leur possession….78000 tablettes de tramadol.

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Revue de Presse France Info 25 janvier…On parle de Gaza et du tramadol

Le comble en Palestine et à Gaza, et cela non plus, nous n’avons pas pu le dire dans notre article. C’est qu’il y a quelques années, une usine de production pharmaceutique était inaugurée en grande pompe à Ramallah par l’Autorité palestinienne. Et pour cause, c’était la première de ce type dans les territoires. Une fierté au goût amer quand on sait que le médicament produit en abondance sur place n’est autre que du…tramadol.

Alain Pirot et Coraline Salvoch