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Tout le monde s’est bien gardé d’en parler dimanche dernier sur les plateaux de télévision. Et pourtant, il y avait beaucoup à dire… sur les premières élections législatives des députés de l’étranger. Même la Gauche qui peut se targuer d’avoir remporté 8 des 11 circonscriptions se garde bien de tout commentaire élogieux sur le sujet. Car le bilan de cette première, c’est avant tout un grand fiasco démocratique. Certes, on pourra toujours dire que les abstentionnistes ont toujours tort, mais à y regarder de plus près, on pourra concéder qu’on ne les y a pas vraiment encouragés. Explications.

Une participation chaotique.

Au soir du 2ème tour, ils étaient nombreux en France, à se lamenter  que l’abstention dépasse les 40%. On retiendra notamment ce commentaire, dans le Nord, du député Bernard Roman : « Quand des citoyens se déconnectent du choix de la construction de leur avenir, on avance vers le chaos ». Eh bien, imaginez sa réaction en regardant le vote des français de l’étranger, puisqu’ici, l’abstention a atteint le chiffré épique de 79,22%. La palme du plus grand absentéisme revenant à la circonscription consulaire de Haïfa en Israël avec 5,1% de votants, au coude à coude avec Annaba en Algérie et Tripoli en Libye (6,7% de votants). On concèdera que les Français installés à l’île Sainte-Lucie dans les Antilles ont fait mieux avec 7,8% de votants.

Consulat de France à Jérusalem, 3 juin 2012, premier tour des élections législatives des Députés de l’étranger. Crédit Photo MiddleEast2.0.

Il y a tout de même quelques élèves plus assidus : Riga en Lettonie avec 48,5% de votants, Tirana en Albanie avec 50,9%, Tachkent en Ouzbékistan avec 57,8%…La Marianne d’or de la participation revenant à Chisinau en Moldavie où 35 citoyens français ont rempli leur devoir civique, portant la participation à 63,6%.   On peut d’ailleurs féliciter les concepteurs de cette élection d’avoir mis en place le vote électronique par internet. Et même si ce dernier n’a pas été sans problème, on imagine le score final s’il n’avait pas existé.

En définitive, la participation la plus active  restera celle enregistrée dans la 11ème circonscription, celle remportée par l’UMP Thierry Mariani, celle où le soleil ne se couche presque jamais qui va de Moscou à Sydney, parfaitement ciselée pour un ancien ministre des Transports.

Les raisons d’un désaveu.

Les circonscriptions obéissant toutes à des contextes différents, difficile de trouver des causes générales pour expliquer ce faible engouement. Notre analyse est évidemment animée par la campagne vécue dans la 8ème circonscription, celle regroupant l’Italie, la Grèce, Saint-Marin, le Vatican, Malte, Chypre, Israël et les Territoires Palestiniens.

Carte des circonscriptions des députés de l’étranger, crédit le Parisien – Aujourd’hui en France.

Même si le découpage est toujours un jeu compliqué, on se doit évidemment de mentionner quelques incohérences. Les citoyens, les premiers, n’ont goûté à ce découpage qu’avec  perplexité. Se demandant parfois comment la Papouasie / Nouvelle-Guinée pouvait avoir les mêmes problématiques que l’Ukraine. En fait, le découpage a obéi non pas seulement à des critères démographiques, mais surtout à une règle de pôles incontournables. Autour desquels les autorités ont ajouté d’autres pays pour faire le nombre. Ainsi, dès le départ, il était dit qu’il y aurait une circonscription autour de la Suisse, du Bénélux, des Etats-Unis, de l’Espagne, du Maghreb, et d’Israël. Des entités où les autorités se garderaient bien de « mélanger les torchons et les serviettes ». Ainsi, autour d’Israël, on aurait pu ajouter la Jordanie, le Liban, pour respecter critères démographiques et géographiques. Mais comme le découpage fut notamment supervisé par Daphna Poznanski, candidate PS franco-israélienne installée à Tel-Aviv, celle-ci compris très vite qu’il fallait mieux éviter ce cas qui empêcherait le futur député et surtout elle de pouvoir se déplacer dans la circonscription. Au départ, on avait même exclu les Territoires palestiniens de cette circonscription, mais là on comprit du côté des autorités, qu’on était peut-être allé un peu loin. On les y ajouta plus tard convaincu que les quelques 200 français installés du côté de Ramallah ne pèseraient pas lourd. Manque de chance pour Thierry Mariani, la 11ème circonscription a quant à elle obéit parfaitement à des critères démographiques. Vulgairement, comme tous les autres pôles avaient été constitués, on a mis tout ce qu’il était possible de mettre dans cette 11e zone pour faire le nombre. Péniblement, en rassemblant des pays qui vont de A comme Arménie à V comme Vietnam, on est finalement arrivé au chiffre de 78893 inscrits, soit l’un des plus faibles avec l’Amérique du Sud.

La « drôle de campagne » de la 8ème circonscription

Dans les colonnes du « Parisien-Aujourd’hui en France », dès le premier tour, on avait déjà largement commenté cette drôle de campagne de la 8e circonscription. Notamment l’attitude des candidats vis-à-vis des français installés dans les Territoires palestiniens (Voir ci-dessous). On a l’habitude dire que rien n’est jamais normal avec Israël et la Palestine. La règle a été respecté. Même si tous les candidats, les uns après les autres, se sont gardés auprès de nous d’avoir « fait une campagne communautaire », c’est indéniablement ce qui s’est produit.

Publication 4 juin 2012 dans les colonnes du Parisien – Aujourd’hui en France.

