2012, l’année commence mal

Publié: janvier 13, 2012 dans Analyses
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C’est ce qui doit s’appeler un baptême du feu, lorsqu’on travaille comme journaliste au Proche-Orient. Ce matin, et pour la première fois dans ma jeune carrière, un homme, en l’occurrence un Israélien, membre de la communauté française, se définissant comme « un journaliste libre et parlant vrai », a ouvertement souhaité ma mort, avec ces mots que je vous laisse découvrir (j’ai pris soin d’y ôter les insultes plus crues ).

« Vous êtes structurellement incapable d’effleurer ce qu’est ce pays et et ce qui s’y passe et qui en sont les personnes qui le composent, vous ainsi que toute la vermine qui compose la presse française. Alors, faites vous une faveur, allez voir ailleurs si j’y suis, par exemple, là où votre collègue s’est fait buté en Syrie. Aie le bon gout de te faire également flinguer par nos ennemis. Ils auront plus de chance de t’atteindre puisque tu les aimes tant. A défaut de ta vie de misérable, au moins ta mort aura été belle. »

Cela aurait pu en rester là, mais depuis, ce message a été rejoint par quelques autres commentateurs qui visiblement ne me souhaitent pas une belle année 2012. Il faut dire que quelques heures auparavant, j’avais pris soin de leur répondre avec politesse à une discussion sur facebook, dans laquelle ces mêmes commentateurs se félicitaient de la mort de Gilles Jacquier, parce que disent-ils, il avait fait étalage d’un penchant clairement anti-israélien, lorsque le caméraman français – tué mercredi à Homs en Syrie, dans l’exercice de son métier – évoluait en territoire palestinien. Notamment  au début des années 2000, au moment de la seconde Intifada. Reportages qui lui avait valu d’obtenir le prix Albert Londres. Voilà un extrait du message que j’ai adressé à l’auteur des menaces, exposées précédemment.

« Si vous aviez cherché à mieux connaître à Gilles Jacquier, vous auriez su qu’il a deux jumelles nées en 2010, que sa femmes était à ses côtés lors de son décès, qu’il enquêtait sur les atrocités commises par Bachar Al-Assad durant la révolution syrienne.  […]Peut-être au moment de sa mort, étiez vous assis à côté de vos enfants si vous en avez, des jumelles qui sait. Alors je vous mets au défi de les regarder dans les yeux ce soir, ainsi que votre femme, de leur dire que leur père et leur mari s’est réjoui de la mort d’un homme. J’espère que vous aurez le courage de dire à votre Dieu que vous vous êtes réjoui de la mort d’un homme en citant ses paroles, alors que dans ses principaux commandements, il est souligné à maintes reprises, que n’importe quelle vie humaine doit être sauvée, qu’aucun prétexte n’est valable pour souhaiter la mort de quelqu’un. »

Comme me l’ont souligné plusieurs confrères journalistes israéliens, l’opinion de cet homme ne vaut pas qu’on s’y intéresse. Mais il est nécessaire cependant de dire qu’elle illustre bien l’opinion d’une partie de la population israélienne, qui aveuglée par une violence et un fanatisme qui n’a d’égale que les blessures enregistrées par ces mêmes israéliens pendant la seconde Intafada, ne rêve que d’en découdre. Une frange qui ne rêve pas de vérité, puisqu’elle a sa vérité. Une secte capable de se féliciter de la mort d’un journaliste.

J’aimerais vous dire que l’année 2012 sera meilleure pour le Proche-Orient, mais je ne crois pas que nous sommes beaucoup à y croire. La mort de Gilles Jacquier était à coup sûre la plus mauvaise nouvelle que nous pouvions attendre pour débuter ce nouvel opus. Il s’est battu pour la liberté, celle de savoir ce qui passe dans le monde malgré les pressions, les intimidations, les guerres et les arrestations. Certains peuvent se demander pourquoi. Je leur répondrai ces quelques mots du poète français Jean Paulhan, ancien résistant.

« Et je sais qu’il y en a qui disent : ‘Les résistants sont morts pour peu de chose. À ceux-là il faut répondre : C’est qu’ils étaient du côté de la vie. C’est qu’ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu’une chanson, un claquement des doigts, un sourire. Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »

Alain Pirot.
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