Palestine : Mettre en musique un glorieux passé

Publié: janvier 23, 2012 dans Reportages
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Publié le 20 janvier 2011

Reportage depuis Ramallah

 L’ensemble national de musique arabe de Palestine est en concert exceptionnel demain à Creil. Une première en France pour ce groupe.

C’est une histoire comme seule la Palestine sait parfois en créer. A Ramallah, capitale des territoires palestiniens, ville plus connue pour ses concerts de klaxons que pour ses symphonies fantastiques, une trentaine de musiciens hors pairs tentent de faire entendre leur voix et leur musique. Nichés au cœur de la vieille ville, à l’ombre des minarets, ils font revivre l’héritage des musiciens arabes du XXe siècle. Réunis pour l’occasion dans la meilleure des équipes, ils forment l’ensemble national de musique arabe de Palestine.

A l’origine de cette équipe, la première de ce genre dans la région, on trouve un homme Ramzi Aburedwan. C’est lui qui en a eu l’idée en 2008. Rien pourtant ne le prédestinait à la musique.  Gamin pendant la première Intifada, il jette, avec ses amis, des pierres sur les soldats israéliens. Et puis, à 17 ans, « au hasard » d’une rencontre avec un professeur de musique, Ramzi tombe amoureux de ce nouvel univers.  En 1998, talentueux « sans le savoir », il part étudier l’alto au conservatoire d’Angers. Il le quitte en 2005  avec la médaille d’or d’alto et de solfège.

Réinventer la musique arabe classique

Mais Ramzi a déjà une idée en tête,  « renouer avec le passé glorieux des musiciens et orchestres arabes qui  jouaient en direct à la radio anglaise, avant 1948 » du temps de l’occupation britannique de la Palestine. En 2002, le jeune musicien créé son association Al Kamandjati (le violoniste en arabe). Soutenu par Yasser Arafat, il part donner des cours aux enfants palestiniens de Cisjordanie et du Liban. Il enseigne, écoute, repère les meilleurs. «Nous avons reçu des centaines de candidatures de musiciens, les plus talentueux ont été retenus ».  Sept ans plus tard, son projet prend forme. Problème, « il restait très peu d’archives du passé musical de nos ancêtres. Il a donc fallu réécouter les vieux enregistrements radiophoniques. Réécrire les partitions une à une ». Plus qu’un simple groupe symphonique, l’ensemble national de Palestine est une ode à l’amour. Celle d’un peuple pour sa musique arabes et ses racines. « Les chansons expliquent avec des paroles simples combien nous sommes attachés à notre culture et notre pays », s’enthousiasme Fayza, une des chanteuses du choeur. Le 30 juillet dernier, l’ensemble fait face pour la première fois au public palestinien lors d’un festival à Ramallah. « Lorsque le premières notes ont résonné, les petits vieux du premier rang ont sursauté, confie Ramzi, ils ont reconnu les chants de leur jeunesse, ceux qu’ils n’avaient plus entendu depuis 60 ans. »

Cette semaine, l’ensemble a débuté une tournée française.  Une première à tous les niveaux. Notamment au niveau administratif. Faute d’avoir leur Etat politique, les Palestiniens ne sont pas libres de leurs mouvements. Sur les trente musiciens, vingt d’entre eux partiront par la Jordanie tandis que les autres, ceux munis d’un passeport étranger notamment, passeront par Tel-Aviv en Israël. Fayza, comme la plupart de ses collègues, n’a jamais mis les pieds en France. Objectif du voyage, collecter des fonds pour poursuivre l’œuvre engagée. Fonder de nouvelles écoles de musique. Et ainsi, « faire entrer la culture dans les camps de réfugiés, sourit Ramzi, pour changer la vie du quotidien. » Et peu importe les problèmes, « ce qui compte c’est de  toujours regarder vers l’avant. »

Coraline Salvoch et Alain Pirot

Trois questions à  Ramzi Aburedwan

Créateur de l’ensemble national de musique arabe de Palestine.

« Une résistance culturelle et pacifique »

Vous avez créé l’association Al Kamandjati en 2002 alors que vous étiez étudiant à Angers, quel est son objectif ?

Le but est de donner accès à la musique aux enfants palestiniens, de Cisjordanie et du Liban, qu’ils habitent dans des villes, des villages ou des camps de réfugiés. Nous travaillons avec des professeurs venus du monde entier. Nous collectons des instruments et des partitions grâce aux dons des particuliers et nous les prêtons ensuite aux enfants.

10 ans après sa création, vous êtes satisfait de votre bilan ?

Je crois que le pari est réussi même si il faut l’envisager à long terme. Nous intervenons auprès de plus de 500 enfants. Six de nos élèves étudient en France dans les conservatoires de Bordeaux, Toulouse et Angers. Un de nos élèves étudie à Newark en Angleterre dans une des meilleures école de lutherie du monde et un autre va bientôt partir étudier la réparation des instruments à vent et cuivres au Mans. C’est très concret.

La musique véhicule-t-elle aussi un message politique ?

Oui évidemment. Symboliquement, avec l’association, nous avons déjà fait des concerts devant le fameux « Mur » de séparation. C’est une preuve. Mais surtout, en accueillant les enfants dans les centres musicaux, on installe un nouveau paysage en Palestine. C’est notre résistance à nous, culturelle et pacifique.

Que devient l’Etat palestinien ?

Si vous cherchez l’état de Palestine sur une carte, vous ne le trouverez pas. Tout simplement parce qu’il n’existe pas …encore. Et pourtant, 2011 a bien failli être une année historique au Proche-Orient. Celle de la création officielle d’un Etat palestinien, reconnu comme il se doit à l’Organisation des Nations Unies (ONU). Finalement, la demande déposée le 20 septembre par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est restée lettre morte.

Conséquence, les Palestiniens sont encore aujourd’hui, un peuple sans Etat, ni frontières.  Il en va ainsi depuis 1948 et le début du conflit israélo-palestinien. Pire, la Palestine est coupée en deux, entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Plusieurs milliers de « réfugiés » sont toujours en exil, dans les pays limitrophes (Jordanie, Liban, Syrie). Et les dernières négociations ont encore échoué. Paradoxe, la société palestinienne progresse à toute vitesse. La capitale Ramallah connaît un développement économique sans précédent. La culture, à l’image de l’association Al Kamandjati, est dynamique.

A Savoir

Ensemble national de musique arabe de Palestine

Le 29 janvier à Stains (93). Espace Paul Eluard à 16h00. Entrée libre.

Le 30 janvier à Bagnolet (93).  Cin’Hoche à 20h30. Entrée libre sur réservations au 01 49 93 60 81. Rencontre avec les musiciens de l’ensemble et de l’ensemble orchestral de Paris, le 7 février à 20h au Château de l’Etang. Entrée libre sur réservations au 01 49 93 60 81.

 


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