L’histoire retiendra quelques anecdotes savoureuses, une affaire d’espionnage entre candidats menée par l’intermédiaire d’une fausse journaliste venue en fait renseigner un autre candidat sur les propositions de ses adversaires. Un candidat FN, remplacé à la dernière minute, parce que jugé « trop pro-israélien » par sa direction. Il est vrai qu’il avait juré dans un message internet  « avoir à cœur de défendre dans l’hémicycle le Grand Israël et sa capitale éternelle, Jérusalem ». Enfin, un candidat dont le seul programme était de faire barrage à un autre candidat.

Finalement, tous les candidats jurent avoir vécu, comble d’ironie, « l’enfer dans cette campagne ». Sauf Daphna Poznanski, la candidate PS, la grande gagnante. Qui loin de s’égarer dans cette une querelle de petites phrases, a joué de sa discrétion. On aurait pourtant souhaité l’entendre lorsque que les autres candidats, Philippe Karsenty en tête, attaquaient les médias français, jurait que « les Territoires palestiniens sont occupés par les Arabes illégalement ». En restant en dehors de tout cela, elle ne s’est pas exposée. Choisissant plutôt de mettre en valeur son bilan de représentante des français de l’étranger quand la candidate UMP s’épuisait dans les polémiques, les petites phrases.  C’est là ce qui lui a permis de gagner. Mais le climat de cette campagne ne laisse rien augurer de bon.

Et l’on ne s’étonnera pas que les électeurs aient boudé les urnes. A Ramallah, au deuxième tour, il n’y avait que huit bulletins dans l’urne. Notamment 5 blancs et un nul….

                                                                                    Alain Pirot

C’est l’autre aspect de la bataille  qui se joue au quotidien entre Israéliens et Palestiniens. La bataille du droit. Anecdotique pour certains, souvent négligée, elle apporte pourtant des éclairages étonnants sur les événements de la région.

Comme rendre légal  la colonisation, quand le droit international « interdit à tout occupant de transférer une part de sa population sur le territoire de l’occupé » ? Comment autoriser le maintien en détention d’un prisonnier palestinien, sans accusation ni jugement, ad vitam aeternam ? En somme, comment défendre légalement…l’indéfendable ? En Israël, les conseillers juridiques de l’administration militaire ont depuis longtemps trouvé la solution. Explications.

Israël n’ayant jamais annexé la Cisjordanie, la législation de l’Etat hébreu ne s’y applique pas. Et pourtant, dans le même temps, Israël maintient sa souveraineté sur une grande partie de la Cisjordanie, la fameuse « Zone C » (voir carte) qui englobe près de 60% des terres de Cisjordanie. Pour rendre la manœuvre acceptable, il fallait trouver un tour de passe-passe. Conséquence, les autorités militaires israéliennes ont donc pioché dans le corpus de lois ottomanes, britanniques et jordaniennes, héritage laissé par les anciennes puissances occupantes, pour monter de toutes pièces un semblant de légalité. En gardant évidemment les lois qui servent le mieux son intérêt. Cela peut surprendre mais en Israël, l’utilisation de lois et des règles, dictées par les anciennes puissances coloniales, l’empire britannique et même l’ancien empire ottoman, sont une pratique courante. A titre de comparaison, c’est comme si en France, l’Etat utilisait des lois laissées vacantes après le départ des Wisigoths pour justifier d’une pratique policière ou autre….

Crédits photo : afp.comSaif Dahlah

Prenons par exemple, la grève de la faim menée ces dernières semaines par plusieurs centaines de prisonniers palestiniens. Depuis le 17 avril, près de 2000 détenus incarcérés en Israël, refusaient sciemment d’être nourris. Certains avaient même entamé leur action depuis février, dépassant ainsi le triste record des 70 jours sans la moindre nourriture. Tous les dirigeants de la région avaient mis en garde contre une issue malheureuse, qui amènerait la région vers une « catastrophe », pour reprendre le terme de Mahmoud Abbas. On peut se féliciter qu’un accord ait été trouvé. On ne saurait oublier l’essentiel. Au cœur du conflit figurait une pratique utilisée naguère par la puissance coloniale britannique, ancien gestionnaire de la Palestine avant 1947. La « détention administrative » permet d’incarcérer un détenu sans accusation, ni jugement pour une période pouvant aller jusqu’à six mois, renouvelable. Rénové pour les besoins sécuritaires d’Israël, le dispositif ressortit des oubliettes en 1979, et fut inscrit dans une loi israélienne, adoptée par la Knesset en 1979. Ou comment mêler le cynisme avec un semblant de légalité.

De la justification légale de la colonisation…

Les conseillers juridiques sont allés plus loin et plus fort pour donner un cadre légal à la colonisation, condamnée pourtant à plusieurs reprises par le droit international. Pour reprendre une citation publiée dans l’excellent ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voilà ce que l’écrivain palestinien Elias Sanbar appelle la « technique invariable des champions du fait accompli : rien n’est légal mais tout doit apparaître comme tel ». Parmi les mécanismes utilisés figure notamment de saisie militaire. Celui-ci autorise un occupant à s’emparer d’un bout de terre de l’occupé à condition que la saisie réponde à un besoin sécuritaire et qu’elle soit temporaire. Evidemment, dans le cas des colonies israéliennes, le besoin sécuritaire a souvent bon dos. Mais la Cour suprême israélienne a souvent accepté l’argument juridique selon lequel les colonies, « postes avancés en terre ennemie » selon les termes de ses promoteurs, pouvaient participer à la défense de l’Etat juif. Mais bien souvent, les ordres de saisie ne comportaient pas de date d’expiration. En définitive, du provisoire qui dure.

