L’Armée Libre Syrienne, les raisons d’un échec

Publié: avril 19, 2012 dans Analyses, Reportages

Reportage réalisé en Jordanie, sur les rebelles de l'armée syrienne libre, publié le 10 avril 2012 dans le Journal Le Parisien - Aujourd'hui en France

C’était il y a plus d’un an, désormais. La presse mondiale commençait à s’enthousiasmer des premières victoires obtenues par les rebelles de l’Armée Libre Syrienne. Certains rêvaient déjà d’un scénario, identique à celui de la Libye. Mais c’était oublier la force de réaction du régime de Bachar Al-Assad. Même si de nombreux résistants rêvent encore de la « marche sur Damas », ils savent aussi que la route est encore longue. Et qu’à l’horizon se profile plus que jamais… le scénario d’une guerre civile, semblable à celle du voisin irakien. Reportage en Jordanie. 

Les occidentaux ont-ils surestimé les forces de l’Armée Libre Syrienne (ALS) ? « Oui, sans nul doute ! », soupire un diplomate français. Début 2012, des leaders de la rébellion prédisaient pourtant « une marche imminente sur Damas ». Aujourd’hui, c’est tout juste si Mosab, jeune homme intronisé porte-parole, ose espérer « la chute d’Assad d’ici moins d’un an ». La perte des bastions tenus par les insurgés, Homs en tête, a refroidit l’enthousiasme. Et comme pour mieux sonner les esprits, le pouvoir en place a annoncé le 31 mars dernier que « la bataille pour faire tomber l’Etat en Syrie était terminée une fois pour toutes ». Même si sur le front, on continue de se battre, faisant grimper le bilan des victimes à plus de 10000 morts,  la défaite de l’ALS semble inéluctable.

Réfugiés dans un camp en Jordanie, des déserteurs de l’armée syrienne, désormais engagés dans la résistance, tentent de faire bonne figure. « Jamais notre moral n’a été aussi haut, exulte Muhamad, organisateur improvisé de l’insurrection. Au bout du fil, un partisan lui transmet les dernières nouvelles. « Nous tenons un nouveau village près de Deraa. » Le sourire revient.  Bientôt un nouveau coup de fil pour dire cette fois que… « les hommes battent en retraite ».

Une rébellion divisée

La résistance n’est plus qu’un gigantesque gruyère. Personne ne sait aujourd’hui combien d’hommes compte l’ALS. « Entre 20000 et 40000, selon son chef, le colonel Riad Assad, réfugié en Turquie ». La plupart sont des déserteurs, certains de simples civils comme Muhammad, photographe de mariages avant la guerre. L’ALS est plus un label qu’une organisation. « Tout le monde agit à guise, admet Mosab, le porte-parole. Très peu de résistants respectent les ordres venus du commandant Riad Al Assad». Dans le sud, on compterait ainsi près d’une vingtaine de groupes, estampillés ALS. Même chose dans le Nord, à Idlib. Aucun ne communique avec les autres. « Quand un colonel déserte de l’armée régulière et rejoint la résistance, confie Muhammad, bien souvent il ne veut pas reconnaitre l’autorité d’un capitaine, arrivé avant lui. Conséquence, chacun forme son équipe. » Pour ajouter à la confusion, certains groupes sont financés par les Frères musulmans, par les salafistes, ou par des pays étrangers, d’autres se veulent laïques.

Un armement artisanal

Dans ces conditions, aucun pays ne souhaite armer massivement les rebelles. Le Qatar, l’Arabie Saoudite y sont favorables, mais « nous les en dissuadons, commente une source diplomatique. En cas de victoire, nous ne pourrions pas à récupérer ces armes Ce serait le chaos. » Du matériel américain et britannique, laissé sur place en Irak est bien entré en Syrie. Mais il est insuffisant. Conséquence, sur le terrain, en l’absence de frappes aériennes occidentales comme en Lybie, les chars de Bachar Al-Assad ne font qu’une bouchée des rebelles, juchés sur leurs motos, avec une roquette dans la main et une kalachnikov dans l’autre. De plus, les déserteurs venus gonfler les rangs de la révolution sont bien souvent dénués de formation au combat. «Beaucoup faisaient du renseignement, de l’intendance, admet Mosab. » Même le colonel Riad Assad, chef de l’insurrection, s’occupait avant…d’informatique.

Vers une nouvelle stratégie

« Nous ne reproduirons plus l’erreur de Homs, à savoir concentrer beaucoup de rebelles dans une même zone, commente Muhamad ». « Nous voulons désormais des opérations de qualité contre les centres sensibles, renchérit Mosab ». Dans le jargon de la rébellion, cela signifie enlèvements ou meurtres de personnalités, attaques surprises de casernes et attentats à la bombe. Insufflée par des groupes djihadistes, la nouvelle stratégie des rebelles  veut accélerer les divisions et les départs dans l’entourage de Bachar Al-Assad en alimentant la peur. Une stratégie qui n’est pas sans choquer de nombreux partisans. « Nous voulions une révolution pacifique, commente Fateh, médecin de 20 ans. Mais la situation ressemble de plus en plus à l’Irak. Nous voulions un printemps arabe, mais nous parlons désormais de chiites, sunnites, alaouites. Il ne faut plus se voiler la face. La révolution est finie, et j’ai peur que c’est une guerre civile qui commence… »

Alain Pirot  

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