Shalit / Prisonniers palestiniens

Publié: octobre 29, 2011 dans Analyses

La joie ne se partage pas…

Le 11 octobre 2011, des centaines de militants, luttant depuis cinq ans pour la libération de Guilad Shalit, se rassemblent à Jérusalem devant les appartements du Premier ministre pour célébrer l'annonce.

Le 18 octobre 2011, plusieurs milliers de Palestiniens se rassemblent au point de passage de Beitounia, près de Ramallah, pour accueillir leurs proches, bientôt libérés des prisons israéliennes.

Deux scènes presque semblables. Des éclats de rire identiques, des séances de pleurs aussi. A défaut de partager la terre, Israéliens et Palestiniens partagent souvent les mêmes émotions. Celle d’avoir vu un de leurs proches libérés après des années d’emprisonnements. Guilad Shalit d’un côté, près de mille prisonniers palestiniens de l’autre. Jérusalem, Rafah, Gaza, Ramallah, tremblant de joie au même instant. Tout a déjà été dit, chaque geste a été longuement commenté. Mais ce n’est là que la vitrine d’un paysage en plein mouvement.  Car la libération du jeune soldat, après cinq ans de captivité, n’est pas le fruit d’une ultime négociation rudement menée par un négociateur allemand ou par un chef du Shin Beth – l’équivalent en Israël de la DST française – plus affutés que leurs prédécesseurs. Si le Hamas a conclu cet accord, loin de ses ambitions initiales – à savoir la libération de tous ses leaders -, c’est contraint et forcé par un contexte géopolitique plus que jamais mouvant, constamment alimenté par un « Printemps arabe » en mal de point final.

Une nouvelle carte, en construction

Pour comprendre ce jeu de dominos, il faut avoir le regard fixé sur la Syrie. C’est ici que la libération de Guilad Shalit s’est jouée en partie. Plus précisément dans le bureau de Khaled Mechaal, le leader du Hamas en exil à Damas. Faute d’avoir légitimé la répression des opposants syriens comme lui demandait  Bachr Al-Assad, Khaled Mechaal va devoir déménager. Ces dernières semaines, il passait déjà la majeure partie de son temps chez ses généreux donateurs, à Doha au Quatar.

Contraint de voir ailleurs, le leader du Hamas pencherait donc pour l’Egypte. Il était déjà venu au Caire pour sceller le pacte de réconciliation avec le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas. L’Egypte n’y est pas franchement opposé.  Seulement le régime veut aussi  donner des gages de confiance à son voisin israélien, déjà agacé par la récente attaque de son ambassade au Caire. Le nouveau régime de l’après-Moubarak a donc  poussé le Hamas au compromis, ce qui n’était pas une mince affaire. On dit que les Egyptiens ont tenu un grand rôle dans le dénouement Shalit, le Qatar également. Pas vraiment une surprise au regard de cette équation. Qu’on ne s’y trompe pas, comme le soulignent bon nombre d’observateurs, la victoire du Hamas n’est qu’une illusion à court terme. Le Hamas avait besoin d’un nouveau souffle pour calmer la souffrance de son peuple à Gaza. En quelques semaines, un blocage vieux de cinq longues années a donc sauté, parce que le contexte régional a changé.

On pourrait s’étonner qu’Israël et son premier ministre Netanyahu acceptent cette fois-ci un accord sur la libération de prisonniers palestiniens, alors qu’ils avaient pratiquement refusé le même texte fin 2009. Faut-il y voir un effet du combat médiatique de Noam Shalit ? Il est certain qu’il a pesé, même s’il est à craindre qu’il ne s’agisse encore que d’une vitrine. Israël a surtout saisit l’occasion, pour punir le président Mahmoud Abbas. Renforcer le Hamas, c’est exacerber la division inter-palestinienne. Affaiblir le président de l’Autorité palestinienne, devenu pourtant plus populaire après sa demande d’adhésion de l’état palestinien à l’ONU. Les sourires cachent malheureusement leur part de cynisme.

 Mais l’équation serait trop simple si on oubliait de part et d’autre les extrêmes. En Israël, l’accord Shalit a renforcé la colère déjà exacerbée de militants anti-arabes, convaincus que le gouvernement les a une nouvelle fois abandonnés. Et qu’il leur faudra prendre les armes pour se battre au moment venu. Ces fanatiques, regroupés désormais sous la bannière du mouvement « le prix à payer » se sont d’ailleurs attaqué à la stèle de l’ancien premier ministre assassiné Rabin, après l’annonce de l’accord Shalit. Là aussi, le hasard n’existe pas. Enfin à Gaza, des groupes salafistes radicaux  y ont trouvé, dans ce compromis, une nouvelle illustration de la « mollesse » idéologique du Hamas. Dans les deux camps, la même détermination. La joie ne se partage pas en Orient.

A-P

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