Quel avenir pour la trentaine d’habitations de la colonie sauvage d’Ulpana, adjacente à l’implantation de Beit El près de Ramallah (Cisjordanie), qui doivent en principe être démolies avant le 1er mai selon un arrêt de la Cour suprême. C’est la controverse de ces dernières semaines en Israël. Considérée par certains membres du gouvernement comme un quartier de Beit El, Ulpana est entièrement construite sur des terres privées palestiniennes. Benjamin Netanyahou a déclaré qu’il espérait trouver un moyen légal de ne pas détruire les maisons. Le Premier ministre israélien mène des consultations avec les ministres de la Justice et de la Défense pour trouver une solution.

Parfois, des chefs militaires israéliens s’agacent de cette hypocrisie. Ce fut le cas en 1979. Des généraux expliquèrent alors que la saisie de terres pour la construction d’une colonie ne répondait à aucun besoin sécuritaire.  La Cour suprême dut annuler la procédure. Malgré tout, les conseillers juridiques utilisèrent alors une autre parade.

On exhuma alors des cartons une vieille loi ottomane. Elle consiste à transformer en « terre d’Etat » des zones entières de la Cisjordanie. Pour cela, il suffit de remplir deux conditions. Tout d’abord, prouver que la terre convoitée n’a pas été travaillée depuis au moins trois ans, ce qui est plutôt aisé quand on sait que de nombreux paysans palestiniens ont quitté leurs terres pour gagner plus sur des chantiers de construction. Ou que tout simplement, ils n’ont plus accès à leurs champs faute d’autorisation pour traverser le mur de séparation.

Seconde formalité juridique, prouver qu’aucun palestinien ne possède de droits dessus. Comme les Britanniques et les Jordaniens n’ont pas montré d’intérêt particulier pour la mise à jour du « tabu », le cadastre ottoman, et qu’en 1967 seul un tiers des terres de Cisjordanie était enregistré, la condition est vite expédié devant les tribunaux.  Depuis 1967, Israël s’est d’ailleurs bien gardé de mettre à jour le cadastre. En pratique, cela veut dire que des Palestiniens peuvent avoir des titres de propriété en bonne et due forme, mais parce que  le tracé du terrain est imprécis et que leur nom n’est pas enregistré sur le cadastre, ils auront bien du mal à justifier leurs droits.

A la fin des années 70, le gouvernement israélien de l’époque déclara terre d’Etat près de 100000 hectares. C’est sur cette base que de nombreuses colonies furent ainsi construites. Et continuent de l’être. Ou quand le vice se cache dans les détails…

                                                                                                                                             Alain Pirot

A lire sur ce sujet

–          L’ouvrage de Benjamin Barthe, « Ramallah Dream », voyage au cœur du mirage palestinien », aux éditions La découverte.

–          L’ouvrage de Ziyad Clot, « Il n’y aura pas d’Etat palestinien », aux éditions Max Milo.

–          L’ouvrage d’Elias Sanbar, Figures du Palestinien. Identité des origines, identité du devenir, Gallimard, Paris.

Dalma Rushdi Malhas, cavalière émérite de 20 ans, pourrait être la première Saoudienne à participer aux Jeux Olympiques. Photo DR.

Et si les Jeux de Londres marquaient un tournant dans l’histoire du sport ? Pour la première fois, tous les pays participant pourraient compter dans leur délégation…. au moins une femme. Une nouvelle pour le moins surprenante quand on sait que les premières épreuves féminines olympiques sont apparues en 1900 avec le tennis et le golf ! Pourtant, jusqu’à cet été 2012, trois pays faisaient encore figure d’exception. Le Qatar, le sultanat de Bruneï et l’Arabie Saoudite sont les trois derniers pays à n’avoir jamais envoyé de femmes aux JO.

Il aura fallu de nombreuses semaines de négociations avec le comité international olympique (CIO) et la pression d’ONG comme Human Right Watch, pour que les récalcitrants cèdent à l’appel de la mixité. Bruneï a déclaré dès février qu’il enverrait des athlètes féminines aux JO. Le Qatar, qui a reçu deux invitations de la part du CIO, devrait envoyer une sprinteuse et une nageuse. Noor Al-Malki et Nada Arkaji seront donc les premières sportives qataries à défiler lors de la cérémonie d’ouverture. Un premier pas nécessaire, surtout lorsqu’on sait que le pays souhaite organiser les Jeux de 2020.

L’Arabie Saoudite vient de leur emboîter le pas. Mardi 20 mars, dans le journal saoudien basé à Londres, Al-Hayat, le prince héritier Nayef affirmait que la participation des femmes aux JO « ne portait pas atteinte à la décence et ne contredisait pas les lois islamiques ». Pour autant, rien n’est acquis. Jeudi 5 avril, le prince héritier assurait que le royaume ne permettrait pas directement aux femmes de participer aux JO : « La participation saoudienne féminine pourrait prendre la forme de participation d’étudiantes et de résidentes à l’étranger, et notre rôle sera de les aider pour que leur contribution soit conforme à la loi islamique ». Une liste de sportives susceptibles de participer aux Jeux aurait même été établie par le Royaume. Mais concrètement, c’est la jeune Dalma Rushdi Malhas, 20 ans, qui pourrait devenir la première Saoudienne à concourir aux JO. La jeune fille, qui étudie à Londres, est une cavalière émérite. Elle est la première sportive à avoir remporté une médaille pour son pays. En 2010, lors des Jeux Olympique de la Jeunesse (JOJE), elle avait décroché la médaille de bronze en saut d’obstacles. Cette année, elle a encore jusqu’en juin pour assurer sa qualification. La jeune cavalière saoudienne, ne doit sa carrière sportive qu’à la détermination de sa mère. Cette dernière dirigeait un centre équestre en Arabie Saoudite. Elle a quitté le pays avec sa fille en 2005 pour l’Italie où Dalma a commencé les compétitions de saut d’obstacle. Sa médaille de bronze aux JOJE en 2010 est une vraie fierté : « Elle a obtenu la troisième médaille olympique de l’histoire de l’Arabie saoudite et elle est devenue un espoir pour toutes les femmes. »

