L’incroyable échec du vote des députés de l’étranger

Publié: juin 21, 2012 dans Analyses, Reportages

Tout le monde s’est bien gardé d’en parler dimanche dernier sur les plateaux de télévision. Et pourtant, il y avait beaucoup à dire… sur les premières élections législatives des députés de l’étranger. Même la Gauche qui peut se targuer d’avoir remporté 8 des 11 circonscriptions se garde bien de tout commentaire élogieux sur le sujet. Car le bilan de cette première, c’est avant tout un grand fiasco démocratique. Certes, on pourra toujours dire que les abstentionnistes ont toujours tort, mais à y regarder de plus près, on pourra concéder qu’on ne les y a pas vraiment encouragés. Explications.

Une participation chaotique.

Au soir du 2ème tour, ils étaient nombreux en France, à se lamenter  que l’abstention dépasse les 40%. On retiendra notamment ce commentaire, dans le Nord, du député Bernard Roman : « Quand des citoyens se déconnectent du choix de la construction de leur avenir, on avance vers le chaos ». Eh bien, imaginez sa réaction en regardant le vote des français de l’étranger, puisqu’ici, l’abstention a atteint le chiffré épique de 79,22%. La palme du plus grand absentéisme revenant à la circonscription consulaire de Haïfa en Israël avec 5,1% de votants, au coude à coude avec Annaba en Algérie et Tripoli en Libye (6,7% de votants). On concèdera que les Français installés à l’île Sainte-Lucie dans les Antilles ont fait mieux avec 7,8% de votants.

Consulat de France à Jérusalem, 3 juin 2012, premier tour des élections législatives des Députés de l’étranger. Crédit Photo MiddleEast2.0.

Il y a tout de même quelques élèves plus assidus : Riga en Lettonie avec 48,5% de votants, Tirana en Albanie avec 50,9%, Tachkent en Ouzbékistan avec 57,8%…La Marianne d’or de la participation revenant à Chisinau en Moldavie où 35 citoyens français ont rempli leur devoir civique, portant la participation à 63,6%.   On peut d’ailleurs féliciter les concepteurs de cette élection d’avoir mis en place le vote électronique par internet. Et même si ce dernier n’a pas été sans problème, on imagine le score final s’il n’avait pas existé.

En définitive, la participation la plus active  restera celle enregistrée dans la 11ème circonscription, celle remportée par l’UMP Thierry Mariani, celle où le soleil ne se couche presque jamais qui va de Moscou à Sydney, parfaitement ciselée pour un ancien ministre des Transports.

Les raisons d’un désaveu.

Les circonscriptions obéissant toutes à des contextes différents, difficile de trouver des causes générales pour expliquer ce faible engouement. Notre analyse est évidemment animée par la campagne vécue dans la 8ème circonscription, celle regroupant l’Italie, la Grèce, Saint-Marin, le Vatican, Malte, Chypre, Israël et les Territoires Palestiniens.

Carte des circonscriptions des députés de l’étranger, crédit le Parisien – Aujourd’hui en France.

Même si le découpage est toujours un jeu compliqué, on se doit évidemment de mentionner quelques incohérences. Les citoyens, les premiers, n’ont goûté à ce découpage qu’avec  perplexité. Se demandant parfois comment la Papouasie / Nouvelle-Guinée pouvait avoir les mêmes problématiques que l’Ukraine. En fait, le découpage a obéi non pas seulement à des critères démographiques, mais surtout à une règle de pôles incontournables. Autour desquels les autorités ont ajouté d’autres pays pour faire le nombre. Ainsi, dès le départ, il était dit qu’il y aurait une circonscription autour de la Suisse, du Bénélux, des Etats-Unis, de l’Espagne, du Maghreb, et d’Israël. Des entités où les autorités se garderaient bien de « mélanger les torchons et les serviettes ». Ainsi, autour d’Israël, on aurait pu ajouter la Jordanie, le Liban, pour respecter critères démographiques et géographiques. Mais comme le découpage fut notamment supervisé par Daphna Poznanski, candidate PS franco-israélienne installée à Tel-Aviv, celle-ci compris très vite qu’il fallait mieux éviter ce cas qui empêcherait le futur député et surtout elle de pouvoir se déplacer dans la circonscription. Au départ, on avait même exclu les Territoires palestiniens de cette circonscription, mais là on comprit du côté des autorités, qu’on était peut-être allé un peu loin. On les y ajouta plus tard convaincu que les quelques 200 français installés du côté de Ramallah ne pèseraient pas lourd. Manque de chance pour Thierry Mariani, la 11ème circonscription a quant à elle obéit parfaitement à des critères démographiques. Vulgairement, comme tous les autres pôles avaient été constitués, on a mis tout ce qu’il était possible de mettre dans cette 11e zone pour faire le nombre. Péniblement, en rassemblant des pays qui vont de A comme Arménie à V comme Vietnam, on est finalement arrivé au chiffre de 78893 inscrits, soit l’un des plus faibles avec l’Amérique du Sud.

La « drôle de campagne » de la 8ème circonscription

Dans les colonnes du « Parisien-Aujourd’hui en France », dès le premier tour, on avait déjà largement commenté cette drôle de campagne de la 8e circonscription. Notamment l’attitude des candidats vis-à-vis des français installés dans les Territoires palestiniens (Voir ci-dessous). On a l’habitude dire que rien n’est jamais normal avec Israël et la Palestine. La règle a été respecté. Même si tous les candidats, les uns après les autres, se sont gardés auprès de nous d’avoir « fait une campagne communautaire », c’est indéniablement ce qui s’est produit.

Publication 4 juin 2012 dans les colonnes du Parisien – Aujourd’hui en France.

L’histoire retiendra quelques anecdotes savoureuses, une affaire d’espionnage entre candidats menée par l’intermédiaire d’une fausse journaliste venue en fait renseigner un autre candidat sur les propositions de ses adversaires. Un candidat FN, remplacé à la dernière minute, parce que jugé « trop pro-israélien » par sa direction. Il est vrai qu’il avait juré dans un message internet  « avoir à cœur de défendre dans l’hémicycle le Grand Israël et sa capitale éternelle, Jérusalem ». Enfin, un candidat dont le seul programme était de faire barrage à un autre candidat.

Finalement, tous les candidats jurent avoir vécu, comble d’ironie, « l’enfer dans cette campagne ». Sauf Daphna Poznanski, la candidate PS, la grande gagnante. Qui loin de s’égarer dans cette une querelle de petites phrases, a joué de sa discrétion. On aurait pourtant souhaité l’entendre lorsque que les autres candidats, Philippe Karsenty en tête, attaquaient les médias français, jurait que « les Territoires palestiniens sont occupés par les Arabes illégalement ». En restant en dehors de tout cela, elle ne s’est pas exposée. Choisissant plutôt de mettre en valeur son bilan de représentante des français de l’étranger quand la candidate UMP s’épuisait dans les polémiques, les petites phrases.  C’est là ce qui lui a permis de gagner. Mais le climat de cette campagne ne laisse rien augurer de bon.

Et l’on ne s’étonnera pas que les électeurs aient boudé les urnes. A Ramallah, au deuxième tour, il n’y avait que huit bulletins dans l’urne. Notamment 5 blancs et un nul….

                                                                                    Alain Pirot

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