Réfugiés palestiniens – L’incroyable tribune du « professeur » Emmanuel Navon dans Le Monde

Publié: février 9, 2012 dans Analyses, Uncategorized

Crédits (DR)

Professeur de relations internationales à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv, Emmanuel Navon est un homme à la mode. Un de ces « experts »  – comme on aime à dire dans les  rédactions, qui une fois passé le cap de la première intervention, devient soudainement incontournable. L’homme étant réputé facile à joindre, son téléphone s’échange aisément entre journalistes. En somme, un « bon client ». Mais à première vue, le « bon client » s’est quelque peu égaré. Pour ne pas dire, fourvoyé. Et pas  n’importe où, puisque que c’est dans la rubrique « Idées » du journal « Le Monde », daté du 7 février 2012, que le « professeur » nous fait part de sa dernière analyse.

Dans cette tribune, Emmanuel Navon vient nous éclairer sur le blocage du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Et nous dire haut et fort, pourquoi « diplomates et journalistes européens », ont tout faux. Depuis des semaines, on vous explique à longueur de colonnes que c’est la colonisation israélienne sur les terres de Cisjordanie qui pose problème. Faux, répond le « professeur »,  « l’un des principaux obstacles à la paix entre Israël et les Palestiniens est la question des réfugiés». Sur ce point, il a en partie raison. A chacune des conférences de la paix, les leaders palestiniens, Yasser Arafat en tête, ont toujours opposé le  droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres d’origine comme l’un des points fondamentaux d’un possible accord de paix. En principe, si ce droit était accepté, cela consisterait à ce que tous les Palestiniens chassés ou partis volontairement de leur maison après la première israélo-arabe de 1948, qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés en Palestine, au Liban, en Syrie et en Jordanie, aient la possibilité de revenir dans leurs maisons d’origine. Cela représente aujourd’hui près de 7 millions de personnes. Seulement voilà, à chaque entrevue, Israël répond par un « non » catégorique, pour une raison toute simple. Une raison que nous conte d’ailleurs avec poésie dans sa tribune Emmanuel Navon : « Sous couvert de l’euphémisme humanitaire de « droit au retour, » les Palestiniens veulent envahir Israël avec sept millions d’immigrants. » On a connu des « professeurs » plus polis. Enfin, passons sur ce détail, car le plus intéressant arrive.

En effet, pour régler ce problème des réfugiés, Emmanuel Navon a sa solution. En l’occurrence quelques tours de passe-passe, qui allie la malhonnêteté intellectuelle  au manque de clairvoyance.

Tout d’abord, plaide-t-il, « Le « droit au retour » perdure entre autre à cause de l’UNRWA (l’office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), et ce pour deux raisons. D’abord parce que la mission de l’UNRWA (contrairement à la mission du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ou UNHCR) n’est pas d’intégrer les réfugiés palestiniens dans leurs pays d’accueil mais au contraire de subventionner leur vie de réfugiés. Ensuite, parce que l’UNRWA applique la définition de « réfugié » aux descendants des réfugiés, tandis que l’UNHCR (qui est en charge de tous les réfugiés du monde à l’exception des réfugiés palestiniens) limite cette définition aux réfugiés eux-mêmes. »

L’UNRWA a été créé en 1948, juste après la première guerre israélo-arabe. L’agence vient en aide aux réfugiés palestiniens (nourriture, logement, éducation…). A l’origine, elle devait être provisoire. Mais sur place, notamment à Gaza, il suffit d’ouvrir les yeux quelques secondes pour comprendre que cette institution est indispensable. Sinon la situation sociale et humanitaire, déjà compliquée, deviendrait catastrophique, pour ne pas dire explosive. Seulement, pour Emmanuel Navon, l’UNRWA fait mal son boulot. « Au lieu d’intégrer les réfugiés dans leur pays d’accueil, elle ne fait que les subventionner ». Pire, elle fabrique trop de réfugiés selon lui, puisque l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés comme des réfugiés….au contraire de l’UNHCR qui elle, intègre les réfugiés dans leurs pays d’accueil.

Sincèrement, Mr Emmanuel Navon, on se demande bien où vous avez lu tout ça. L’UNRWA, comme l’UNHCR, n’ont jamais eu pour mission d’intégrer les réfugiés dans leurs pays d’accueil. Ces deux agences ont pour mission de venir en aide aux réfugiés, obligés de quitter leur pays à cause d’une guerre ou d’un incident climatique. Et de faciliter leur retour chez eux. Je vous renvoie aux résolutions de l’ONU pour mieux cerner leurs missions. D’ailleurs, elles se garderaient bien d’intégrer les réfugiés dans leurs  pays d’accueil, car je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’intégrer un réfugié palestinien au Liban, ou un réfugié rwandais au Burundi…c’est paraît-il, selon nos sources, un vrai casse-tête…..sic. C’est vrai, je vous l’accorde, l’UNRWA comptabilise les enfants de réfugiés palestiniens, comme des réfugiés. Je vous rassure, ce n’était pas prévu à l’origine. Le premier mandat de l’UNRWA avait une durée de trois ans. Mais comme Israël a refusé que ces réfugiés reviennent, que cela dure depuis plus de 60 ans,  et que les pays d’accueil ne voulaient pas en faire leurs citoyens, il a fallu faire ainsi. Conséquence, ils sont 7 millions aujourd’hui ! Je sais que cela vous déplait, vous le dites d’ailleurs juste après : « Du fait de ces différences de missions et de définitions, le nombre de réfugiés dans le monde a décru de soixante millions en 1947 à dix-sept millions aujourd’hui, tandis que le nombre de « réfugiés palestiniens » a accru de six-cent mille en 1948 à sept millions aujourd’hui. » Drôle de paradoxe en effet, même si je dois vous corriger une nouvelle fois, car je ne sais pas où vous êtes allé chercher le chiffre de 17 millions…puisque l’UNHCR, haut commissariat pour les réfugiés, s’occupe aujourd’hui – c’est sur la première page de son site internet – de 33,9 millions de personnes. Vous me direz que vous n’êtes plus à une approximation près.