Wohood Maslaha, la coureuse de Naplouse, s'entraîne dans ses collines en dépit du regard des autres.

Le sport féminin est un véritable casse-tête pour les pays arabes. Pression familiale et religieuse, manque d’infrastructures et de moyens… Les sportives sont souvent laissées de côté au Moyen-Orient. Dans un rapport de près de 50 pages, publié en février, l’ONG Human Right Watch s’attaque à l’Arabie Saoudite qui interdit tout simplement aux femmes de faire du sport. Leur enquête révèle que certaines salles de gym accueillant des femmes ont récemment été fermées, toutes les infrastructures étant réservées aux hommes. La seule solution reste les clubs privés aux frais d’inscription très élevés. Inscription qui nécessite l’autorisation du tuteur légal de chaque femme (père, mari, frère…). Pour autant, le royaume du Golfe, qui est un exemple de discrimination envers les femmes, n’est pas le seul à limiter la pratique du sport. Worood Maslaha, 20 ans, est une des athlètes qui représentera la Palestine à Londres. Avec son jogging noir, sa veste bleue et son foulard sur les cheveux, elle passerait presque inaperçue en Cisjordanie. La grande différence, c’est que la jeune femme passe son temps à courir le long des collines de Naplouse pendant son temps libre. « Les gens parlent beaucoup parce que ce n’est pas habituel de voir une femme faire du sport », confie-t-elle. Souvent considéré comme un hobby réservé aux enfants et aux adolescents, le sport n’est pas une carrière « sérieuse » et envisageable pour les femmes. « Toutes mes amies se sont mariées, ont eu des enfants, je suis la seule à avoir persévérer. »

Conséquence, cet été, les sportives du Moyen-Orient qui participeront à Londres n’auront presque jamais atteint les minimas nécessaires pour la qualification. Et ne doivent leurs participations qu’aux invitations offertes par le CIO. En mars dernier à Istanbul lors des championnats de monde indoor d’athlétisme, elles ne sont que deux à avoir atteint les finales. Aliya Saeed Mohammed pour les Emirats Arabes Unis est arrivée douzième de la finale du 3000 mètres et la Turque Asli Cakir Alptekin a obtenu la médaille de bronze au 1500 mètres. Mais au-delà des performances, pour Erika George, professeur de droit à l’université de l’Utah aux Etats-Unis, la participation des femmes aux JO dans les délégations des pays arabes comme l’Arabie Saoudite est « un véritable progrès ». « C’est un signe d’émancipation, explique-t-elle, il montre que les femmes sont capables de se prendre en main et cela va forcément changer la façon de percevoir les choses. » Alors les JO de Londres, prémices d’un printemps arabe au féminin ?

 

Coraline Salvoch

Reportage réalisé en Jordanie, sur les rebelles de l'armée syrienne libre, publié le 10 avril 2012 dans le Journal Le Parisien - Aujourd'hui en France

C’était il y a plus d’un an, désormais. La presse mondiale commençait à s’enthousiasmer des premières victoires obtenues par les rebelles de l’Armée Libre Syrienne. Certains rêvaient déjà d’un scénario, identique à celui de la Libye. Mais c’était oublier la force de réaction du régime de Bachar Al-Assad. Même si de nombreux résistants rêvent encore de la « marche sur Damas », ils savent aussi que la route est encore longue. Et qu’à l’horizon se profile plus que jamais… le scénario d’une guerre civile, semblable à celle du voisin irakien. Reportage en Jordanie. 

Les occidentaux ont-ils surestimé les forces de l’Armée Libre Syrienne (ALS) ? « Oui, sans nul doute ! », soupire un diplomate français. Début 2012, des leaders de la rébellion prédisaient pourtant « une marche imminente sur Damas ». Aujourd’hui, c’est tout juste si Mosab, jeune homme intronisé porte-parole, ose espérer « la chute d’Assad d’ici moins d’un an ». La perte des bastions tenus par les insurgés, Homs en tête, a refroidit l’enthousiasme. Et comme pour mieux sonner les esprits, le pouvoir en place a annoncé le 31 mars dernier que « la bataille pour faire tomber l’Etat en Syrie était terminée une fois pour toutes ». Même si sur le front, on continue de se battre, faisant grimper le bilan des victimes à plus de 10000 morts,  la défaite de l’ALS semble inéluctable.

Réfugiés dans un camp en Jordanie, des déserteurs de l’armée syrienne, désormais engagés dans la résistance, tentent de faire bonne figure. « Jamais notre moral n’a été aussi haut, exulte Muhamad, organisateur improvisé de l’insurrection. Au bout du fil, un partisan lui transmet les dernières nouvelles. « Nous tenons un nouveau village près de Deraa. » Le sourire revient.  Bientôt un nouveau coup de fil pour dire cette fois que… « les hommes battent en retraite ».

