Khaled Taha sur les chemins de la liberté

Publié: novembre 20, 2011 dans Reportages
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Encore en prison il y a quelques semaines, Khaled Taha, activiste du Fatah goûte désormais au luxe des hôtels de Gaza. Comme 477 prisonniers palestiniens, il a été libéré dans le cadre de l’accord Shalit le 18 octobre dernier.

Fin de journée sur Gaza. La nuit est tombée et la lumière des spots de l’hôtel 5 étoiles Al-Mashtal éclaire l’entrée du palace. Une centaine d’hommes se retrouvent ici tous les soirs pour un tourisme d’un nouveau genre. Prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l’échange Shalit, ils sont logés aux frais du Hamas dans cette résidence de luxe… En attendant de reprendre le cours d’une vie normale.

 Parmi eux, Khaled Taha. Agé d’une cinquantaine d’années, il fume en prenant l’air. A ses côtés, les deux fils d’un ami venu lui rendre visite jouent et courent avec lui. Autour de son cou, un badge. Comme pour un voyage organisé, on y trouve sa photo et son nom de famille. Un autre détail attire l’œil : 99 ans. Comme la durée de sa peine avant sa libération. Condamné à la prison à vie en octobre 1987, Khaled retrouve la liberté loin des siens. Originaire de Jerusalem et activiste du Fatah, il a été expulsé à Gaza.

La « guerre » en famille

 « J’ai tué trois soldats israéliens, raconte-t-il calmement. Deux ont été poignardés et un autre tué avec un pistolet. » Assis confortablement dans un fauteuil, une nouvelle cigarette aux lèvres, l’ancien prisonnier commence à se confier. Aucun regret dans sa voix. Il était en « guerre ». « C’est la judéisation et la colonisation des territoires et de Jerusalem qui sont à l’origine de la violence, je voulais tout simplement prouver que la résistance pouvait aussi venir de l’intérieur. » Une conscience acquise auprès de sa famille. Car chez les Taha, le combat pour la « Palestine libre » se transmet depuis deux générations.

Un de ses oncles a pris part à la prise d’otage de l’avion belge Sabena en mai 1972 dans laquelle il a été « tué par Barak et Netanyahu », qui faisaient partie du commando de libération des otages. Une de ses tantes quant à elle était au conseil national de résistance de l’OLP. Son père, sa sœur et son frère ont également passé quelques temps en prison. Pour ses premiers faits d’armes, Khaled commence par lancer des cocktails Molotov ou par installer des drapeaux palestiniens dans toute la vieille ville. Il se fait arrêter en 1987 pour des faits de violence. Sa famille se fait alors expulser de sa maison dans le vieux Jerusalem. Quatre-vingt dix jours de torture plus tard, il avouera en plus l’assassinat des trois militaires. Son regard s’assombrit.  « Ils me plaquaient contre des radiateurs avant de m’enfermer dans pièces glaciales… Aujourd’hui j’en ai toujours des conséquences. Je vais peut-être me faire opérer des poumons à l’étranger ».

Un homme vient alors lui serrer la main chaleureusement, ils échangent quelques mots en arabe puis se séparent… « Un ami avec qui j’ai passé dix ans en prison », assure-t-il. La plupart des hommes présents dans l’hôtel se connaissent et se sont croisés dans les prisons israéliennes. Fatah, Hamas… même combat. Pour Khaled, l’enfermement n’a pas signifié la fin de la lutte, bien au contraire. Il a suivi la normalisation des relations OLP-Israël, la première intifada, « une grande fierté », la seconde, et les accords d’Oslo depuis sa cellule. « C’est un complot des pays arabes pour imposer cette décision à l’OLP », fulmine le militant du Fatah. Très actif en détention, il a fait deux grèves de la faim  « pour avoir des droits ». Il a ainsi pu passer deux bacs et commencer des études universitaires. Sa libération n’a pas été une surprise, il était préparé à sortir de prison un jour ou l’autre : « nous avions fais passer les pièces d’une radio une par une et quand elle a été complètement remontée, nous avions organisé une sorte de bureau d’information… On faisait passer les nouvelles sur des petits bouts de papier. Je savais que mon nom était plus ou moins sur la liste d’échange des prisonniers. »

Vers une nouvelle vie

Khaled boit un verre d’eau, propose une cigarette à l’auditoire, « c’est la prison ça, on n’a plus l’habitude de faire des trucs pour nous… Quand je fume, quand je mange, j’ai le réflexe de partager avec quelqu’un. » Le plus dur sera de se réapproprier sa vie personnelle, il le sait bien. Le luxe autour de lui ne panse pas les plaies de la solitude et de l’amertume : « Je ne suis pas un mendiant, je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi… ce n’est pas ça qui est important. » Si l’emploi du temps est pour l’heure, très sérieusement organisé et contrôlé par les autorités du Hamas : visites médicales, repas commun, conférences, rencontres avec les Gazaouis… Khaled espère pouvoir rapidement reprendre un rythme normal. « J’aimerais continuer mes études, confie-t-il en tapotant la tête d’un des fils de son ami venu lui dire au-revoir, me trouver une femme à Gaza pour me marier et avoir une famille… » Il attend surtout une visite de ses parents qu’il n’a pas vu depuis au moins 20 ans. Bientôt il travaillera pour l’autorité palestinienne. Khaled ne reprendra pas la lutte armée mais son idéal politique reste le même : « mon avenir est à Jerusalem, notre capitale ». Et ça les années de prison israéliennes n’y ont absolument rien changé.

C.S

Crédit photo : Reuters / GPO

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