Mais je garde le meilleur pour la fin, vos paroles en l’occurrence. « Si les réfugiés palestiniens, comme le reste des réfugiés dans le monde, avaient été la responsabilité de l’UNHCR, le problème des réfugiés palestiniens aurait été résolu depuis longtemps. Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. Au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion. Démanteler l’UNWRA et faire de l’UNHCR l’agence responsable des réfugiés palestiniens mettrait fin à un obstacle majeur à la paix au Proche-Orient. »

Alors là, ça frôle le délire. Je passe sur votre solution pour la paix, à savoir démanteler l’UNRWA qui d’emblée annule le problème des réfugiés palestiniens. C’est comme si en France, un politique proposait d’annuler les chômeurs en démantelant Pôle emploi. Même si sur le papier, c’est simple comme bonjour. En pratique, c’est d’un tel degré de bêtise que ça frôle le ridicule. Surtout si l’on explique qu’il faudrait mieux que l’UNHCR s’en occupe, alors qu’en fait, ces deux institutions font le même travail. Avec des mandats pour le moins, sensiblement identiques.

Mais on comprend mieux là votre mode de pensée. En définitive, si l’on vide la définition même de réfugié palestinien comme vous le faites, si l’on modifie son mode de calcul comme vous le souhaitez, ou mieux si l’on incombe le problème aux pays d’accueil qui font mal leur boulot, effectivement, il ne resterait plus beaucoup réfugiés palestiniens aujourd’hui…à la condition comme vous l’ajoutez, que les premiers réfugiés palestiniens, ceux de 1948, veuillent bien mourir à une vitesse raisonnable. C’est comme cela que j’ai compris votre phrase : « Des six-cent mille réfugiés de 1948, quelque cent-mille seraient encore en vie aujourd’hui. ». Je me demande enfin à quoi ressemble vos cours de relations internationales, quand l’on est capable dans la tribune d’un journal, de déclarer cette ineptie en parlant des réfugiés palestiniens, « au lieu d’être ségrégués dans des camps, ils seraient des citoyens à part entière de pays dont ils partagent l’appartenance ethnique, la langue, et la religion». Allez demander aux Libanais chrétiens et sunnites, aux Jordaniens hachémites, aux Syriens alaouites ce qu’ils pensent des réfugiés palestiniens…vous n’êtes pas prêt d’entendre des louanges fraternelles.

Voilà, j’espère que ces informations intéresseront des lecteurs de la tribune d’Emmanuel Navon…Voilà ce que certains « experts » sont capables de dire dans un journal, sans observer la moindre rigueur. Et dans « Le Monde », excusez du peu.  Le professeur de relations internationales comme il aime à se présenter au début de sa chronique, a oublié de vous dire quelque chose. S’il est bien professeur, il est surtout en campagne pour les prochaines législatives, engagé sous la bannière du Likoud, le parti du premier ministre Binyamin Netanyahu. Nul doute qu’à défaut d’avoir fait honneur à son métier, il a plu à ses futurs électeurs.

Alain Pirot et Coraline Salvoch

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commentaires
  1. C. Bendavid dit :

    Navon a raison, mais…
    L’UNHCR ne considère pas que les descendants de réfugiés, sont eux-mêmes des réfugiés et qu’ils devraient bénéficier de ce statut avec tout ce que cela implique (droit au retour…)
    D’ailleurs, les descendants des Allemands qui ont été expulsés des Sudètes ou de Pologne après la Seconde Guerre mondiale, les descendants d’Albanais expulsés de Grèce à la même époque, et les descendants de ceux qui ont été déplacés lors de la partition de l’Inde, ne jouissent pas du statut de réfugiés.
    D’ailleurs, selon le HCR, dès qu’un réfugié acquiert la citoyenneté d’un pays tiers, il perd automatiquement son statut de réfugié.
    Par contre, d’après l’UNRWA qui est en charge des réfugiés palestiniens, même les arrières-petits enfants de réfugiés, restent des réfugiés.
    Les Palestiniens sont les seuls réfugiés du monde à pouvoir transmettre leur statut de génération en génération.
    La destruction d’un pays par l’arme démographique ne s’est jamais vu dans l’histoire, et toute personne sensée, ne peut s’attendre à ce que les Israéliens acceptent cela.
    S’il est vrai qu’Israel a une dette morale envers les réfugiés palestiniens, et que les Palestiniens sont en droit d’exiger excuses ou compensations de la part d’Israel, utiliser ce fameux «droit au retour» pour faire d’Israel un pays majoritairement arabe.

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