Une rébellion divisée

La résistance n’est plus qu’un gigantesque gruyère. Personne ne sait aujourd’hui combien d’hommes compte l’ALS. « Entre 20000 et 40000, selon son chef, le colonel Riad Assad, réfugié en Turquie ». La plupart sont des déserteurs, certains de simples civils comme Muhammad, photographe de mariages avant la guerre. L’ALS est plus un label qu’une organisation. « Tout le monde agit à guise, admet Mosab, le porte-parole. Très peu de résistants respectent les ordres venus du commandant Riad Al Assad». Dans le sud, on compterait ainsi près d’une vingtaine de groupes, estampillés ALS. Même chose dans le Nord, à Idlib. Aucun ne communique avec les autres. « Quand un colonel déserte de l’armée régulière et rejoint la résistance, confie Muhammad, bien souvent il ne veut pas reconnaitre l’autorité d’un capitaine, arrivé avant lui. Conséquence, chacun forme son équipe. » Pour ajouter à la confusion, certains groupes sont financés par les Frères musulmans, par les salafistes, ou par des pays étrangers, d’autres se veulent laïques.

Un armement artisanal

Dans ces conditions, aucun pays ne souhaite armer massivement les rebelles. Le Qatar, l’Arabie Saoudite y sont favorables, mais « nous les en dissuadons, commente une source diplomatique. En cas de victoire, nous ne pourrions pas à récupérer ces armes Ce serait le chaos. » Du matériel américain et britannique, laissé sur place en Irak est bien entré en Syrie. Mais il est insuffisant. Conséquence, sur le terrain, en l’absence de frappes aériennes occidentales comme en Lybie, les chars de Bachar Al-Assad ne font qu’une bouchée des rebelles, juchés sur leurs motos, avec une roquette dans la main et une kalachnikov dans l’autre. De plus, les déserteurs venus gonfler les rangs de la révolution sont bien souvent dénués de formation au combat. «Beaucoup faisaient du renseignement, de l’intendance, admet Mosab. » Même le colonel Riad Assad, chef de l’insurrection, s’occupait avant…d’informatique.

Vers une nouvelle stratégie

« Nous ne reproduirons plus l’erreur de Homs, à savoir concentrer beaucoup de rebelles dans une même zone, commente Muhamad ». « Nous voulons désormais des opérations de qualité contre les centres sensibles, renchérit Mosab ». Dans le jargon de la rébellion, cela signifie enlèvements ou meurtres de personnalités, attaques surprises de casernes et attentats à la bombe. Insufflée par des groupes djihadistes, la nouvelle stratégie des rebelles  veut accélerer les divisions et les départs dans l’entourage de Bachar Al-Assad en alimentant la peur. Une stratégie qui n’est pas sans choquer de nombreux partisans. « Nous voulions une révolution pacifique, commente Fateh, médecin de 20 ans. Mais la situation ressemble de plus en plus à l’Irak. Nous voulions un printemps arabe, mais nous parlons désormais de chiites, sunnites, alaouites. Il ne faut plus se voiler la face. La révolution est finie, et j’ai peur que c’est une guerre civile qui commence… »

Alain Pirot  

Crédits (DR)

Professeur de relations internationales à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, Emmanuel Navon est un homme à la mode. Un de ces « experts »  – comme on aime à dire dans les  rédactions, qui une fois passé le cap de la première intervention, devient soudainement incontournable. L’homme étant réputé facile à joindre, son téléphone s’échange aisément entre journalistes. En somme, un « bon client ». Mais à première vue, le « bon client » s’est quelque peu égaré. Pour ne pas dire, fourvoyé. Et pas  n’importe où, puisque que c’est dans la rubrique « Idées » du journal « Le Monde », daté du 7 février 2012, que le « professeur » nous fait part de sa dernière analyse.

Dans cette tribune, Emmanuel Navon vient nous éclairer sur le blocage du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Et nous dire haut et fort, pourquoi « diplomates et journalistes européens », ont tout faux. Depuis des semaines, on vous explique à longueur de colonnes que c’est la colonisation israélienne sur les terres de Cisjordanie qui pose problème. Faux, répond le « professeur »,  « l’un des principaux obstacles à la paix entre Israël et les Palestiniens est la question des réfugiés». Sur ce point, il a en partie raison. A chacune des conférences de la paix, les leaders palestiniens, Yasser Arafat en tête, ont toujours opposé le  droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres d’origine comme l’un des points fondamentaux d’un possible accord de paix. En principe, si ce droit était accepté, cela consisterait à ce que tous les Palestiniens chassés ou partis volontairement de leur maison après la première israélo-arabe de 1948, qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés en Palestine, au Liban, en Syrie et en Jordanie, aient la possibilité de revenir dans leurs maisons d’origine. Cela représente aujourd’hui près de 7 millions de personnes. Seulement voilà, à chaque entrevue, Israël répond par un « non » catégorique, pour une raison toute simple. Une raison que nous conte d’ailleurs avec poésie dans sa tribune Emmanuel Navon : « Sous couvert de l’euphémisme humanitaire de « droit au retour, » les Palestiniens veulent envahir Israël avec sept millions d’immigrants. » On a connu des « professeurs » plus polis. Enfin, passons sur ce détail, car le plus intéressant arrive.

En effet, pour régler ce problème des réfugiés, Emmanuel Navon a sa solution. En l’occurrence quelques tours de passe-passe, qui allie la malhonnêteté intellectuelle  au manque de clairvoyance.

