Proche-Orient – Beaucoup de Coke en stock

Publié: décembre 4, 2011 dans Enquêtes
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Dès aujourd’hui, retrouvez sur notre site un nouveau dossier « Enquêtes ». Et pour cette première, coup de projecteur sur « l’opération TOTO ». Ou comment au début des années 50, les services de renseignements militaires israéliens ont lancé un vaste trafic de drogue pour « saupoudrer » les soldats égyptiens et les rendre ainsi inaptes au combat. Soixante ans après, les restes de l’opération « TOTO » continuent de tourmenter l’état hébreu. 

Reportage réalisé en 2010, par Alain Pirot

C’est une marchandise qui ne souffre pas des frontières du Proche-Orient. Un produit qui peut transiter de la Syrie vers Israël, du Liban vers le Golan, alors qu’au même instant, des soldats armés jusqu’aux dents, se font face sur les limites de ces différents pays. La drogue est au Proche-Orient, ce que l’eau bénite est au Saint-Sépulcre, un élément incontournable. Qui illustre en partie la complexité de la région. Pourquoi ? Parce que tout au long du XXème siècle, la drogue a été ici, comme ailleurs dans le monde, largement utilisée au profit du renseignement militaire, du contre-espionnage et du terrorisme… La CIA a ainsi été impliquée dans des affaires de drogue dans les années 1950, tout comme les services de renseignements français dans les années 1950-1960 et les services secrets pakistanais. Des organisations terroristes tels que les Talibans en Afghanistan, les Farc en Colombie ainsi qu’Al-Qaïda financent ainsi leurs activités. Sans oublier bien évidemment, le Hezbollah, la milice chiite libanaise. La plaine de la Bekaa est ainsi devenue ces dernières décennies, un laboratoire à ciel ouvert du haschisch et de la cocaïne, pour tout le Proche-Orient. C’est ainsi que les grandes familles libanaises ont pu financés des années durant, leur effort de guerre et l’armement de leurs milices, durant la guerre civile libanaise. Avant de se succéder à la tête du gouvernement.

Qui est à l’initiative de ce juteux trafic ? Autant s’arracher les cheveux, avant de répondre à cette question.  Seule certitude, tout le monde a sa part de responsabilité. Y compris Israël.

L’état hébreu est même à l’origine de l’une des histoires les plus rocambolesques du Proche-Orient.  L’un des secrets les mieux gardés aussi, toujours couvert aujourd’hui d’ailleurs, par le secret d’Etat (Voir ci-dessous).  Dès 1959, et pendant près de vingt ans, Israël a tout simplement été, grâce à une unité spéciale de la branche des Renseignements militaires, l’unité « 504 », l’organisateur zélé du trafic de drogue, du Liban jusqu’à l’Egypte. Le projet appelé « Opération Toto », un sobriquet qui désigne aujourd’hui la loterie nationale israélien, s’est également appelé « Opération Lahav » (lame) et « Tidhar », (arbre biblique). Mais son but, lui, n’a jamais changé.  Saupoudrer l’Egypte, et notamment ses forces militaires, de cocaïne et de haschisch, pour rendre les soldats inaptes au combat. Le projet va merveilleusement fonctionner. Des rapports militaires faisant état en 1967 après la guerre des Six-Jours, que les « autorités égyptiennes  militaires avaient été surprises par des constats révélant l’incapacité de leurs soldats à combattre ». Ou encore cette autre déclaration, exprimée cette fois-ci par un officier israélien, après la défaite égyptienne : « Nous les avons tirés comme des canards. Ils couraient vers nous comme s’ils étaient drogués »[i].  Jérusalem va constamment nier l’existence d’une telle opération. Et pourtant, son initiateur ne serait autre que le général Chaïm Herzog, le chef des renseignements militaires de l’époque. Conscient qu’il n’arriverait pas à combattre efficacement le trafic de drogue, il voulut avec son projet, le contrôler en le mettant sous sa botte. A aucun moment, son idée ne sera contestée moralement techniquement. Premiers ministres, ministres de la Défense, chefs des services renseignements, tout le monde va approuver des décennies durant, l’opération. Et Chaïm Herzog deviendra même en 1983…le sixième président de l’état hébreu.  La raison d’Etat est toujours la plus forte. Comble d’ironie, il est souvent arrivé que la police israélienne arrête des membres de l’unité 504, lors d’opération visant à démanteler le trafic de drogue venu du Liban. Mais ils étaient aussi vite libérés, lorsqu’ils présentaient leur laissez-passer. De toute façon, les membres de l’unité avaient été autorisés à tuer quiconque aurait refusé de les laisser partir. Officiellement, l’opération aurait pris fin au milieu des années 1980, alors que la paix avec l’Egypte avait été signée en 1979. Mais il est vrai que l’argent généré abondait massivement le budget du renseignement militaire. Et surement d’autres portefeuilles…

« Toto » continue de les hanter

Seulement, on ne stoppe jamais un trafic de drogue. On peut le décapiter, le ralentir. Mais les clients eux, sont toujours là. Conséquence, l’Histoire joue un mauvais jeu à l’état hébreu. Sur les restes de l’opération Toto, le groupe chiite libanais Hezbollah – qui détient aujourd’hui la mainmise sur le haschisch de la plaine de la Bekaa – recrute ses agents en Israël, notamment des militaires. Contre de la drogue ou de l’argent venue de la drogue, le mouvement libanais obtient ainsi des informations sensibles. Après le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban en 2000, près de trente Israéliens ont ainsi été arrêtés pour espionnage en faveur du Hezbollah. Illustration de cet « effet boomerang », avec Ramzi Nahara. Durant les années 80, il fut un agent important pour Israël. Autorisé à vendre de la drogue contre des informations explosives, il dépassa très vite les limites autorisées. Jeté dans une prison israélienne, il fit alors allégeance depuis sa cellule comme si de rien n’était, au Hezbollah. Libéré en 1997, il devint alors un agent zélé au sud-Liban, et recruta deux policiers israéliens. Il leur donna des milliers de dollars contre des cartes militaires et des informations secrètes sur les postes frontières israéliens. La drogue au Proche-Orient, un dossier explosif.

                                                                                                                                                                             A-P

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[1] Sunday Times, article de 1996 sur l’opération Toto, signé Uzi Mahnaimi, ancien officier de la fameuse unité 504

 

Pour compléter votre connaissance de l’opération « Toto » et voir comment le gouvernement israélien a étouffé l’affaire  à plusieurs reprises, faisant taire la presse nationale, suivez le lien et l’excellente enquête de la revue XXI http://www.revue21.fr/Operation-Toto

  Epilogue…toujours de la coke en stock

Lu dans l’actualité, le samedi 5 décembre, sur le site de l’agence Sana, l’agence d’information syrienne. http://www.sana.sy/fra/338/2011/12/03/385704.htm

Attention, Sana est une agence pro-Bachr Al-Assad, mais l’information vaut le détour. Preuve que les trafiquants libanais ont trouvé de nouveaux débouchés en Syrie

« Homs  /  Les services compétents à Homs ont arrêté à Talkalakh des dizaines de personnes recherchées qui trafiquaient illégalement les armes et les stupéfiants et facilitaient l’accès des personnes armées du Liban vers la Syrie. »

 A suivre prochainement sur notre site, une enquête sur les conséquences des Accords d’Oslo sur le trafic de drogue. Ou comment le découpage de la Cisjordanie mené par Israël, favorise la contrebande….

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