Portrait de Ramzi Aburedwan, publié dans le quotidien Ouest-France

Publié: février 1, 2012 dans Uncategorized

Portrait, publié dans le quotidien Ouest-France / jeudi 26 janvier 2012

PORTRAIT. Il est surement le seul Palestinien du Proche-Orient, à connaître aussi bien la ville d’Angers. Le seul aussi à parler avec tant d’affection, « de son château, des ses murailles, comme si c’était hier ». Et pour cause, Ramzi Aburedwan, le chef d’orchestre et créateur, de l’ensemble national de musique arabe de Palestine,  a séjourné sept ans durant dans la cité angevine. Sept années où il a pu apprendre sur les bancs du conservatoire, la musique, le solfège et l’alto, sa spécialité. Entré en 1998, « en ne parlant pas un seul mot de français », il en sort avec les honneurs en 2005. Avec autour du cou, trois médailles d’or, en solfège, musique de chambre et alto. Un incroyable destin, érigé aujourd’hui en exemple pour des dizaines de jeunes palestiniens.

Gamin, il jette des pierres sur les soldats

Le virtuose vit aujourd’hui à  Ramallah, capitale des territoires palestiniens. Il y a même fondé sa propre école musique, appelée « Al Kamandjati » (le violoniste en arabe).  C’est là qu’il nous donne rendez-vous, au cœur de la vieille ville. « Je suis né loin de là, s’amuse-t-il, en pointant du doigt le camp de réfugiés Al-Amari ». Au début des années 80, c’était le dernier endroit sur terre pour apprendre la musique. En 1987, Ramzi est déjà célèbre grâce à une photo où on le voit, gamin, lancer des pierres contre des soldats israéliens. Le cliché fait le tour du monde. Un symbole. Son meilleur ami est tué. Sa famille craint alors qu’il lui arrive le même sort. « On m’attachait à la chaise pour que je n’aille pas manifester, sourit aujourd’hui Ramzi. » Idée judicieuse, car à 17 ans, le destin du jeune palestinien, devenu distributeur de journaux, bascule. « Au hasard d’une rencontre avec un professeur de musique »,  on décèle son don. « Il savait que j’étais très motivé, j’ai essayé l’alto, je n’ai jamais arrêté ».  « Talentueux sans le savoir », confie presque gêné Ramzi, il part un an et demi plus tard pour le Conservatoire nationale de Région d’Angers. La suite, on la connaît. Brillant élève, il aurait pu choisir de vivre sa brillante carrière en Europe ou aux Etats-Unis. Loin de Proche-Orient, guerrier et enflammé. Mais le virtuose a son idée en tête. « Faire entrer la musique dans les camps de réfugiés, dans les villes et villages palestiniens, pour que d’autres enfants puissent aussi saisir leur chance. » Dès 2002, avec d’autres musiciens originaires d’Angers, il fonde son association d’entraide. Il crée des antennes au Liban et dans les camps de réfugiés de Jénine, Naplouse, Hébron, villes durement touchées par les combats de la seconde Intifada. Son projet est soutenu par Yasser Arafat, le leader palestinien. Mieux encore, il fait revivre la musique palestinienne, disparue depuis 1948, date du début du conflit israélo-palestinien. Et fait renaître de ses cendres, l’ensemble national de musique arabe de Palestine. « C’est notre résistance culturelle et pacifique, résistance pacifique et culturelle,  démontrer que notre patrimoine est immortel. » Aujourd’hui, le pari est gagné. Les concerts sont un succès. L’association intervient auprès de 500 enfants. Et des jeunes, repérés dans son école de musique, étudient aujourd’hui au conservatoire de Bordeaux, Toulouse et…d’Angers bien sûr.  Autant dire que la saga de Ramzi Aburedawan en annonce d’autres sous le soleil du Proche-Orient…

Alain Pirot, depuis Ramallah


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