Tout d’abord, plaide-t-il, « Le « droit au retour » perdure entre autre à cause de l’UNRWA (l’office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), et ce pour deux raisons. D’abord parce que la mission de l’UNRWA (contrairement à la mission du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ou UNHCR) n’est pas d’intégrer les réfugiés palestiniens dans leurs pays d’accueil mais au contraire de subventionner leur vie de réfugiés. Ensuite, parce que l’UNRWA applique la définition de « réfugié » aux descendants des réfugiés, tandis que l’UNHCR (qui est en charge de tous les réfugiés du monde à l’exception des réfugiés palestiniens) limite cette définition aux réfugiés eux-mêmes. »

L’UNRWA a été créé en 1948, juste après la première guerre israélo-arabe. L’agence vient en aide aux réfugiés palestiniens (nourriture, logement, éducation…). A l’origine, elle devait être provisoire. Mais sur place, notamment à Gaza, il suffit d’ouvrir les yeux quelques secondes pour comprendre que cette institution est indispensable. Sinon la situation sociale et humanitaire, déjà compliquée, deviendrait catastrophique, pour ne pas dire explosive. Seulement, pour Emmanuel Navon, l’UNRWA fait mal son boulot. « Au lieu d’intégrer les réfugiés dans leur pays d’accueil, elle ne fait que les subventionner ». Pire, elle fabrique trop de réfugiés selon lui, puisque l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés comme des réfugiés….au contraire de l’UNHCR qui elle, intègre les réfugiés dans leurs pays d’accueil.

Sincèrement, Mr Emmanuel Navon, on se demande bien où vous avez lu tout ça. L’UNRWA, comme l’UNHCR, n’ont jamais eu pour mission d’intégrer les réfugiés dans leurs pays d’accueil. Ces deux agences ont pour mission de venir en aide aux réfugiés, obligés de quitter leur pays à cause d’une guerre ou d’un incident climatique. Et de faciliter leur retour chez eux. Je vous renvoie aux résolutions de l’ONU pour mieux cerner leurs missions. D’ailleurs, elles se garderaient bien d’intégrer les réfugiés dans leurs  pays d’accueil, car je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’intégrer un réfugié palestinien au Liban, ou un réfugié rwandais au Burundi…c’est paraît-il, selon nos sources, un vrai casse-tête…..sic. C’est vrai, je vous l’accorde, l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés palestiniens, comme des réfugiés. Je vous rassure, ce n’était pas prévu à l’origine. Le premier mandat de l’UNRWA avait une durée de trois ans. Mais comme Israël a refusé que ces réfugiés reviennent, que cela dure depuis plus de 60 ans,  et que les pays d’accueil ne voulaient pas en faire leurs citoyens, il a fallu faire ainsi. Conséquence, ils sont 7 millions aujourd’hui ! Je sais que cela vous déplait, vous le dites d’ailleurs juste après : « Du fait de ces différences de missions et de définitions, le nombre de réfugiés dans le monde a décru de soixante millions en 1947 à dix-sept millions aujourd’hui, tandis que le nombre de « réfugiés palestiniens » a accru de six-cent mille en 1948 à sept millions aujourd’hui. » Drôle de paradoxe en effet, même si je dois vous corriger une nouvelle fois, car je ne sais pas où vous êtes allé chercher le chiffre de 17 millions…puisque l’UNHCR, haut commissariat pour les réfugiés, s’occupe aujourd’hui – c’est sur la première page de son site internet – de 33,9 millions de personnes. Vous me direz que vous n’êtes plus à une approximation près.

Mais je garde le meilleur pour la fin, vos paroles en l’occurrence. « Si les réfugiés palestiniens, comme le reste des réfugiés dans le monde, avaient été la responsabilité de l’UNHCR, le problème des réfugiés palestiniens aurait été résolu depuis longtemps. Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. Au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion. Démanteler l’UNWRA et faire de l’UNHCR l’agence responsable des réfugiés palestiniens mettrait fin à un obstacle majeur à la paix au Proche-Orient. »

Alors là, ça frôle le délire. Je passe sur votre solution pour la paix, à savoir démanteler l’UNRWA qui d’emblée annule le problème des réfugiés palestiniens. C’est comme si en France, un politique proposait d’annuler les chômeurs en démantelant Pôle emploi. Même si sur le papier, c’est simple comme bonjour. En pratique, c’est d’un tel degré de bêtise que ça frôle le ridicule. Surtout si l’on explique qu’il faudrait mieux que l’UNHCR s’en occupe, alors qu’en fait, ces deux institutions font le même travail. Avec des mandats pour le moins, sensiblement identiques.

Mais on comprend mieux là votre mode de pensée. En définitive, si l’on vide la définition même de réfugié palestinien comme vous le faites, si l’on modifie son mode de calcul comme vous le souhaitez, ou mieux si l’on incombe le problème aux pays d’accueil qui font mal leur boulot, effectivement, il ne resterait plus beaucoup réfugiés palestiniens aujourd’hui…à la condition comme vous l’ajoutez, que les premiers réfugiés palestiniens, ceux de 1948, veuillent bien mourir à une vitesse raisonnable. C’est comme cela que j’ai compris votre phrase : « Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. ». Je me demande enfin à quoi ressemble vos cours de relations internationales, quand l’on est capable dans la tribune d’un journal, de déclarer cette ineptie en parlant des réfugiés palestiniens, « au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion». Allez demander aux Libanais chrétiens et sunnites, aux Jordaniens hachémites, aux Syriens alaouites ce qu’ils pensent des réfugiés palestiniens…vous n’êtes pas prêt d’entendre des louanges fraternelles.

