Gaza / Qui a éteint la lumière ?

Publié: mars 4, 2012 dans Enquêtes, Reportages
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C’est une image qui en dit long sur le blocus imposé à la bande de Gaza. Quand la famille de Fathi, installée dans le quartier de Sheikh Jari à Gaza city, allume un feu de bois improvisé en guise de chauffage, la centrale électrique d’Ashkelon, ville israélienne situé à moins d’une dizaine de kilomètres, crache de l’autre côté, une fumée blanchâtre ininterrompue. A la tombée de la nuit, les bougies des uns tentent de rivaliser avec les lampadaires des autres. Sans succès. Ce mercredi, la maison de Fathi où loge près d’une vingtaine de personnes n’a reçu que 5 heures d’électricité. Dans l’indifférence générale, les Gazaouis vivent l’un des hivers les plus durs, recensés dans la petite bande côtière. Privés d’électricité, privés d’essence pour alimenter les groupes électrogènes, privés de chauffage…alors que les pluies abondantes et le froid persistent dans la région. Il existe pourtant une centrale électrique dans la bande de Gaza. Mais cette dernière a tout aujourd’hui d’un paquebot échoué sur le sable. Résultat de plusieurs années de guerre et de blocus, des décisions prises par les dirigeants du Hamas et des atermoiements dans la réconciliation inter-palestinienne. 

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Ce mercredi, le foyer de Fathi, installé dans la banlieue de Gaza city, n’a reçu que cinq heures d’électricité. La pénurie d’essence ne permet pas de faire marcher les générateurs. Conséquence, de nombreuses familles s’éclairent à la bougie.

Dispositif. Sur le papier, la bande de Gaza est approvisionnée en électricité par trois sources : la centrale électrique de Gaza, la compagnie israélienne d’électricité (CIE) et la compagnie égyptienne d’électricité. «Sur le papier, la répartition est la suivante, calcule Rafiq Maliha, directeur de la centrale de Gaza.140 Mégawatts venant de la centrale, 120MW achetés à Israël, et 22MW en provenance d’Egypte. » Voilà pour la théorie, car aujourd’hui, moins de 50% des besoins sont en fait couverts. La faute à plusieurs problèmes.

Blocus. Le 28 juin 2006, deux jours après l’enlèvement du caporal Guilad Shalit, la centrale électrique de Gaza était bombardée par l’aviation israélienne. La plupart des transformateurs furent détruits. Problème, depuis cette date, l’installation n’a pu qu’être partiellement restaurée à cause du blocus israélien, mis en place à la même époque. Des ingénieurs ont été refoulés à la frontière. Des pièces nécessaires à la maintenance ne sont jamais arrivées à destination. Conséquence, la centrale ne fonctionne qu’à 40% de sa capacité initiale…à condition qu’elle soit ravitaillée en carburant. Mais ce dernier est lui aussi restreint à cause du blocus. Seuls 2 millions de litres d’essence sont autorisés à passer chaque mois par Israël, à travers le terminal de Kerem shalom. « Or, soupire Ahmed Chawa, le président du comité de coordination pour l’essence à Gaza, l’enclave aurait besoin de 13 millions de litres par mois pour vivre. Nous avons négocié avec Israël, mais nous avons seulement obtenu une rallonge de… 500000 litres.» Pour faire face au blocus, une solution avait été trouvée avec les tunnels creusés sous la frontière égyptienne. Ces ceux-là mêmes qui ravitaillent la centrale électrique. Seulement, depuis plusieurs semaines, l’Egypte a fermé le robinet en amont. Les contrebandiers n’arrivant plus à se fournir, c’est la panne sèche. Le nouveau pouvoir égyptien est prêt à ravitailler en quantité suffisante la bande de Gaza, à condition que cette dernière soit prête à payer le prix international…six fois plus élevé que le prix des tunnels. Et que l’essence ne circule plus dans les fameux tunnels. Telle est l’équation qui attend toujours d’être résolue à l’heure actuelle. Quant à l’électricité fournie par Israël et l’Egypte, elle n’arrive pas dans les foyers gazaouis. « A cause du blocus, et faute du matériel nécessaire, la maintenance adéquate n’a pu être effectuée sur les lignes frontalières, conclut Rafiq Maliha.»

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Privée d’essence pour alimenter les turbines, la centrale électrique de Gaza ressemble à un paquebot échouée. Les camions sont à l’arrêt. Les groupes électrogènes des habitants sont à l’arrêt. Rafiq Maliha, le directeur de la station, prédit déjà « un black-out total », l’hiver prochain.

Les responsabilités du Hamas. A Gaza, une maison cristallise les tensions sur la question de l’électricité. Celle du premier ministre Ismaël Hanyeh, le leader du Hamas. Située en bord de mer, ravitaillée par un énorme groupe électrogène, protégé par des blocs de béton, la bâtisse semble à l’abri des soubresauts du quotidien. Les responsabilités du mouvement islamiste dans la crise de l’électricité sont avérées. Elles sont notamment d’ordre financier. Fin 2009, l’Union européenne qui finançait, faveur accordée à l’Autorité palestinienne depuis janvier 2006, les litres de carburant nécessaires au fonctionnement de la centrale de Gaza, interrompt son financement. Le Hamas doit alors payer le carburant à l’Autorité palestinienne. Il existe à Gaza, une société semi-privée qui doit collecter l’argent des Gazaouis, en paiement des factures d’électricité. Même si selon des données officieuses, seul un habitant sur deux s’acquitte de cette obligation, le Hamas, lui, n’a jamais ou partiellement reversé l’argent collecté à l’Autorité palestinienne. Résultat de la brouille qui perdure entre le pouvoir de Ramallah et le Hamas. « Conséquence pratique de cette querelle inter-palestinienne, le déficit se creuse chaque jour un peu plus, commente Rafiq Maliha. La centrale ne pouvant plus payer son carburant comme il se doit, la production baisse inexorablement.»  Et rien ne laisse entrevoir une éclaircie à l’horizon. A la centrale de Gaza, on prédit déjà « un black-out total pour 1,5 millions de Gazaouis ». Pendant l’offensive israélienne « Plomb durci » fin décembre 2008,  beaucoup d’habitants s’étaient étonnés d’être parvenus à vivre 12 jours de suite sans électricité. Il est à craindre que ce triste record soit battu l’hiver prochain.

Alain Pirot

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commentaires
  1. mohammad dit :

    Et pourquoi on a éteint la lumière?

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