Voilà, j’espère que ces informations intéresseront des lecteurs de la tribune d’Emmanuel Navon…Voilà ce que certains « experts » sont capables de dire dans un journal, sans observer la moindre rigueur. Et dans « Le Monde », excusez du peu.  Le professeur de relations internationales comme il aime à se présenter au début de sa chronique, a oublié de vous dire quelque chose. S’il est bien professeur, il est surtout en campagne pour les prochaines législatives, engagé sous la bannière du Likoud, le parti du premier ministre Binyamin Netanyahu. Nul doute qu’à défaut d’avoir fait honneur à son métier, il a plu à ses futurs électeurs.

Alain Pirot et Coraline Salvoch

Le 25 janvier, les Egyptiens fêtent l’anniversaire du lancement de leur révolution. C’était il y a un an, et cela semble hier, tant les égyptiens sont déçus du peu de changements entrevus depuis un an. Middle East 2.0 était sur place au Caire, il y a quelques jours, pour recueillir l’opinion des citoyens. Entre amertume et envie d’en découdre de nouveau, ils nous livrent leurs impressions.

Production Middle East 2.0 / Réalisation : C.Salvoch / Présentation : A.Pirot

Il y a un an tout juste, elle était l’emblème de la révolution égyptienne contre le régime de l’ancien président Hosni Moubarak. Douze mois plus tard, la place Tahrir est en passe de devenir le centre des désillusions. Ils ne sont, d’ailleurs plus qu’une poignée d’Egyptiens, à y camper dans des tentes insalubres. En général, des chômeurs et des familles désœuvrées, venus appâter les quelques touristes avec une tasse de thé ou un paquet de mouchoirs.  La place Tahrir est à bout de souffle. En témoigne les amas de décombres et de déchets, qui jonchent la voie. Et les trois rues adjacentes, bloquées par des gigantesques murs de bétons, résultat des dernières manifestations de novembre dernier, qui ont fait près de 17 morts et 500 blessés.  Malgré tout, certains activistes comme Magdi, continue de militer pour la révolution. « Si nous sommes là, s’exclame-t-il, c’est pour montrer au gouvernement qu’il ne faut pas nous oublier. Le changement ne fait que commencer, il faut continuer à nettoyer le pays. En finir avec l’héritage laissé par Moubarak. » Un passé encombrant, qui continue un an après, de hanter les Egyptiens.

« C’est comme si Moubarak régnait encore! »

« Peu de choses ont réellement changé, ironise Sameh, les ministres ne sont plus les mêmes, mais les sous-ministres sont identiques. C’est comme si Moubarak régnait encore. » Pire, l’armée réinstalle la peur. Beaucoup de citoyens hésitent à témoigner à visage découvert. « Nous avons coupé la tête du serpent il y a un an, mais le corps du monstre est toujours là, installé à tous les étages. Le cancer se réinstalle progressivement, conclut Sameh. » Faut-il une nouvelle révolution ? « Non, trop de sang a déjà été versé », soupire Issra,  fervente militante de la place Tahrir, en 2011. « Nous voulions des élections, nous les avons obtenues. Et même si la victoire des islamistes déçoit nombre d’entre nous, c’est la règle du jeu. Il faut désormais de la patience », plaide sans trop y croire la jeune femme. Elle envisage d’ailleurs de quitter l’Egypte pour l’Amérique du sud : « L’avenir est trop incertain ici. »  Zeinab, une de ses amies, commente : « L’armée a promis de redonner le pouvoir au peuple après l’adoption d’une nouvelle constitution. Mais là aussi, on ne se fait plus d’illusions. Notamment quand on voit le traitement réservé aux femmes et aux manifestants ces dernières semaines ».

« Le gros souci, plaide Gamal Zayda, rédacteur en chef du quotidien Al-Ahram, c’est que les partis nés après la révolution,  sont exclus du jeu politique aujourd’hui. Et ont le sentiment qu’on leur vole leur avenir. » Que feront-ils, le 25 janvier prochain, date du premier anniversaire du début du soulèvement populaire ? Beaucoup l’ignorent. Issra, quant à elle, restera chez elle. Elle prédit une « catastrophe », sûre qu’il y aura des affrontements « très violents entre manifestants et l’armée ». Une vidéo circule en tout cas sur internet en Egypte depuis plusieurs semaines, appelant à une nouvelle révolution. Un an après, l’histoire bégaye dangereusement.

Alain Pirot et Coraline Salvoch

Pression religieuse, ségrégation officieuse, autocensure des acteurs économiques et politiques… Pas toujours évident d’être une femme et de faire entendre sa voix dans certaines villes d’Israël. Le pays pointe d’ailleurs désormais au 55e rang du Global Gender Gap Index, publié par le Forum économique mondial, qui mesure les différentiels femmes-hommes. L’Etat hébreu se retrouve dorénavant derrière la Mongolie, le Kirghizistan et la Namibie.

Quiconque arrive à Jérusalem par la gare routière est frappé par le côté ultra-religieux de la ville. Les hommes arborent de grands manteaux noirs, de grands chapeaux, les femmes, toutes en jupes, ont les cheveux voilés ou encore recouverts par une perruque. Ici la foi religieuse envahit complètement l’espace public. Dans le centre de la ville, la pression se fait plus discrète mais pour autant, les écolières arborent toutes des jupes et des chemisiers amples, les étudiantes portent des manches longues, les jeans se font discrets… Simple respect de codes religieux très stricts, certes, mais pas seulement.

Les femmes rendues invisibles

Il faut dire qu’à Jérusalem, les communautés ultra-religieuses, autrefois cantonnées au quartier isolationniste et ultra-conservateur de Mea-Shearim, ne cessent de s’agrandir. Le développement est tel que ces mouvances sont représentées par un adjoint au maire et que les codes prônés par ces communautés ont largement dépassé les quartiers traditionnels.

Ainsi, alors que la ville compte près de 800 000 habitants, les panneaux publicitaires sont rares. Et pour cause, les visages des mannequins, principalement des femmes, sont tagués, les yeux recouverts de feutres noirs, les pancartes déchirées… Du vandalisme systématique qui a entraîné une autocensure des annonceurs.

Plus inquiétant encore, sur certaines lignes des transports publics, les bus sont divisés en deux zones de manière officieuse : l’avant est réservé aux hommes, les femmes et les enfants s’assoient à l’arrière. Et toutes celles qui refusent de se plier à ce chantage sexiste risquent bien plus que de simples remarques…

Le 28 décembre dernier, une jeune militaire a été menacée et violentée par des « hommes en noir » parce qu’elle refusait de s’asseoir au fond. « Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, confie-t-elle au journal Haaretz. J’ai même déjà été jetée dehors une fois que le bus était juste arrivé à mon arrêt. »

Plus tôt cet automne, c’est au sein de l’armée que les femmes avaient été victimes de discrimination. Interdites de chanter et de danser sur scène pour ne pas heurter les militaires les plus religieux, les femmes ont également dû faire bande à part lors de cérémonies religieuses.

L’exemple de Bet Shemesh

Cette petite ville, située entre Jérusalem et Tel-Aviv fait face depuis plus de six mois à une guerre virulente opposant la communauté à majorité orthodoxe à celle des ultra-orthodoxes, les Haredi (les « craignant-Dieu »). La pression exercée par cette frange de la population est telle que les femmes n’ont pas le droit d’emprunter certains trottoirs. Ils ont également arrêté la construction d’un centre commercial ou encore d’une route. Les chantiers sont à l’abandon.

Aujourd’hui, les ultra-orthodoxes saccagent les écoles, perturbent les cours et radicalisent les écoles religieuses. Dernier exemple en date : un groupe de parents d’élèves a voulu interdire aux pères d’assister aux spectacles de fin d’année de leurs petites filles.

C’est le lynchage d’une jeune adolescente, au début de l’automne, qui a mobilisé les parents contre cette radicalisation. Elève d’une école religieuse, elle a été frappée et molestée par une bande d’ « hommes en noir ». Elle ne doit son salut qu’au secours de voisins qui l’ont tirée d’affaire. Motif de l’agression : sa tenue n’était pas assez « modeste », comprenez, dans le langage orthodoxe, elle ne couvrait pas assez son corps.

Ces faits ont pris une nouvelle ampleur avec le témoignage fin décembre, sur la chaîne privée, Aroutz 2, d’une petite fille de 8 ans. Naama Margolis refuse d’aller à l’école à pied par peur des représailles. Elle s’est fait régulièrement cracher dessus et insulter. Là encore, sa tenue est remise en question. Pourtant élevée dans une famille orthodoxe américaine, la jeune élève semble bien loin des clichés de la lolita avec son pull à manches longues et sa longue jupe en jean.

Des « burqas juives » dans la rue

Cette folie de la « modestie » des femmes va même parfois plus loin. Dernière mode en date : la « burqa juive ». Légèrement différente de celle portée dans les pays musulmans, la burqa « ultra-orthodoxe » est composée d’une longue robe noire et d’un poncho recouvrant la tête, le visage, le cou et les épaules de la femme. Elle est apparue au sein d’un groupe sectaire de Bet Shemesh où même les petites filles son amenées à la porter. Aujourd’hui, même si la tenue est encore très décriée, il n’est plus rare de croiser des « dames en noir » dans les quartiers très conservateurs de Jérusalem.

Attention, pour autant, cette radicalisation n’est pas le refletde la société israélienne. Le pays est morcelé entre différentes cultures et traditions. Sur la côte, à Tel-Aviv ou Eilat, la réalité n’est pas la même. Ici, le tourisme et la culture occidentale dictent le quotidien. Qui plus est, Israël est une démocratie et prône l’égalité des sexes. De nombreuses affaires sont ainsi présentées devant la justice. Régulièrement des « hommes en noir » sont condamnés pour des cas de harcèlement.

La société civile s’est quand à elle, emparée du débat. Elle tente de répondre œil pour œil, dent pour dent à l’arbitraire des « men in black ». Les militaires sont exclues des cérémonies religieuses et ne peuvent plus chanter sur scène, alors des concerts sont organisés en plein Jérusalem. Les femmes sont exclues de l’avant des bus. Conséquence, des militants envahissent les lignes qui desservent les quartiers religieux. Aucune femme sur les publicités. Des centaines de posters de femmes sont alors accrochés aux balcons. Les femmes de Bet Shemesh ne sont pas assez « modestes » pour partager la rue avec les hommes. Un flash-mob géant réunissant 250 activistes, laïques ou religieuses, est aussitôt organisé dans les rues du quartier.

Le problème est d’une telle ampleur que lorsque Tanya Rosenblit, une jeune étudiante de 28 ans, refuse de quitter son siège à l’avant de son bus, une ligne traditionnellement réservée aux religieux, on l’appelle la nouvelle Rosa Parks. Effarant quand on sait que le combat mené par l’Américaine contre la ségrégation raciale, était quand même d’une toute autre ampleur et surtout qu’il a eu lieu en 1955.

Coraline Salvoch – EGALITE